Les débuts dans la profession
26 mars 2025
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Les débuts dans la profession

Débuter sa carrière comme enseignante ou enseignant présente de nombreux défis. Stages, mentorat, remises en question, précarité; le chemin n’est pas simple pour un prof qui débute! Dans ce nouvel épisode de Prof, ma fierté! le Balado, Catherine et Pierre discutent de cette période déterminante dans la vie de celles et ceux qui représentent la relève en enseignement avec Sophie Berthelet, qui est enseignante au primaire, chargée de cours à l’UQAM, superviseure de stages et mentore en enseignement. Bonne écoute!

[00:00:10] Salut tout le monde! Bienvenue à un autre balado de Prof, ma fierté. Encore une fois, je suis tellement en bonne compagnie. Catherine, comment vas-tu? Je vais bien, toi? Oui, je vais bien. Pour ceux qui ne le savent pas, je porte parole de Prof, ma fierté. Et j'ai décidé de faire ce projet-là avec Catherine, qui est ma blonde depuis 17 ans, qui est aussi surtout enseignante, qui est celle qui m'a montré à quel point cette profession-là était importante. On aborde plein de sujets. Puis d'ailleurs, on veut vous dire merci parce qu'on a eu beaucoup d'écho par rapport à nos premiers balados. Vous êtes plusieurs à nous écrire.

[00:00:38] Ça nous touche énormément. Catherine, tu as entre deux corrections. Le compte Instagram, tu as reçu énormément de commentaires. Oui, exactement. Puis je suis toujours touchée de savoir, bon, quand on m'écrit, moi, je m'assure de répondre, assurément. Mais c'est beau de voir vos réactions puis d'avoir vos commentaires constructifs aussi parce qu'on le fait pour vous. Puis on essaie de rejoindre le plus de personnes possible parce qu'être enseignant, enseignante, bon, ça touche différents degrés. Presco, primaire, secondaire, adaptation scolaire, formation aux adultes. On a les spécialistes également.

[00:01:07] Donc, c'est sûr qu'au fil des balados, on va essayer vraiment de toucher le plus de personnes possible. Oui, puis d'ailleurs, on a besoin de votre aide. Partagez le balado parce que le but, c'est que le balado se rende au plus d'enseignants et d'enseignantes, pardon, pour qu'ils puissent vraiment, bien, un peu, un peu se faire aider pour construire leur coffre à outils. On veut donner des trucs. On veut apporter des réflexions. Puis on se rappelle que ce balado-là, il est pour vous. Donc, si vous avez des commentaires, des suggestions, des thèmes que vous aimeriez qu'on aborde ou encore une fois,

[00:01:33] des suggestions d'invités ou vous aimeriez même venir au balado, il y a une adresse courriel que je donne toujours au début puis à la fin. La voici. Prof ma fierté à commerciale fse.lacsq.org Prof ma fierté à commerciale fse.lacsq.org Puis on va se faire un plaisir de lire ça puis d'enrichir le balado. Oui. Et aujourd'hui, Catherine, on parle d'un sujet que je trouve super intéressant et que je, pour vrai, sous-estimais, l'insertion professionnelle.

[00:02:01] Bien, l'insertion, bien, c'est… on dirait que j'en parle mes mots. Tantôt, on en discutait. C'est le début de carrière? Bien, le début de carrière, oui. Puis là, tu sais, moi, je te dis qu'il y avait un seul mot par rapport à mon insertion professionnelle et ça a été brutal. Oui. C'est le début, vraiment, d'arriver sur le terrain, même si j'avais déjà un background animatrice de camp de jour, co-ordo, gardien d'enfant. Oui, mes études. Mes études, exactement. Mais tu sais, c'est comment arriver dans notre milieu puis après ça, bien, se familiariser avec tous les contenus.

[00:02:30] Bon, oui, les contenus pédagogiques, académiques, mais on a également l'horaire de l'école. Je veux dire, les élèves aussi qui est un enjeu, mon Dieu, dans notre gestion de place, gestion des comportements. Les collègues. Hé, c'est gros, une insertion professionnelle. Il y a tellement de facteurs qui rentrent en ligne de compte. Puis moi, je me rappelle, jadis, quand j'avais sorti de l'université, on m'avait appelé deux, trois ans après. Puis justement, c'était par rapport à ça. On me questionnait sur mon rôle d'enseignante, comment je me sentais, est-ce que je comptais lâcher la profession.

[00:03:00] Ça m'avait saisi. Parce que je m'étais dit, hé, pour le moment, bien non, ça va bien. Pourquoi vous me posez ça? Ah, c'est parce qu'en ce moment, on recueille des données, parce qu'on constate qu'il y a plusieurs personnes. Il y a un mouvement qui se fait, oui. Puis de plus en plus aussi, ce que je vois dans mon entourage, c'est pas nécessairement des enseignants-enseignantes qui débutent, mais c'est des personnes qui devancent leur retraite. Oui. Ou par moments aussi, ils vont juste quitter en plein milieu de leur carrière parce que la charge est trop lourde aussi.

[00:03:28] Donc, oui, aujourd'hui, on se concentre sur l'insertion professionnelle, mais je pense que c'est ça, c'est important d'en parler pour pouvoir mieux accompagner justement les enseignantes qui débutent. Et pour en parler, c'est qui notre invitée? Ah, c'est une personne que j'admire, qui est inspirante, qui s'appelle Sophie Berthelet. Donc, je trouve ça important de la faire venir. C'est à elle que j'ai pensé, puisqu'elle est notamment superviseure de stage.

[00:03:53] Puis bon, elle pourra se présenter en temps et lieu, mais je pense que c'est une invitée, ma foi, extraordinaire pour pouvoir parler d'insertion professionnelle. Et juste avant qu'on commence, je sais qu'il y a des profs qui nous écoutent, des enseignants, des enseignantes qui nous écoutent, puis qui font, eh bien moi, là, je suis prof depuis 15-20 ans, est-ce que ça me touche? Oui, absolument, parce qu'on va aussi parler des collègues. Comment faire en sorte qu'une équipe école soit douce pour l'arrivée d'un prof? Comment faire en sorte qu'il y ait une cohésion, que tout se passe en douceur, parce que vous allez pouvoir aider ces futurs profs-là qui vont arriver dans votre école?

[00:04:23] Oui, puis dans l'insertion professionnelle, on parle également de mentors. Donc, il y a des programmes de mentorat dans les écoles. On parle également des maîtres associés, ceux qui accueillent des étudiantes, des étudiants. C'est tellement précieux, ça, cette communauté-là. Donc, il faut vraiment venir soutenir. Hé, Catherine, je te sens investie. Oui, investie. Je te sens investie, j'adore ça. Je reconnais ton intensité. À peine. Ça veut dire qu'on est prêts, gang. Bon balado. Merci. Bon balado.

[00:04:52] Sophie, bienvenue à Prof, ma fierté, le balado. Et je sais que tu connais Catherine. Comment vous vous êtes rencontrée? Catherine, comment on s'est rencontrée? Je pense. Bien, en fait, moi, j'ai toujours eu un crush sur Sophie, à cause notamment, bon, pour commencer avec Mariette Gervais, avec qui tu as écrit le livre « Ses enfants trop chambardés dans le cœur ». Donc, moi, ce livre-là a changé ma pratique. Puis, par après, j'ai suivi un atelier que tu donnais.

[00:05:21] Puis là, je ne sais pas, c'est de fil en aiguille. Puis, c'est surtout si je t'ai venue donner un atelier dans le cadre de ma maîtrise. Il fallait que je donne un atelier sur les comportements, notamment du style, parce que c'était mon sujet de maîtrise. Et tu m'avais ouvert les portes de ton local avec tes étudiantes. Puis là, je m'étais lancée. Puis là, ça a été un coup de foudre. Bon, ce que j'aime, c'est que depuis 15 secondes, j'ai appris que tu fais un million d'affaires, que tu fais des livres, que tu fais des conférences, que tu es enseignante. Et tu as quand même le temps de venir nous voir. J'adore ça.

[00:05:50] Ça a l'air de quoi, ton parcours? Ah, je suis tout d'abord une passionnée de l'éducation, une passionnée des enfants, une passionnée des relations humaines aussi. Je trouve qu'il y a une beauté dans ces relations-là. Et mon métier d'enseignante me permet justement d'expérimenter ça. Alors, je fais mille et un... Je suis comme une petite... J'ai des tentacules, là. Je suis comme une petite piobre. Oui. Donc, je fais mille et un... Mille et une choses, mille et un projets.

[00:06:20] Donc, je suis enseignante en cinquième année. C'est mon premier... C'est mon pilier, ma base. Donc, je suis enseignante en cinquième année. Je suis trois jours dans ma classe. Je suis deux jours comme mentor. Je supervise des stages. Donc, je prends des congés sans traitement pour superviser des stages. Je supervise le stage 1 que j'affectionne. Particulièrement, c'est vraiment le début de la rencontre. Oui, de la rencontre aussi dans le milieu. Donc, je fais le stage 1.

[00:06:50] Je donne des conférences, plusieurs conférences. Je suis des équipes écoles aussi. Donc, je rencontre des équipes écoles. J'ai des discussions avec des directions par rapport à leur posture, par rapport à la posture des enseignants aussi. Qu'est-ce que je fais aussi? Donc, je mentore. C'est ça, on l'a dit tantôt. Superviseur de stage. Mette associée. Oui, enseignante associée. Là, je le suis moins, mais j'ai reçu au-dessus d'une vingtaine de stagiaires dans ma carrière. J'aime ça.

[00:07:19] Alors, à quel point elle est parfaite aujourd'hui pour parler d'insertion professionnelle? Vraiment, on est content de t'avoir avec nous aujourd'hui, Sophie. Je le disais avec Catherine en introduction, mais moi, c'est quelque chose que je sous-estimais à les débuts. Je ne savais pas à quel point ça pouvait être difficile, à quel point ça pouvait être marquant, à quel point il y a des enseignantes et des enseignants pour qui c'est tough les premières années. Oui, effectivement. C'est tout l'arrivée dans le milieu.

[00:07:46] Puis quand je questionne, moi, je suis en accompagnement des stagiaires. Et après, je les retrouve quatre ans, cinq ans après, dans le milieu scolaire. Ce ne sont pas nécessairement les mêmes personnes, mais ceux que j'ai supervisés en stage 1, cinq ans après, se sont rendus dans nos classes, tout ça. Et ils sont rendus nos collègues. Donc là, moi, je les vois fleurir en stage 1. Je vois leurs craintes, je vois leurs questionnements,

[00:08:13] mais je vois aussi les étudiants qui se retrouvent devant moi en stage 1. Ce sont des étudiants qui sont curieux. Ce sont des étudiants qui ont le goût d'apprendre, qui sont intéressés, qui ont le goût d'en connaître beaucoup sur le système d'éducation. Oui. Je dirais que je n'ai pas beaucoup... Bien, il y en a qui sont inquiets, mais... Ce qui est normal aussi, là. Bien, tout à fait. Puis ils ne sont pas encore tellement teintés, même si, bon, on ne parle pas toujours en bien de la profession. Les étudiants en stage 1,

[00:08:42] ils ont encore cet épanouissement-là et ils veulent rentrer dans le milieu. Donc ça, c'est le fun à voir. Et quand on arrive avec les mentors dans leur première année, tout ça, là, ils s'aperçoivent que, oh, c'est une autre réalité que d'être en stage. C'est vraiment ça. Où là, il y a la charge de responsabilité et qu'ils se sentent un peu, je ne veux pas dire, seuls, mais en même temps, c'est une grande responsabilité

[00:09:10] pour les nouveaux enseignants d'avoir... Envahi. Oui, oui, envahi. Ce qu'on entend souvent, c'est je n'ai pas le temps. Je manque de temps. Je n'ai pas le temps pour faire ça. Je n'ai pas le temps. Et ils veulent suivre souvent, les enseignants débutants veulent suivre la cadence des vieilles branches comme moi. Mais ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible de suivre cette cadence-là. Et nous, les enseignants qui recevons

[00:09:40] les... Les stagiaires. Oui, mais qui recevons aussi les nouveaux enseignants, qui accompagnons les nouveaux enseignants dans notre équipe cycle ou dans notre équipe école, c'est important qu'on réfléchisse à ça aussi, qu'on se dise, attends un petit peu, il n'y aura peut-être pas la même cadence que nous. Je vais vous donner un exemple concret. Si... Un moment donné, j'ai rencontré une mentorée qui me disait... qui me disait, bien, Sophie, c'est parce que moi, là, ce qui pèse sur mes épaules,

[00:10:09] c'est que je dois avoir avec mes élèves cinq romans dans l'année. OK. Puis elle me dit, j'y arriverai pas, j'y arriverai pas. On est dans les chiffres et on est dans la performance. Oui. Oui, mais aussi dans le fait qu'il y a des attentes qui viennent du milieu. Donc, tous mes collègues lisent avec leurs élèves cinq romans. Bien, je dois aussi lire les cinq romans. Et c'est là où il y a une problématique parce que non, c'est pas une obligation de lire cinq romans.

[00:10:39] T'es mieux de lire trois romans avec tes élèves. Bien le faire. Bien le faire. Et ça, pour moi, c'est important. Puis c'est important que les jeunes enseignants comprennent ça, que la cadence n'est pas la même. Mais ce que j'aime de ton ton, puis tu sais, on en parlait à quel point, parce que Catherine a dit que son insertion avait été brutale à quel point c'est difficile, mais je sens malgré tout la passion des enseignantes puis des enseignants qui commencent. Je le sens puis je trouve que des fois on le dit pas assez parce que souvent, tu sais, on parle de la difficulté, de la lourdeur de la tâche,

[00:11:09] des services qui manquent, des classes qui augmentent puis à quel point des fois le climat est difficile mais on l'entend pas assez, je trouve, ce son de cloche-là. Puis je suis content de l'entendre dire des enseignants, des nouveaux profs, des stagiaires, des mentorés qui font « Hey, moi, oui, je suis un peu dépassé, mais j'ai envie, j'ai envie de le faire puis d'y arriver. » Je trouve ça beau pour vrai. Bien moi, je pense que les programmes de mentorat dont tu parles, c'est tellement précieux dans nos milieux. Je sais qu'il y a des coupures budgétaires, bon, mais je pense que c'est essentiel

[00:11:40] de justement accompagner nos, bien, les nouveaux enseignants, nouvelles enseignantes parce que moi, j'ai pas eu ça quand j'ai commencé. Puis mon Dieu, que ça aurait été précieux dans mon école, juste des fois avoir quelqu'un vers qui se tourner parce que des fois l'accueil qui nous réserve des écoles, bien, c'est pas nécessairement ce qu'on a désiré, souhaité. Bon, des fois, ça se passe autrement. Des fois, on n'a pas eu le contrat, on arrive en plein milieu de l'année. Fait qu'on arrive puis là, on doit tout rattraper ce qui se fait. Puis il y a tellement de choses à se familiariser en début de carrière.

[00:12:10] J'ai envie de te poser la question à toi, Catherine. Mettons, tu dis moi, c'est peut-être pas le début que j'aurais voulu avoir, l'accueil. Parce que, tu sais, j'aime beaucoup qu'on vise les deux aspects, ceux qui commencent puis ceux qui sont dans les écoles présentement, qui nous écoutent puis qui font comment je peux rendre ça plus doux pour mon futur collègue ou ma future collègue. Mais qu'est-ce que tu aurais aimé, toi, quand tu es arrivée à l'école? Qu'est-ce qui te manquait? Bien, c'est sûr que moi, de mon côté, des fois, c'est les niveaux. Parce que tu le sais, avec les stages,

[00:12:38] on essaie plusieurs niveaux, le pré-scolaire, la deuxième année, c'est ça. Puis moi, je m'étais rendue compte que pré-scos pour premier cycle, ce n'était pas pour moi. Puis je me suis retrouvée en début de carrière dans ces niveaux. Alors, je n'avais pas l'impression nécessairement de m'épanouir malgré que j'avais des collègues, ma foi, incroyables, qui me soutenaient puis qui m'encourageaient. Mais ça, ça a été quelque chose qui m'a affectée, moi, comme dans mon insertion professionnelle, de ne pas pouvoir choisir vraiment parce que c'est ce qui restait. J'ai pris ma permanence aussi assez tôt, puis c'est assez différent

[00:13:07] d'un milieu à l'autre également. Donc, étant donné que j'étais le bébé de l'école, je me suis retrouvée parachutée de différents niveaux. Ça fait que le premier, deuxième, cinquième, revient en première. Puis les pourcentages de tâches aussi dans les contrats. Ça fait que c'est toute cette polyvalence-là qu'il fallait développer assez rapidement pour pouvoir y arriver. Parce que c'est beaucoup de changements. Oui, énormément. Moi, je pense que l'adaptation, c'est difficile quand on est amené comme ça à changer continuellement. Puis est-ce que tu le savais quand tu faisais ton bac

[00:13:36] que ça allait être ça ta réalité? Est-ce que ceux-là, est-ce qu'ils sont assez bien informés? Bien, oui, ils sont bien informés, OK? Mais je pense qu'on peut savoir à un moment donné quand on va se baigner que l'eau est froide. Mais jusqu'à quel point elle est froide, on ne le sait pas nécessairement. Je comprends. Donc, oui, il y a de l'information. Oui, ils le vivent dans les stages. Mais dans les stages, ils ont, moi, je suis toujours, ils ont comme une bonne partie de responsabilité, mais ils n'ont pas toutes les responsabilités. Et quand,

[00:14:05] c'est là où ça devient complexe. Parce qu'effectivement, ils doivent varier avec plusieurs aspects. Il y a, tu parlais des pourcentages de tâches, c'est énorme. Ça, ça veut dire que tu rentres dans les classes, tu dois t'organiser avec les élèves qui sont là, avec le mode de vie qui est déjà implanté dans cette classe-là. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de contraintes pour eux autres. Oui. Puis, je trouve que quand tu es en stage pour avoir été stagiaire et pour accueillir

[00:14:34] aussi des stagiaires, moi, j'appelle ça le filet de sécurité ton enseignante associée. Oui, oui. Ça fait que c'est sûr qu'à ce moment-là, c'est plus doux, je trouve, malgré qu'il peut y avoir des stages, ma foi, qu'il y a certains facteurs qui rendent la tâche plus difficile. Par exemple, je me rappelle que mon stage au préscolaire, j'arrivais pratiquement en pleurant chaque soir parce que c'était extrêmement difficile. Bon, mais je sais que mon enseignante associée, c'était mon filet de sécurité. Elle m'épaulait, elle était là pour moi.

[00:15:05] Mais c'est ça, après, quand on est lâchée dans la jungle, après nos quatre ans de baccalauréat, bien, c'est là le filet de sécurité. Il n'est pas tout le temps là. Puis oui, j'ai été chanceuse, j'ai eu un accueil de mes collègues à mon école, mais parfois, cet accueil-là n'est pas présent non plus. Alors, que faire? Est-ce que tu as des conseils? Qu'est-ce qu'on peut faire dans ce temps-là? Bien, moi, je dis toujours, même si ce n'est pas nécessairement présent, ce que je remarque chez les nouveaux enseignants,

[00:15:33] c'est cette difficulté-là à nommer clairement les besoins parce qu'il y a un sentiment d'incompétence qui vient s'installer. Tu compares déjà avec ceux qui sont là depuis 20, 25 ans et qui t'ont peur d'avoir l'air mauvais ou mauvaise. Oui, puis je vais donner un exemple où j'avais eu, en début de carrière, j'avais eu une collègue qui, justement, avait décidé de garder un élève dans sa classe, de ne pas parler de cet élève-là parce qu'elle disait, OK, c'est un élève qui est complexe, qui a des défis particuliers, je ne veux pas en parler parce que si j'en parle, on va dire

[00:16:03] que je ne suis pas capable de travailler avec lui. Je n'ai pas les réponses. Bien, c'est ça. Je ne suis pas capable de le gérer. Je ne suis pas capable. Donc, j'aime autant ne pas en parler. Alors là, tranquillement, pas vite, septembre passe, octobre passe, on n'entend pas parler de ces élèves-là. On n'entend pas parler de ses besoins. À chaque fois qu'on se rencontre en équipe cycle, tout va bien. Tout va bien dans sa classe. C'est ce qui est exprimé jusqu'à temps qu'on arrive au mois de décembre, le congé de Noël. En janvier, elle ne revient pas. Donc, il y a un délai, il y a un congé qui est demandé,

[00:16:33] il y a un délai et on s'assoit avec notre collègue puis on lui demande qu'est-ce qui se passe. Mais elle dit, c'est cet élève-là, je n'y arrive pas. Mais qu'est-ce qui fait que tu ne nous en as pas parlé avant? Qu'est-ce qui fait que... Puis elle disait, c'est le sentiment d'incompétence. J'avais peur de me sentir incompétente. J'avais peur d'aller... Donc, le conseil que je pourrais donner aux nouveaux enseignants, c'est justement d'aller cogner à la porte et aux enseignants expérimentés, c'est d'ouvrir la porte au fait de dire, de voir,

[00:17:03] de remarquer, de pas juste saluer, mais quand on salue nos collègues qui viennent de débuter, c'est de les regarder aussi, de les voir comment ils se comportent, comment ils semblent aller. Est-ce qu'ils trouvent... Est-ce qu'ils ont l'impression que les collègues ont le goût de venir à l'école? Est-ce que... Ça, c'est important pour nous, les profs expérimentés, de voir, de les regarder avec, je dirais, un autre oeil. Est-ce qu'on peut même y aller avec des questions plus directes? Parce que... Dans le sens que... Est-ce que ça se passe bien? Est-ce que t'as besoin

[00:17:33] d'un coup de main? Est-ce qu'il y a de quoi? Ou, tu sais, je veux dire, moi, ma porte est ouverte, mais je trouve que des fois, on veut pas déranger l'autre non plus avec notre aide. On veut pas non plus avoir l'air de lui dire « Je suis meilleur que toi ». Mais, tu sais, moi, j'ai toujours pensé que les questions directes mais bienveillantes sont les meilleures. Oui, puis il y a une phrase aussi, là, de dire « Je suis là pour toi ». OK? OK. Cette phrase-là, là, je veux dire, c'est apaisant. C'est « OK, je vais y aller ». Puis nous, comme mentors, on l'utilise, cette phrase-là. Tu sais, « Je suis là pour toi

[00:18:03] quand tu en auras besoin ». Puis moi, je conseille toujours aux jeunes enseignants d'aller vite, alors rapidement faire connaissance avec leur mentor, pas attendre que ça aille pas bien ou pas attendre qu'il y ait une difficulté. Moi, j'appelle ça le bonhomme croche. Je me dis, j'ai dans le livre une image sur le réflexif où il y a un bonhomme qui est bien, bien droit. As-tu vu cette image-là? Oui. Oui, je sais très bien de quoi tu parles. C'est ça. Les pieds bien droits, les lacets bien attachés, la tête, le cœur bien alignés. Et moi, je me dis,

[00:18:33] moi qui est passionnée, ça fait 35 ans que je suis en enseignement, que je suis dans le domaine de l'éducation, j'adore encore mon métier. Puis quand on me demande pourquoi, je me dis toujours souvent bien droit, bien aligné que croche. OK. Mais il a déjà été croche. Il a déjà été croche. C'est sûr et certain. Comme dans tous les métiers, comme dans toutes les relations, comme dans tout. Je pense que c'est utopique de penser, même si j'ai une psychologie qui est très positive, mais c'est utopique de penser

[00:19:01] qu'on ne rencontre jamais de difficultés ou de défis. Il y en a partout, partout. On est en relation humaine. Donc, moi, je dis ça, c'est une belle phrase aussi. Moi, je demande à mes mentorés de m'appeler si jamais leur bonhomme est croche et de juste me dire « Hey, tu sais Sophie, mon bonhomme est croche. » Puis moi, comme accueil, je lui réponds « Est-ce que tu veux m'en parler? Est-ce qu'il y a quelque chose que je peux t'aider? Est-ce que tu t'attends à une action de ma part? Qu'est-ce que tu aimerais que moi je fasse? » Puis parfois, juste d'être capable

[00:19:31] de nommer que le bonhomme est croche, ça va juste semer chez l'autre, chez l'accompagnant, une action. De dire « Je dois me préoccuper de ma collègue, je dois me préoccuper de cette personne. » Puis je vais voir. Plus alerte. Oui, je vais voir. Puis parfois, ce ne sont pas des mots, juste à dire que mon bonhomme est croche, ce ne sont pas des mots qui sont trop engageants non plus si on ne veut pas aller dans ce qui est croche ou ce qui fonctionne moins. C'est drôle

[00:19:59] parce que ça me fait vraiment capoter pour vrai parce que ça fait plusieurs balados qu'on fait, qu'on reçoit plusieurs experts, qu'on parle à plusieurs enseignantes, à plusieurs enseignants. Puis la culpabilité dont vous faites preuve, le sentiment de culpabilité de ne pas en faire assez, de ne pas être assez compétente, de ne pas suivre tout ce qu'il y a à faire, c'est épouvantable. Une grosse charge mentale. Je trouve que c'est une grosse charge mentale, mais je trouve que votre culpabilité, vous la traînez un peu partout. Puis moi, je peux voir ça vis-à-vis de ce que

[00:20:29] Catherine me raconte puis de ce qu'elle vit à l'école. Puis des fois, ça me fait rire parce que je trouve que les profs, ils vont toujours vouloir en faire plus pour les autres. Quand un prof fait quelque chose pour les autres, il minimise ce qu'il fait. Dans le sens qu'elle vit, elle a fait, bien voyons, il me disait merci, mais juste apporter un café, c'est rien là. Je trouve que souvent, vous allez minimiser le bien que vous faites aux autres. Puis quand, au contraire, il y a des autres qui vous font du bien, tu fais, bien merci, tu ne sais pas à quel point, mais ouais. Mais tu sais, dans l'insertion professionnelle de ce que tu parles, je trouve ça vraiment intéressant, tes propos. Nous,

[00:20:59] on a une expression, dans mon école, on nous appelle les mamans lionnes. Parce que, quand on a des nouvelles, personne qui arrive dans notre équipe, nous, on en prend soin. On les voit vraiment comme ça, on les prend, ce sont sous notre responsabilité, mais pas rien d'infantilisant ou quoi que ce soit. Mais oui, notre porte est ouverte, mais tantôt, tu disais, ce n'est pas suffisant de juste dire la porte est ouverte parce qu'ils ne seront pas portés à venir nous voir. Puis nous, on va débarquer dans la classe. Puis je pense notamment à une situation qui est arrivée il y a quelques années, nous, on se rendait compte

[00:21:29] que ça ne l'allait pas. Alors là, nous, comme équipe, on s'est rencontrés en disant, OK, qu'est-ce qu'on fait? Ce n'est pas notre plan de match pour aller la soutenir. Nous, peut-être pendant une période libre, on va se faire payer pour pouvoir aller aider. Puis là, on s'est vraiment mobilisés comme équipe école puis avec la direction également en collaboration pour pouvoir aller la soutenir parce qu'on se rendait compte que ce n'était pas suffisant nécessairement étant donné que c'était une classe avec des grands besoins aussi. Donc, c'est ça, je trouve que le pouvoir de l'équipe école, le soutien d'être là l'un pour l'autre. Puis,

[00:21:59] nous, ce qu'on aime, nous, ce qu'on a, on est en train d'élaborer pour soutenir justement les nouvelles personnes qui arrivent dans notre milieu, c'est des planifications sur deux ans. Comme ça, tout le monde vit la même chose en même temps. Comme là, en ce moment, moi, je suis en sixième année. Donc, cinquième, sixième année, on a sensiblement, je donne un exemple, bon, en science, c'est le corps humain. Tout le monde fait puis on peut jaser ça comme on veut. Cette porte-là est ouverte. Il y a des choses communes. Mais cette liberté-là. Exactement. Oui, parce que ça aussi, c'est quelque chose que j'entends

[00:22:28] des mentorés de dire, moi, là, j'arrive de l'université, il y a justement des rencontres de cycle où tous les enseignants font sensiblement la même chose au même rythme. Moi, j'ai le goût d'expérimenter autre chose. J'ai le goût d'aller montrer à mes élèves à écrire. Des passions différentes aussi. totalement. D'aller sur la cour d'école avec des craies pour pouvoir tracer les lettres. J'ai le goût de faire autre chose. J'entends ça, mais je n'ose pas parce que ce n'est pas comme ça

[00:22:57] que l'équipe cycle fonctionne. Donc, ça, c'est important aussi pour garder cette flamme-là, le réveiller en enseignement. Moi, je suis toujours, probablement, c'est lors de mon premier stage que j'ai eu cette... Mon enseignante associée avait partagé ça avec moi. Elle m'avait dit, tu sais, Sophie, ce que je veux que tu retiennes de ton stage, c'est que l'enseignement, ta classe, c'est tout d'abord un milieu de vie. OK? C'est ça avant tout. Donc, oui,

[00:23:27] il y a des planifications. Oui, on a des concepts. On doit enseigner. Il y a tout ça, mais c'est avant tout un milieu de vie. Et moi, tous les matins, je me rappelle, pendant 35 ans, je me suis rappelée, je me rappelle encore, que c'est ça, c'est un milieu de vie. Alors, quand les élèves arrivent, quand... C'est le contact avec l'autre. C'est... Il y a Albert Jacquard qui disait, on devrait écrire sur toutes les portes d'école, c'est ici que se vit l'art,

[00:23:56] L-A-R-T, de la rencontre. OK? Et ça, c'est... Il ne faut pas jamais perdre ça de vue, de vue, ce milieu de vie-là. Donc, oui, d'être supporté par les collègues, c'est bien ce que vous faites aussi par rapport à toute la cohésion de l'équipe-école, d'être capable de se parler, de dire, regarde, on est ensemble pour supporter nos nouveaux qui arrivent. Donc, ce n'est pas une tâche qui est juste à une enseignante de cycle, sa collègue,

[00:24:26] c'est vraiment une responsabilité. Moi aussi, nous, à notre école, on fonctionne comme ça où on a une responsabilité partagée sur l'accueil. Oui, puis j'entends aussi dans ce que tu dis d'assumer sa personnalité en tant que nouveau prof, ce que tu aimes, les passions que tu aimes, ce que tu as le goût d'enseigner, le genre de littérature que tu as le goût d'aborder. Il y a aussi, peut-être que je me trompe, vous êtes encore une fois les deux professionnels et moi, je suis celui qui fait de la radio et qui vous jase. Mais, ceci étant dit, il faut que tu sois

[00:24:56] capable d'assumer et il n'y a personne d'autre qui va pouvoir prendre la place que tu dois prendre pour dire, moi, aujourd'hui, j'ai le goût de faire tel truc, j'ai le goût d'enseigner telle affaire, moi, j'aime beaucoup les chiens, on pourrait peut-être faire de quoi sur les chiens, moi, j'adore la science. Il y a une partie aussi où, je pense que ça va être encore plus heureux, non? Oui, mais il y a une complexité là-dedans. Il y a une complexité de trouver, d'abord trouver sa couleur. Oui. Deuxièmement, d'être capable de dégager sa couleur aussi, d'être capable de lever la main,

[00:25:26] de dire, est-ce que je peux faire autrement ou je vais faire autrement ou est-ce qu'il y a des façons, moi, j'accompagne beaucoup mes mentorés à développer cette couleur-là et à adresser aux collègues d'une façon douce, d'une façon respectueuse, mais d'adresser aux collègues qu'il se peut que vous expérimentiez autre chose et que vous fassiez ça différemment. C'est correct. Et c'est correct. Puis c'est ça qu'on veut.

[00:25:55] On ne veut pas avoir des profs pareils partout. Moi, avec mes mentorés, je ne veux pas qu'ils soient comme moi. Les stagiaires, les stagiaires de stage 1, c'est délicieux parce qu'en stage 1, ils arrivent, ils commencent, ils débutent, donc ils vont reproduire ce qu'ils voient. OK. Donc, souvent, les enseignants associés me disent, oui, elle fait comme moi. Elle a les mêmes expressions pour moi. Ah oui! Elle utilise la même... Ça les sécurise. Oui! Puis c'est correct de faire ça. Puis à un moment donné,

[00:26:24] on voit juste dans le stage 1, le début de stage et la deuxième visite de supervision. Oui. Et là, on commence à voir qu'il y a une couleur qui s'installe, qui s'installe, qui se définit. Mais je les invite à prendre leurs couleurs puis à faire ce qui les passionne. OK. Oui, puis c'est pas facile de s'assumer. Parce que moi, je pense en début de carrière, quand je suis arrivée, moi, je m'étais dit,

[00:26:52] hé, j'embarque dans le bateau, dans le train, peu importe, appelez-le comme vous voulez. Puis je m'étais dit, OK, je me lance. Puis là, c'était décaillé. Bon, j'ai fait, je l'essaye. Je l'essayais. Puis après 5-6 mois, même peut-être, probablement avant, j'ai fait, hé, non, c'est pas pour moi. Ça, ça m'éteint. Ça, tu te rappelles? Ah oui. Je vivais des irritants et là, j'ai pris... Des irritants. J'ai sur les cahiers. Ça, c'était des irritants. Oui, mais oui. Mais je pense que t'avais déjà ta couleur un peu. Oui, mais moi, je me suis toujours quand même assez assumée.

[00:27:21] Puis je sais que j'étais souvent l'extraterrestre au début. Puis j'avais une discussion courageuse avec mes collègues. Oui, en leur disant que je respectais tout ce qu'ils faisaient puis tout ça. Je trouvais ça génial. Mais moi, j'avais le goût de sortir un peu, d'utiliser davantage la littérature jeunesse. Puis j'ai été chanceuse parce que, tu sais, du sens qu'ils m'ont dit, ben oui, il n'y a pas de souci. Puis je m'étais arrangée après ça avec la direction l'année suivante, dire, OK, bon, ben là, moi, je ne peux pas avoir les mêmes cahiers que mes collègues. Il y a-tu moyen, tu sais, ton autonomie professionnelle de s'assumer,

[00:27:51] d'aller voir la direction? Puis là, moi, je suis arrivée avec mes arguments. Tu me connais? Oui. Sortir ma liste d'arguments en disant, ben voici, moi, pourquoi je veux ça, ça, ça, ça, et voici comment, moi, je vais enseigner. Puis ça avait passé après ça. Puis mon Dieu, la libération l'année suivante, là, c'est incroyable. Oui, oui. Incroyable. Et c'est là, c'est là où on peut, dans, je dis enseigner, là, pour moi, là, pour moi, là, c'est le métier le plus exceptionnel du monde. OK? J'adore, même après 35 ans, je suis choyée,

[00:28:21] je me sens privilégiée tous les matins que je suis en contact avec mes élèves. Puis je leur dis, on se le dit, est-ce qu'on est assez privilégiés d'être ensemble aujourd'hui? OK? Mais c'est ça qui fait de, c'est que moi aussi, j'ai trouvé rapidement ma couleur où je voulais aller. Et il y a des années que j'ai expérimenté des choses, qu'il y a d'autres années que je suis revenue à d'autres choses. Et on joue avec ça. Mais c'est toute la créativité aussi qui fait que c'est pas nécessairement toujours routinier le même mois de septembre

[00:28:51] de la même façon. À chaque année. À chaque année, d'inviter les parents, d'inviter la communauté dans nos écoles, d'être capable de faire des projets comme ça. Puis rapidement, moi, dès mon entrée à l'école, dans mes premières années, j'étais déjà dans ce mode-là de dire, « Hey, on fait du théâtre, on va aller chercher autre chose qui me passionnait. » Je pose une question. Je sais qu'il n'y aurait pas de réponse, mais je veux quand même la poser.

[00:29:19] Parce que tu fais beaucoup de mentorat puis évidemment, tes enseignantes associées, ça prend combien de temps? C'est super. Le développement. OK. C'est la connaissance de Sophie Berthelet comme enseignante. C'est la connaissance, comme là, ça fait trois ans que je fais du mentorat, je commence à trouver ma couleur comme mentor. Je comprends.

[00:29:50] Parce que ça fait trois ans, la première année, j'écoutais, on se consultait ensemble, j'allais lire sur le mentorat, j'essayais de reproduire les choses qui existaient déjà. Et là, doucement, j'arrive à prendre ma couleur, j'arrive en supervision de stage, il y a quelque chose que je fais. Les stagiaires me disent, « Sophie, on n'a pas eu ça d'aucun superviseur de stage. » Moi, j'appelle mes stagiaires le soir, avant la supervision, le lendemain. OK. Je les appelle

[00:30:19] pour leur demander comment ils vont. Je les appelle pour leur dire que demain, je serai en classe avec eux. Pour leur dire que je ne suis pas là dans un but de les évaluer, mais bien de les accompagner. Je comprends. Et là, ils sont capables de me dire, « Sophie, je suis stressée. » « Sophie, je suis capable d'écouter tout ça. » Puis de dire, puis ce n'est pas de dire, « Non, non, non, il n'y a pas de stress. » Non, c'est de dire, « Ça se peut que tu vives ça. » Oui, oui. Puis c'est correct. Puis ça se peut que les élèves se désorganisent. Puis ça se peut que tu mettes fin à ton unité d'enseignement. Puis ça se peut

[00:30:48] que ce n'est pas grave parce qu'on est dans un milieu de vie. Oui. Et ce n'est pas toujours parfait. Mais pour moi, ce qui n'est pas parfait est parfait. OK. Donc, alors c'est ça. Et je trouve cette couleur-là. Et quand je partage mon expérience avec d'autres collègues superviseurs, ils me disent, « Bien, voyons donc, tu fais vraiment ça. » Oui, mais je le fais par plaisir. Pour moi, l'heure que ça me prend le soir pour rejoindre mes deux, trois stagiaires que je vais aller superviser le lendemain,

[00:31:19] j'en retire du plaisir à faire ça. Bien, ça s'entend en tout cas. Moi, j'ai le goût d'aller en stage puis ce n'est pas mon métier. Ça fait que je me trouve une école d'ici quelques jours. Je vais être ta superviseure. Mais c'est à quel point ça les apaise aussi. Tu sais, c'est rassurant parce que je suis certaine que tes étudiants, tes étudiantes disent, « OK, bien, je sais sur qui compter. » Tu sais, j'ai une épaule sur laquelle m'appuyer s'il y a quoi que ce soit. Tu sais, sentir l'humanité dans ces appels-là,

[00:31:48] il y a de quoi d'extraordinaire. Tu fais beaucoup de stages. En fait, tu les accompagnes aussi en stage 1 qui est le premier stage qui est celui où on plonge. C'est quoi les défis, les enjeux que peuvent attendre ceux qui sont en stage 1 ou ceux qui débutent présentement au baccalauréat? Je dirais que les enjeux, c'est lors des prises en charge complètes. Tant qu'ils sont en observation, ils vont arriver et ils vont nous dire, « Ah, enseigner, ça va, c'est pas si mal. » Il y en a même, ils vont dire,

[00:32:18] « C'est facile. » Quand l'enseignante, là, je dis, « Oui, c'est facile. Comment on obtient un silence dans une classe? » Oh, bien, l'enseignante ferme la lumière. Il y a un silence. Ah, OK. Oui, je comprends. Donc, dès qu'ils commencent, nous, à l'UQAM, on a une prise en charge rapide. OK. Alors, dès qu'ils commencent à prendre les classes en charge, dès qu'ils commencent à avoir des demi-journées de prise en charge complète, où là, ils s'aperçoivent que, « Oh, moi, j'ai fermé la lumière. » C'est pas magique. Puis,

[00:32:47] personne n'arrête de parler. Donc, c'est pas juste ça. C'est la main qui va fermer la lumière. Donc, c'est comment on a développé cette relation-là avec nos élèves. Alors, dès qu'ils arrivent, bon, les enjeux sont vraiment au niveau de la classe, au niveau des défis particuliers de tous les élèves. On a des classes qui ont des élèves à défis particuliers. Puis, ça, c'est un grand défi pour eux.

[00:33:16] De ne pas connaître la matière. Ce que j'allais dire en fonction des niveaux aussi. Oui, c'est ça. Moi, j'accueille des stages 1, puis j'étais en 6e année. Puis là, j'ai des stages, mes stagères, je me rappelle, elles me disaient, « Mais c'est parce que là, moi, je sais pas. Puis là, comment tu l'enseignes? C'est différent de moi, ce que j'ai connu. » Tout à fait. Puis là, on vient angoisser. Je dis, « Regarde, on va. » Puis moi, ce que j'aime faire avec mes stagères, c'est qu'on peut prendre un petit temps, soit sur le dîner ou après l'école. Puis là, je leur dis, « Bien, regarde, je vais te l'enseigner. Je vais te le montrer

[00:33:45] comment je pourrais le faire, moi. » Mais après ça, vas-y, tu peux te pratiquer devant moi ou des fois, je leur dis, « Toi, comment tu le ferais? Vas-y, je t'écoute. » Puis, puis avec les bons coups, moi, j'aime beaucoup donner de la rétroaction. Bien sûr, pas devant mes élèves. Ça se fait vraiment entre la stagiaire et moi. Mais souvent, moi, ma première question, c'est, « Qu'est-ce qui a bien été? » Je commence comme ça. Puis là, ils sont toujours saisis. « Bien là, je ne sais pas. Il n'y a pas grand-chose qui a bien été. Je ne suis pas d'accord avec toi. Moi, je veux que tu me donnes trois choses qui ont bien été. Vas-y,

[00:34:15] je t'écoute. » Puis au début, c'est difficile. La première semaine, mon Dieu, après coup, dans les semaines qui suivent, souvent, il m'arrive, « Je suis prête. Je vais te dire qu'est-ce qui a bien été aujourd'hui. » Il embarque. C'est important de se montrer fier de ce qu'on fait. Puis c'est parce qu'on a tendance au début de dire, « Tout a mal été. » Non, c'est faux. Il y a des affaires qui ont bien été aussi. Puis, tu sais, ce que tu dis, c'est très important parce que tout au long de notre carrière, le soir, quand je termine, quand je finis mon enseignement, tout ça,

[00:34:45] quand les élèves quittent, je prends tout le temps un 15, 20 minutes, une heure, des fois, dans ma classe où je trouve que c'est un moment de pur bonheur. C'est un moment paisible où tous les enfants sont partis, tout ça. Et je me pose encore cette question-là. Puis je vous invite à le faire comme enseignant, comme nouveau enseignant, comme stagiaire. Qu'est-ce qui a bien été aujourd'hui? Dans quoi je suis bonne? Qu'est-ce que je fais de bien? Puis je trouve que ça aide à dire, « Wow! Quel beau métier nous avons! » D'être capable

[00:35:14] d'avoir une vision positive. Et les stagiaires et les mentorés ont besoin d'entendre parler de ça. Quand je donne des conférences, je donnais justement une conférence à l'UQAM dernièrement où il y avait la cohorte des finissants qui s'en allait en stage. Et ce que j'avais comme rétroaction à la fin de la conférence, c'est merci. Merci d'être aussi inspirante. Merci de nous parler en bien de ce métier-là. Ça fait du bien, hein? Oui! Merci de nous dire que pour toi,

[00:35:43] c'est encore le plus beau métier malgré tous ces défis-là. Donc ça, ils ont besoin d'entendre, ils ont besoin d'avoir des modèles inspirants qui les accompagnent. Ça, ils en ont besoin. Est-ce que tu as l'impression que, parce que tu parles de passion et je te sens extrêmement positif et je te sens engagé et je le vois que tu aimes tout ce que tu fais et je trouve ça intéressant que tu me disais « Moi, j'arrête une heure pour remercier et tu prends le temps aussi avec tes élèves de dire « On est chanceux de savoir présentement. » Est-ce que tu penses que ça change tout ça?

[00:36:13] En fait, j'ai l'impression que tu as des lunettes roses. Nous, on appelle ça à la maison des lunettes roses dans le sens que des fois, tu fais « Hey, c'est-tu quoi? Regardons un peu le positif. » Ce n'est pas de mettre des lunettes roses pour ne pas voir ce qui ne va pas bien. Mais des fois, on se le dit Catherine et moi, mais j'ai l'impression que ça peut faire une différence dans ta carrière au complet, dans l'énergie que tu vas avoir, dans ta façon de voir des choses, dans ton minding, parce qu'on parle beaucoup de profs qui abandonnent dès les premières années.

[00:36:43] Je pense que ça peut faire une différence d'être capable de dire dans quoi je suis bon, qu'est-ce qui s'est bien passé, d'apprécier le moment. Je pense que ça peut tout faire en sorte de... Ta vision du métier est inspirante, en fait. Il y a l'impact. L'impact, c'est envers nous-mêmes en premier. C'est d'être capable de reconnaître des choses qui vont bien. Mais là, je fais une petite parenthèse parce que dans ce moment réflexif que j'ai à la fin de toutes mes journées, il y a aussi des fois où je me dis, puis souvent, où je me dis, OK, là,

[00:37:12] moi, j'ai une expression, je me disais, Sophie, il faut que tu changes ta raquette, il faut que tu changes ta façon d'intervenir parce que là, avec cet élève-là, tu interviens comme ça, tu interviens comme ça, tu interviens comme ça. C'est probablement pas la bonne façon parce que je vois peu de changements chez cet enfant-là. Donc, d'être capable de s'arrêter et de dire, OK, telle situation, ça ne fonctionne pas bien. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas bien. Mais là aussi, ce moment d'arrêt-là, pour moi, ça fait toute la différence de quitter à 15h35 avec mon sac en même temps que les élèves ou de dire,

[00:37:42] non, moi, je me donne, je m'accorde à moi ce moment réflexif-là qui arrive après mes journées de classe ou après mon mentorat ou après mes supervisions de stage où je prends ce moment-là pour me re-questionner. Et là, c'est là où je suis capable de faire la part des choses, de dire, oui, j'ai des défis, oui, il reste des choses. Bon, OK, pour telle, telle chose, je vais aller voir ma collègue demain matin, on se trouve des solutions. c'est ça, mais moi, la différence que je trouve, c'est que t'es beaucoup plus en mode solution que je me tape sur la tête. Bien oui, tout à fait. Je dois changer tel truc, pour moi,

[00:38:12] c'est différent de se dire que je suis pas bonne. Oui, bien, c'est la même chose si quelqu'un qui commence à courir. Si tu dis, ah, j'ai fait 0,2 kilomètre. Moi, j'ai commencé la course. Non, bien là, t'as pas commencé. Non, j'en fais depuis longtemps, mais là, c'est un sujet que je faisais. C'est moi qui ai commencé la course. Toi, tu courais déjà. Moi, je cours déjà. Alors, quand tu fais 0, quand tu commences et que tu fais 0,2 kilomètre, c'est là toute la vision où tu dis, hey, je fais 0,2 kilomètre. Bien, bravo,

[00:38:42] j'ai fait 0,2 kilomètre. Alors, quand on finit notre journée, qu'on se dit, hey, wow, bravo pour ça, c'est, la motivation arrive souvent après. On fait notre journée et là, on ressort les choses qui sont bonnes. J'ai couru mon 0,2 kilomètre, je l'ai bien fait. Wow, bravo, ça me donne le goût de revenir demain. Je comprends. Alors, demain, peut-être que je vais courir 0,5 kilomètre et c'est comme ça que je vais me rendre à 1 kilomètre, 2 kilomètres et c'est comme ça que je vais aimer la course. Je comprends. Donc, dans notre métier, c'est aussi ça,

[00:39:12] d'être capable de s'auto-reconnaître, de se dire wow. Et, l'autre chose aussi, le défi, c'est d'être capable de reconnaître chez les collègues des bons coups et d'être capable de le dire, de dire hey wow, j'ai entendu ton intervention, c'était vraiment génial. Nous, à l'école, on travaille, on essaie de travailler beaucoup, beaucoup sur cet aspect-là, d'être capable de voir l'autre, de reconnaître chez les collègues, chez les nouveaux enseignants, chez nos stagiaires, comme enseignante associée,

[00:39:41] ces bons coups-là. Puis moi, ce que j'aime, c'est que, dans ce que tu disais un petit peu plus tôt, c'est du travail réflexif aussi. Tu sais, par rapport à, oui, en stage, on en a un journal de bord qu'on fait. Puis je trouve qu'après, quand on commence notre carrière, bien, ce journal-là prend le bord parce que, bon, on le dit, ça va vite, la tâche est colossale. Puis c'est drôle parce que, dans mon cours de gestion de classe à l'université, on vient à refaire un journal de bord, on vient à faire un journal de bord, sur nos pratiques.

[00:40:11] Puis souvent, ce qu'on a, Andréane et moi, comme commentaire, nos étudiantes nous disent, hey, je le fais pas assez dans mon quotidien. J'aurais pu, tu sais, dans le fond, c'est ça qui fonctionnait pas. Là, je sais, j'ai trouvé une alternative. Fait que c'est vrai que c'est important de prendre le temps de se poser puis dire, OK, d'analyser nos bons coups puis dire, OK, bon, justement, tu parlais d'une intervention des fois avec un élève. Ah, bien là, qu'est-ce que je peux faire de différent? Puis moi, c'est ce que j'aime montrer aussi à mes stagiaires quand je les accueille. Puis moi, des fois, je vais réfléchir à voix haute. Quand j'enseigne, puis là, quelque chose, puis tu es toujours

[00:40:41] dans le respect, bien sûr, de mes élèves. Mais là, des fois, je vais dire, ah, tu vois, là, Mme Catherine, ici, ses consignes n'étaient pas assez claires. On va reprendre le cadre ici. Puis là, je réfléchis à voix haute pour lui montrer. Je modélise ce qui se passe dans ma tête, bien évidemment. Je ne dis pas ça devant mes élèves habituellement, mais je fais là, tu as accès à mes pensées directement à voix haute pour lui montrer. Puis des fois, je m'en vais chuchoter un petit quelque chose. tu vois, j'aurais dû faire ça différemment. Je me suis rendu compte que mes élèves n'étaient pas prêts pour lui montrer que même si j'ai une dizaine d'années d'expérience, bien, ce n'est pas parfait

[00:41:11] puis c'est correct que ça ne le soit pas. Moi aussi, j'apprends. Ça fait que ça, cet aspect-là, je trouve ça important de le montrer. Tu sais, Catherine, tu parles de modélisation. Dans mes souvenirs, quand je préparais la rencontre, je me disais, bon, qui m'a aidée, moi, quand je suis arrivée? De quelle façon j'ai pu me faire aider qui est restée en moi? Et j'avais une enseignante d'expérience

[00:41:41] qui était dans le même cycle que moi qui, justement, me montrait, m'enseignait à enseigner à l'heure du dîner et j'ai eu ça aussi. Ah oui, puis là, je veux juste dire, moi, c'est ma Chantal, c'est sûr qu'elle va se reconnaître. c'est ma liette. Ah mon Dieu, c'est-tu précieux ces moments-là? C'est tellement précieux puis il y a dans les écoles des enseignants passionnés qui vont vouloir accompagner de cette façon-là. Il suffit de demander, de dire, OK, moi, je dois,

[00:42:11] je ne sais pas, moi, je dois enseigner la fraction d'un ensemble puis je ne sais pas trop comment m'y prendre mais moi, j'avais une liette qui me disait, enseigner. Là, j'essayais de le faire devant la liette, ça, et après, elle me disait, OK, et si tu, il y allait différemment? Là, je lui demandais, bien, viens-toi enseigner comme tu le fais. Et là, elle enseignait comme elle le faisait avec ses élèves. Donc, je prenais une partie. Au départ, je prenais la liette au complet. Oui, totalement. Toute la façon de faire. C'était sécurisant. Ça donne ton point de départ.

[00:42:41] Oui, puis après, là, je disais, ah, OK, là, j'ai compris le principe. Donc, maintenant, je vais y aller différemment. Je vais le présenter différemment, plus concrètement à mes élèves, tout ça. Mais ça, c'est un beau cadeau que vous pouvez faire si vous êtes enseigné. Ça m'amène à la prochaine question, pour vrai, parce que je trouve ça super intéressant. Mais tu sais, je pense qu'il y a plein de gens comme toi, Catherine, qui ont fait, moi, au début, j'aurais aimé ça, avoir ce coup de main-là, puis finalement, tu l'as eu, puis on le voit. Les deux, vous avez nommé la personne après 0,5 secondes, puis j'ai vu tout l'amour

[00:43:11] puis la reconnaissance que vous avez eu pour cette personne-là. Mais il y a des profs qui nous écoutent, des enseignants, des enseignants présentement qui font, moi, il y a une nouvelle enseignante qui vient de commencer depuis, mettons, six mois. Moi, je n'ai pas eu ça, mais qu'est-ce que je peux faire concrètement pour aider ce nouveau prof-là à se sentir bien? Qu'est-ce que je peux faire pour l'aider dans son début de carrière? Qu'est-ce qu'on peut faire, en gros? Moi, je pense que c'est d'offrir, quand même, même si les nouveaux enseignants vont dire,

[00:43:41] ah, ben, ah non, pas pour le moment, pas pour le moment, j'ai pas de temps. Souvent, ils vont nous dire, j'ai pas le temps, j'ai pas le temps, j'ai pas le temps, parce qu'ils voient pas la plus-value, tout ça, mais juste de l'offrir, de dire, hey, si jamais t'as le goût qu'il y a une notion qui est pour toi pas tellement claire, je pourrais faire un petit bout d'enseignement, on pourrait prendre 15 minutes à l'heure du ziné puis je pourrais aller faire devant toi. Tu as une période libre, je t'invite dans ma classe, inviter, ouvrir vos portes aux nouveaux enseignants, viens t'asseoir,

[00:44:11] même si tu enseignes en cinquième année et moi, je suis en deuxième année, viens voir ma gestion de classe, viens voir comment j'accompagne mes élèves. Mon milieu de vie. Mon milieu de vie, viens voir mon questionnement pour les enfants, viens voir. J'ai le goût d'y aller. Ça, c'est mon problème, t'es tellement passionné, je suis fait, OK, je vais y aller, je vais y aller. C'est incroyable. C'est Pierre, ça existe, on n'entend pas beaucoup, je trouve que la tribune n'est pas tellement aux enseignants passionnés. Oui. Et je trouve ça,

[00:44:39] je trouve ça le fun de pouvoir venir en parler ici, mais il y en a beaucoup plus qu'on pense dans les écoles. Totalement, oui, oui. Puis ça ne veut pas dire qu'une enseignante passionnée n'est pas fatiguée. Ça ne veut pas dire qu'une enseignante passionnée n'est pas au bout du bout, parfois. C'est ça, débordée. Débordée, oui. Oui, il y a tout ça, on a ces défis-là. Parfois, on ne sait pas quoi faire, parfois, oui, on a tout ça, mais à un moment donné, c'est une question, c'est une question

[00:45:08] de climat intérieur. C'est ça aussi, de dire, OK, il y a tout ça d'un côté, mais il y a aussi la relation avec les élèves. Moi, il y a deux choses. J'ai parlé à beaucoup de profs, puis quand tu me parles, ça me frappe aujourd'hui, puis je me rends compte que c'est la même chose aussi avec Catherine, mais c'est la première fois que j'entends quelqu'un parler avec autant de passion, mais avec autant de douceur en même temps. Puis je trouve que les deux,

[00:45:36] on les unit pas souvent. J'aime ça de t'entendre parler de passion, puis dire, ah, mais ça, ça a moins bien été, mais qu'est-ce que je peux changer? Je te trouve douce envers toi-même, je te trouve douce envers les collègues, je te trouve douce envers le métier, puis je trouve que des fois, on peut penser que les deux sont pas conciliables. C'est pas parce que t'es passionné que tu peux pas être doux avec toi-même, puis moi, c'est ce que je travaille le plus avec Catherine à la maison. Sois douce, t'en as fait beaucoup, t'es bonne.

[00:46:05] Je trouve qu'il y a beaucoup de profs, on revenait à la pression, à la culpabilité. Tu peux enseigner, tu peux vouloir tout changer, mais t'as le droit. C'est un apprentissage. Oui. Qui se fait au courant de notre carrière. Puis tu parlais de coffres à outils tantôt pour les... Qu'est-ce qu'on fait quand on a des nouvelles enseignantes? Moi, ce que j'aime faire, c'est des fois de leur raconter des gaffes que j'ai faites en début de carrière, juste pour les apaiser. Comme par exemple, puis je vais en donner une ici, tu sais, qu'on parlait des notions tantôt qu'on connaît pas,

[00:46:35] puis des fois, on va enseigner. Je m'étais arrivée avec Pierre, te rappelles-tu les mots? Ah, mon Dieu! Et puis là, j'en perds, regarde mon verre d'eau. Pour vrai, c'est ridicule. Pour vrai, je me mouille, gang. Moi, j'avais dit à Pierre, je suis tellement fière de ma leçon en univers social. J'ai parlé des fous de bassin, qui est des fous de bassin, soit du temps pour temps. À l'arrivée, comme s'il avait fait quelque chose d'extraordinaire. Puis là, je dis, c'est pas des fous de bassin. Il dit, c'est des fous de bassin. Je dis, ben non, c'est des fous de bassin. Comme le bassin, puis là, je dis, c'est des fous de bassin. OK. Fait que là, c'est pas grave.

[00:47:05] Après ça, j'ai enchaîné, puis j'ai parlé des monts chik-chok. Puis il est comme, ben non, c'est pas les monts chik-chok. C'est les monts chik-chok. Eh, tu sais, ma foi, c'était là, ça, puis je me rappelle, moi, c'est une avec un élève qui dit, Mme Catherine, moi, je pense que c'est les fous de bassin. Ben non, c'est les fous de bassin. Moi, c'est ce que j'ai appris. Je suis l'adulte. Je suis l'adulte. Oui, mais ça, c'est devant des parents. Fait que ça, c'est moins pire.

[00:47:35] On va maintenant regarder les congés ferroviaires. Je parle tellement bien. Au lieu des congés fériés. Moi, je mélange des mots. Fait que bref, on a eu à recadrer. Puis des fois, c'est ça, j'humanise. Je parle de ça aux nouvelles enseignantes pour dire, hey, tu vas en faire des gaffes. Puis même encore, aujourd'hui, j'en fais. Puis il faut rire de ça. Puis je trouve que de montrer ça à nos élèves aussi, c'est super. De dire qu'on n'est pas parfait. Oui, on est l'adulte devant, mais on n'est pas parfait puis on a le droit à l'erreur. Donc moi, c'est ce que j'aime enseigner à mes stagiaires, aux nouvelles enseignantes aussi puis de leur dire, c'est correct que tu te trompes puis au pire,

[00:48:05] bien tu reviens sur ton enseignement puis c'est tout là. Oui, puis ça donne, ça donne, tu sais des fois, parfois de se tromper, ça donne du sens à une préparation aussi. Oui. Parce que moi, je me suis déjà retrouvée devant l'ACP mathématiques avec une enseignante ressource et j'animais une situation en cinquième année. Je n'avais pas fait la situation problème. Je ne la maîtrisais pas la situation problème. Et là, plus je parlais, plus j'enseignais,

[00:48:34] plus je me perdais, plus je ne savais plus où j'étais rendue, plus les questions des élèves en cinquième année venaient me mélanger tellement que j'ai été obligée de dire, écoutez, on va faire un moment d'arrêt, on va prendre la collation. Prenez votre collation. Et là, j'avais des adultes dans la classe en me disant, je disais, je suis mêlée, mêlée, mêlée comme un chien dans un jeu de quille. Donc là, il faut que je revienne là-dessus. Là, j'allais revoir ma situation. Mais ce que ça m'a appris, c'est que Sophie, l'importance

[00:49:03] de bien t'organiser, de bien planifier tes choses, l'importance d'être prête. Fais donc la situation problème avant de l'enseigner. Déjà, tu vas avoir un plus, tu vas mieux la maîtriser. Mais il y a des choses comme ça qui arrivent. Puis c'est ça, c'est ça le milieu de vie. C'est ça autour de la table avec ton frère, ta soeur, ton père, ta mère. C'est pas parfait. Non. Parfois, ta mère, elle manque sa recette, ton père manque sa recette. Puis on en rit de ça puis on reprend la recette. C'est tout. Mais c'est ça qu'il faut, c'est ça qu'il faut aussi avoir. Puis de,

[00:49:33] je pense que c'est mon plus grand conseil, plus j'entends parler de ça, cette histoire de milieu de vie là, parce que, parfois, on se donne pas le droit de s'arrêter. Moi, le 14 février, je fais des crêpes à mes élèves. Ça me prend une période. Mais quand ils arrivent le matin, ça sent la petite crêpe parce que j'en fais cuirure d'avant. Puis je suis installée dans ma classe puis je m'organise. Puis on mange nos crêpes. On a du plaisir à manger les crêpes. Et je me donne le droit d'avoir cette période-là.

[00:50:04] La période des crêpes. La période des crêpes du 14 février. Et là, je leur dis, pourquoi on fait ça? Parce que vous nous aimez, Madame Sophie. Oui, parce que je vous aime. Et c'est ça aussi, ce fameux milieu de vie là. Je pense que c'est mon plus grand conseil pour tout le monde. Faire des crêpes. Faire des crêpes. Prendre le temps de prendre la collation avec les élèves. Puis tu sais, je reviens à la couleur parce que tu sais, je suis certain qu'il y a plein de gens qui nous écoutent puis qui font,

[00:50:33] hé, moi, je ne peux pas faire des crêpes. Moi, ça ne fonctionne pas. Mais de trouver tes crêpes à toi. Oui! C'est une belle idée, oui! De trouver quelles sont tes crêpes à toi. Oui! Puis on en parlait tantôt de l'équipe école puis des relations harmonieuses puis à quel point c'est le fun d'avoir du soutien des autres. C'est le fun de pouvoir encourager les autres aussi de souligner leur bon coup. À quel point ça fait une différence. Tu sais, tu disais, les mamans lionnes, pas les mamans lionnes, tu sais, à quel point ça fait une différence.

[00:51:00] Mais il y a un impact qui est réel quand tu as des bonnes relations avec tes collègues. Totalement. Il y a un impact qui est réel partout. Ce n'est pas juste on a du plaisir puis on reste plus tard le vendredi à manger des chips ensemble. Il y a un impact réel dans ton enseignement. Ça revient encore à mon fameux milieu de vie. Parce que quand tu arrives dans ton école, moi, ça fait 35 ans, non, depuis, ça ne fait pas 35 ans encore, mais depuis 1998 que je suis à la même école.

[00:51:30] C'est beau. Alors, je suis là, ça fait des années. Et quand j'ouvre la porte de cette école-là, ça sent bon. Puis ça, je le dis à mes stagiaires. Je dis, vous devez travailler tout ça tant que ça sent bon. Quand ça commence, quand vous ouvrez la porte, puis ce n'est pas le fait de sentir bon parce que ça sent les casiers, des fois, ça pue une école. Notamment l'hiver, mais en tout cas, on s'enchangera. Un autre balado. Mais tu sais, d'entrer et dire,

[00:51:59] wow, je me sens bien ici. C'est ça pour moi, sentir bon. Puis je dis, dans cette senteur-là, dans cette couleur école-là, tout le monde a son grain de sel à mettre. Ce n'est pas juste une personne. Ce n'est pas juste la direction qui fait la différence. Ce n'est pas juste une personne. C'est l'équipe ensemble. L'équipe école. L'équipe école. Puis de voir, on a une phrase des fois qu'on va dire à notre école, ce sur quoi je porte mon attention prend de l'expansion. OK. OK?

[00:52:28] Alors, on se la rappelle. Parce que parfois, on descend dans des creux où là, on met notre attention sur tout ce qui ne fonctionne pas. Et là, soit qu'on écrit sur le tableau ou qu'on se la dit, de dire, hey, ce sur quoi je porte mon attention prend de l'expansion. Justement, je l'entendais hier d'une enseignante qui me disait, Sophie, tu sais, ce sur quoi je porte mon attention prend de l'expansion. Donc, là, j'ai décidé justement de mettre mes petites lunettes. Puis c'est pas... Je veux pas dire que ce sont des... Ce sont pas des lunettes roses où on ne voit pas.

[00:52:57] Au contraire, c'est où on voit autrement les choses. Autrement. Exactement. Un nouveau regard. Ou des fois, un regard différent. Parce que ce sont là les problèmes. On peut pas les nier. Mais non. Mais il y a d'autres choses aussi. Mais il y a d'autres choses. Puis des fois, moi, c'est ce que je trouve aussi, puis c'est ce que je dis à mes stagiaires. Là, en ce moment, des fois, je vais nommer. OK, je pourrais faire ça, ça, ça, ça, ça. Là, on va mettre ça de côté. Je vais me concentrer aussi sur les éléments qui sont positifs. Ou du moins, les éléments dont je suis fière. Parce que des fois, cette liste-là vient m'envahir puis me rend anxieuse. Mais là, à un moment donné, des fois,

[00:53:27] il faut tasser ça. Puis dire OK, tu sais, moi, j'ai un collègue, Marc-André, qui nous avait dit à un moment donné, puis ma stagiaire était là aussi. Il disait non, mais là, faites-les pas aujourd'hui. Poussez ça à demain. Puis c'est tout. Ça finit là. Puis on avait fait... T'as bien raison. Bon, on peut repousser ça à demain. Mais tu sais, nous, c'est sa liste du jour. Puis c'est ça qu'on avait en tête. Bien, tu sais, il y a quelque chose qui met une grosse, grosse, grosse pression aussi sur les enseignants débutants. Puis ça, je voulais en parler aussi.

[00:53:57] C'est toute l'évaluation. Ah oui. OK? Oui, oui, oui. Les bulletins. Dans les questions de réflexion qu'on avait eues, c'est qu'est-ce que tu changerais de l'enseignement du milieu scolaire? Avoir deux bulletins, fort probablement. Et voilà. N'est-ce pas? Et voilà. OK, d'avoir... Si il y avait une chose à changer présentement en éducation, c'est d'avoir deux bulletins. Entre autres, entre autres. Attends, on va le redire encore, deux bulletins. Si M. Dreville écoute, pourquoi pas? Hein? Avoir deux bulletins. Il est trop occupé à chanter des chansons. On va vous expliquer pourquoi. Oui, c'est ça. C'est ça aussi.

[00:54:26] Mais ce fameux côté-là d'évaluation met un stress énorme, énorme, énorme. Le premier bulletin qui arrive, même pour une enseignante expérimentée, pour nous, il est trop rapide. Et là, qu'est-ce qu'on fait? On met une pression chez les élèves parce qu'on ne connaît pas encore nos élèves. Donc, on met une pression supplémentaire chez nos élèves. On met une grosse pression chez nos nouveaux enseignants débutants. Il y a une pression pour nous aussi. Là, on doit bien évaluer. Est-ce qu'on s'est trompé?

[00:54:56] On va repasser une autre évaluation. Parce que peut-être qu'on s'est trompé dans cette évaluation-là. Peut-être que c'est une source de stress incroyable d'avoir... Dans le fond, moi, je suis d'accord qu'on donne aux parents. Moi, j'appelle ça, puis je recommande à mes mentorés d'utiliser ça. J'appelle ça des bilans des apprentissages. Oui, c'est ça. Donc, le ventredi, on fait un bilan des apprentissages. On n'appelle pas ça un contrôle. On n'appelle pas ça... Ce sont des bilans des apprentissages.

[00:55:26] Et les enfants, dans les bilans des apprentissages, peuvent aller déposer ce qu'ils ont appris de ça. Ils répondent à nos questions. Ils le font. Et parfois, ils vont nous écrire « Ah, je n'ai pas bien saisi cette notion. » Ou « Ah, c'est à revoir en récupération. » Les enfants vont nous l'écrire. C'est plus construit de cette note. Et voilà. Et ça, ça part aux parents. Donc, les parents sont informés de l'évolution des enfants à chaque semaine ou à chaque deux semaines. Mais ça, c'est un enjeu très, très important au niveau... Quand l'évaluation arrive, on voit les enseignants d'Éviteur

[00:55:55] et puis nous autres aussi, tous les enseignants s'activer et les élèves écrasent dans les apprentissages parce qu'il y a tellement d'évaluations parce qu'un bulletin s'en vient. Mais il y a un bulletin qui s'en vient. Puis c'est parce que, tu sais, moi, je me rappelle, quand je suis sortie, je me disais « Ok, bien là, ça me prend des traces. » Des traces, des traces, des traces. Mais tu te dis, au final, il n'y a pas juste les traces non plus. Je peux me servir de mes observations. Je peux me servir de d'autres choses. Mais quand on commence, on n'a pas cet instinct-là. Tu sais, je veux dire, voir, on a tellement de choses

[00:56:25] à s'approprier que c'est difficile de dire « Hey, je vais les observer. » Bien oui, pourquoi pas? Non, non, tu ne penses pas à ça. Tu te dis « Ok, bon, mais mon contenu, comment je vais planifier ma période après ça? » Bon, quelles tâches? Je vais leur faire passer pour pouvoir les évaluer. Je trouve que ça vient avec l'expérience qui, là, tu sais, moi, après, c'est ça, 13 ans, là, je suis en pleinement dans l'observation et j'ai beaucoup moins de traces écrites. Mais en début de carrière, je trouve ça difficile. Mais tu te fais confiance aussi. Oui, oui, oui. C'est un mot que tu m'as dit. Elle dit « Je me fais assez confiance maintenant pour être capable de les évaluer sans voir seulement que des notes

[00:56:53] par rapport à des évaluations. » Cette confiance-là aussi est importante. Oui, oui, totalement. Puis, tu sais, je me rends compte qu'en début de carrière, ce n'est pas facile. Non, puis souvent, on va surcharger cette prise de notes-là. Donc, je vais donner un exemple concret. On va donner des multiplications. On va donner huit multiplications parce que là, on va être sûr que tous les élèves comprennent. Donc, il y en a huit en pratique. Oui. Ils se pratiquent sur les huit. Après, on revient. On va en donner cinq autres. OK, on revient. Mais dans le fond, là,

[00:57:23] avec trois, là, trois multiplications, on serait capable de voir nos élèves qui réussissent bien, qui fonctionnent bien, qui ont compris le principe où on peut aller. Oui, je comprends. Et voilà. Donc, là, on peut couper un peu pour faire des crêpes, tu sais. Oui, c'est ça. On peut couper un peu le temps. Moi, le temps, vous pouvez couper ce que vous voulez pour des crêpes. Moi, j'embarque. Mais, tu as raison. On ne pense pas à réduire parce que des fois, on veut les driller, on veut les entraîner, on veut leur donner le plus. Mais des fois, tu dis, bien, l'enfant, là, qui ne maîtrise pas ces multiplications, là,

[00:57:52] puis qu'il y en a onze, qu'il y en ait trois ou qu'il y en ait onze, il ne réussira pas plus. On parle de multiplication, là, 325 fois 24. Oui, oui, là, on parle exactement, là. Pas des tables à mémoriser ou quoi que ce soit, là. Mais, en effet, donc, tu sais, des fois, c'est ça. C'est d'avoir ce regard-là qui, je trouve, quand il y a des programmes de mentorat ou quand on peut avoir une enseignante vers qui se tourner, bien, qui peut nous apporter ce regard-là. Tu sais, moi, on parlait, tu sais, moi, je me parlais de ma Chantal, là. Bien, Chantal, c'est ça qu'elle m'avait apporté. Comment voir autrement l'évaluation, aussi,

[00:58:22] avec les grilles d'observation. C'est grâce à elle. Moi, je me suis vraiment, là, dès le début, là, imprégnée de tout ça. Puis, elle me disait, regarde, oui, c'est correct d'avoir des tâches écrites, mais voici un tableau, voici ce que tu peux noter. Puis là, on avait des trucs de couleurs, mais c'est grâce à elle, là, qui me permettait aussi de ne pas être constamment en surcharge au niveau de l'évaluation. Ça fait que ça, c'est quelque chose qui a été précieux, aussi, puis que je dis à mes stagiaires que pendant leur parcours à l'université, imprégnez-vous de ce que vous voyez dans les différents milieux de vie.

[00:58:51] C'est tellement précieux. Je dis, là, vous allez voir, parce que moi, je suis sans cahier, classe flexible, bon, c'est un peu un extraterrestre, mais je dis, il y a tellement d'autres belles choses, aussi, là, puis j'espère sincèrement que vous allez les essayer, puis que ce que vous avez vu dans mon milieu de vie, bien, c'est pas ça, nécessairement, que vous allez reproduire, et c'est correct. En fait, tu les encourage à trouver leur couleur. Oui, exactement. Oui, c'est précieux pour moi, puis c'est pour ça que j'aime ça, accueillir des stages 1, parce que c'est comme le début de tout, là. Fait que, tu sais,

[00:59:20] par rapport à l'horaire, le mode de vie de l'école, par rapport à la classe, puis moi, j'ai des grands sixièmes. Fait que souvent, l'inquiétude, c'est, oh là là, c'est les plus grands, là, j'ai peur. Des fois, je leur dis, mais c'est des petits bébés. Vous allez voir, là, c'est vraiment, il faut changer notre regard face aux sixièmes. Bon, bien, tu sais, que bon, peu importe le niveau, là, mais ça aussi, c'est une discussion que j'ai avec mes stagiaires, tu sais, de tenter le coup. Puis des fois, c'est pas parce que ce qu'on a entendu, bien, ça va être nécessairement ça

[00:59:50] qui va se produire aussi en stage. Des fois, il y a des belles découvertes qu'on fait. Tout à fait. À qu'on se rend compte. Oui, exactement. Qu'on se dit, hé, moi, finalement, c'est rendu mon coup de cœur la sixième année. J'ai déjà eu ça d'une stagiaire. J'ai fait, oh là là, je suis contente d'entendre ça. Puis en même temps, c'est pas un coup de cœur, c'est pas grave. Mais je trouve ça, c'est précieux, ces moments de stage-là. Puis en effet, tu parlais tantôt à l'UQAM, la façon que c'est fait. J'aime beaucoup le fait qu'ils sont plongés rapidement dans les prises en charge. Tu sais, oui, c'est correct, les observations,

[01:00:24] un peu ce qui se passe. Puis notamment aussi, la suppléance. Je pense que dans notre... Dans le début, moi, je trouvais ça difficile, la suppléance. Mais ce que j'avais trouvé pour m'aider, c'était d'aller dans les milieux que je connaissais. Parce que je me suis rendu compte que moi, débarquer dans une nouvelle école, là, ouf, c'était difficile. Tu sais, les nouvelles personnes, l'horaire, Tu avais établi ton cadre. Oui, exactement. Je m'étais dit, OK, bien, je vais retourner dans mes écoles de stage. C'est ça, mes limites, moi. Puis j'avais beaucoup de plaisir. Fait que tu sais,

[01:00:53] je pense que c'est important aussi comme quand on débute de se mettre des limites puis de dire, c'est pas grave si je fais pas toutes les écoles, là, tu sais, ou de... Puis d'y aller, moi, je trouve que c'est d'y aller en gradation, là. C'est d'y aller, de dire, OK, je commence dans les écoles que je connais, dans les milieux que je connais, dans les milieux où ils m'accueillent bien, dans ce que je commence là. Puis après, je vais me déstabiliser en allant dans une autre école. OK? Et je fais le message aussi aux enseignants qui n'osent pas

[01:01:23] accueillir de stagiaires. OK? Allez-y, parce que, oui, c'est insécurisant aussi. Moi, je dis à mes stagiaires, là, vous autres, vous êtes insécures d'arriver dans le milieu, mais la personne qui vous reçoit est aussi insécure ou c'est déstabilisant. Je ne sais pas toujours l'insécurité, mais ça peut être déstabilisant de recevoir une stagiaire. Alors moi, je dis oser, oser aller là parce que dans un parcours d'enseignante, le fait de s'ouvrir à plusieurs choses fait en sorte que ça met du piquant

[01:01:51] un peu dans notre vie. Puis moi, c'est ce que j'ai fait en diversifiant mon parcours, tout ça. C'est ça que j'ai fait, c'est de dire, OK, je vais avec ma première stagiaire, puis oui, ça se peut que ce soit déstabilisant, je vais m'adapter, je vais travailler avec eux autres, je vais ouvrir ma classe, je vais... Ça, je le conseille à tout le monde, tout le monde, d'avoir au moins une, deux, trois expériences, pas juste une, parce que des fois, on se dit, ah, c'est plus complexe, allez faire une autre expérience,

[01:02:20] une troisième expérience pour après constater si vous aimez ça ou pas, mais j'invite tous les enseignants à essayer ça. Puis c'est parce qu'ils vont nous amener aussi un plus, moi, ça a bonifié ma pratique, je me rappelle, par exemple, avec Joannie, vers la fin, on co-enseignait ensemble, on trippait au bout les deux, puis il y avait cette chimie-là les deux ensemble, puis ils m'ont dit, des fois, on arrive avec des activités aussi, t'as-tu pensé faire ça? Puis moi, je trouve que c'est ça qui m'alimentait dans mon travail aussi, c'était de voir, OK, bien moi, j'ai mon regard

[01:02:50] sur mon milieu de vie, mais là, on en avait un autre aussi, c'était d'accueillir ce nouveau regard-là, ah oui, t'as raison, on pourrait faire ça. Ça, ça me plaisait beaucoup. J'ai l'impression que vous pourriez faire un balado de 8h30. J'ai l'impression que les deux ensemble, vous pourriez en parler jusqu'à temps qu'on soit rendus demain, mais c'est vraiment inspirant pour vous entendre. Pour vrai, je faisais des blagues, mais des fois, je ne suis même pas dans ce milieu-là puis vous me donniez envie. Et je ne suis même pas, ce n'est même pas ma passion première, c'est vraiment super. On est déjà rendus

[01:03:20] aux questions à Rafale, Sophie. La première question que tu as déjà répondu, c'est qu'est-ce qu'on devrait changer dans le milieu de l'éducation? On parle de deux bulletins puis on le voit, je pense que la majorité des gens font comme laissez-nous enseigner, faites-nous confiance pour le rythme. Ça fait que, moi aussi, je signe pour deux bulletins. Mais je veux savoir, selon toi aussi, qu'est-ce qui fonctionne le mieux présentement? Est-ce qu'il y a quelque chose dans le milieu de l'éducation qui te fait ça? C'est wow! Gardons ça.

[01:03:49] Sur quoi on devrait accorder de l'importance? Moi, je pense de valoriser tous les projets. Moi, je me promène beaucoup. Je fais beaucoup d'écoles. Je me promène dans ma supervision. Je me promène comme mentor parce que je ne suis pas juste à mon école. Il y a plein, plein, plein, plein de projets qui se font dans les écoles. Il y a beaucoup de valorisation des enfants. Il y a plein de choses exceptionnelles qui se font. On n'entend pas beaucoup parler de ça. Ça, je trouve, on devrait justement, on devrait avoir, je ne sais pas moi,

[01:04:18] des caméras dans nos écoles, une émission qui vient valoriser tout ce qui est fait dans les écoles qui va donner le goût aux autres aussi de s'engager dans des projets communautaires. Peu importe, mais il y a plein de belles choses. Il y a des enseignants tellement, mais tellement, tellement engagés. Puis malheureusement, ce n'est pas d'eux qu'on entend parler. Je comprends. Ce n'est pas eux qu'on voit nécessairement sur les réseaux interagir. Mon tronc du beau. Oui, oui, exactement. Mon autre question, qu'est-ce que tu aurais aimé

[01:04:47] avoir comme conseil quand tu as débuté? Bien, j'ai eu le conseil que je suis contente d'avoir eu. C'est vraiment ça de dire, Sophie, c'est tout d'abord un milieu de vie. OK. OK? C'est ce conseil-là que j'ai eu. Puis j'ai compris. Je n'ai pas compris dans les premières années c'était quoi, mais j'ai compris après parce que ce milieu de vie-là fait en sorte que tu bâtis avec tes élèves des relations

[01:05:16] qui sont importantes, de la connecter avec eux et que quand tu nommes, tu sais, toute l'importance. Nous, là, on est des transmetteurs. OK? Les enseignants, c'est ça, les superviseurs de stage, on va transmettre notre passion, on va transmettre les mots, l'enseignement des mots positifs aussi. Alors, c'est ce que j'ai eu et c'est ce qui m'a le plus servi dans ma carrière. C'est ça. C'est ce conseil-là. Est-ce que, je te pose la question, mais c'est peut-être la même réponse. C'est quoi, toi, le conseil, le premier conseil que tu donnes?

[01:05:46] C'est le même. C'est le même à le milieu de vie. Oui, c'est effectivement à le milieu de vie puis de rétablir le climat intérieur qu'on peut avoir parce que le climat intérieur qu'on a rayonne partout. C'est contagieux. Oui, c'est contagieux. Alors, quand on se décide d'avoir, parce que moi, je pense qu'il y a aussi une décision, quand on décide d'avoir un climat qui est terne, qui est plate, qui voit le négatif, bien, veut, veut pas, sur la collègue de droite, sur la collègue de gauche, sur les enfants, sur la direction,

[01:06:16] ça va rayonner partout. Si on décide d'avoir un climat qui est positif malgré les défis, je suis consciente de tout ça, malgré les défis, si on décide d'avoir un climat intérieur qui est positif, on fait la différence pour nos jeunes, pour nos collègues, pour notre climat école. Puis de faire cette différence-là positivement va faire en sorte que les autres aussi vont changer leur climat intérieur. Et en changeant le climat intérieur, bien, ça va chez l'autre, chez l'autre, chez l'autre, chez l'autre. Alors, on se retrouve avec une équipe

[01:06:45] en Assemblée générale qui s'applaudit en disant, hey, on fait-tu assez du beau travail? Ah! On se contamine. C'est ça. Puis moi, je retiens aussi ton image du bonhomme croche puis du bonhomme droit. Dans ce que tu parles, notamment, c'est important de l'avoir en tête puis c'est correct si ça nous arrive dans notre carrière de tendre vers le bonhomme croche aussi. Mais après ça, c'est après coup, qu'est-ce que je vais faire pour revenir dans mon bonhomme droit? Oui, parce qu'il n'est pas inexistant au cours de la carrière. Mais ça ne devrait pas être lui qui est dominant.

[01:07:15] Totalement. Nous, on est d'accord parce que ça s'appelle « Prof, ma fierté » puis moi, ça a toujours été mon mandat en étant porte-parole de « Prof, ma fierté » de souligner ce qui se fait de bien, de souligner de ce qui se fait de positif, de souligner de ce qui se fait d'extraordinaire. Alors, mes deux dernières questions sont en lien avec ça. Qu'est-ce que tu en vis parce que clairement chez un ou une de tes collègues que tu fais, pas que tu en vis, mais que tu fais ça, c'est extraordinaire? Ça, c'est extraordinaire. Bien, tout ce qui est au niveau des relations

[01:07:45] qui bâtissent avec les élèves, des interventions. Il y a des profs qui interviennent d'une façon exceptionnelle avec des enfants pour faire émerger ces enfants-là, pour les faire grandir qui sont capables aussi de gérer leur temps. OK? Donc, la conciliation temps-famille, ça, je lève mon chapeau. Je trouve ça bon parce que moi, une passionnée comme moi va prendre beaucoup de temps ou va déborder sur mon horaire. Donc, j'admire ceux qui sont capables de concilier les deux. Ça me dit quelque chose.

[01:08:16] Je ne sais pas de quoi tu parles. Et là, on a rien que la question la plus simple et souvent la plus difficile pour nos invités. Qu'est-ce qui, toi, te rend le plus fier de toi? La qualité des relations que je bâtis. OK? Ça me demande de l'investissement. Ça me demande de l'investissement. Ça me demande de l'investissement à aller rencontrer mes mentorés. C'est pas toujours facile. Ça me demande beaucoup d'énergie d'accompagner les stagiaires, mais je suis contente de la relation.

[01:08:45] Quand je rencontre mes anciennes stagiaires, quand je rencontre mes anciens mentorés qui me disent « Hey, Sophie, tu as fait la différence. Tes paroles, tes gestes ont fait la différence dans mon parcours scolaire. » J'entendais encore dernièrement quelqu'un qui me disait une enseignante qui était très perfectionniste, une stagiaire qui était très perfectionniste. Je lui avais dit « Tu sais, les enfants n'ont pas besoin d'un prof parfait, mais ils ont besoin d'un prof heureux. » Ah oui, hein. Donc, ça se peut que ce ne soit pas parfait, parfait comme toi, tu l'as pensé.

[01:09:15] Mais cette stagiaire-là qui part pour, qui finit justement son parcours académique me disait « Sophie, cette phrase-là, elle est ici, elle est ici. » Elle est en criant. Oui. Donc, je pense que c'est de ça dont je suis fière. Le temps que je passe pour développer ces belles relations-là. Aussi, d'être capable après 35 ans de dire encore que mon métier est le plus beau métier du monde. Oui, c'est le fait. C'est beau. Ça, je suis aussi fière de moi de cette façon

[01:09:43] de voir l'enseignement. C'était une belle rencontre. Je peux-tu parler d'un petit quelque chose? Oui, absolument. OK, je veux présenter si jamais vous avez la chance d'aller les lire si vous n'êtes pas obligé de les acheter. Mais ce sont les livres que Mariette Gervais a écrits. J'ai collaboré à l'écriture de ces livres-là qui, en fait, ont aussi une psychologie positive là-dedans. Oui, qui est le titre « Ses enfants trop chambardés dans le cœur ». Moi, ça, ma première fois que je les ai lus, c'est à 18 ans, tu imagines?

[01:10:13] Puis moi, ça a transformé complètement mon enseignement, ma vision des enfants aussi, ce regard-là que tu portes. C'est ma foi magnifique. Et c'est drôle parce qu'on va en parler éventuellement dans un balado par rapport à la gestion douceur et crêpe. Et je trouve que c'est une carrière formidable.

[01:10:42] Merci pour ton temps. Tu parlais de contagion, je pense que ça fonctionnait en tout cas avec nous deux. Merci pour tes bons mots puis j'ai l'impression qu'il y a beaucoup d'enseignants et d'enseignantes qui vont se trouver motivés et apaisés en même temps. Ça fait un réel plaisir de te recevoir. Oh, merci! Et je vous rappelle encore une fois si il y en a qui ont des questions, c'est prof profmafierté commerciale fse.lacsq.org puis c'était beau. Merci beaucoup. C'était vraiment beau. Merci. Prof, ma fierté, le balado, c'est une création de la FSE CSQ. Merci beaucoup

[01:11:12] d'avoir été là. On se retrouve le mois prochain.