Maitres de notre profession avec Jean-François Gaumond VP de la FSE-CSQ
03 juin 2026x
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Maitres de notre profession avec Jean-François Gaumond VP de la FSE-CSQ

J’ai le plaisir de recevoir Jean-François Gaumond, deuxième vice-président de la Fédération des syndicats de l’enseignement, la FSE-CSQ. Avant d’occuper ce rôle national, il a été président du Syndicat de l’enseignement de la région de la Mitis depuis 2020, où il a porté des dossiers majeurs liés aux relations du travail, à la négociation locale, à la santé et sécurité au travail et à l’équité salariale. 

Formé en enseignement au secondaire à l’UQAR, Jean-François s’intéresse aussi aux impacts de l’intelligence artificielle en éducation et poursuit des études supérieures en gestion des ressources humaines dans l’économie du savoir. On le décrit comme une personne rigoureuse, rassembleuse, combative, audacieuse, avec un grand sens politique. 

Avec lui, on va parler d’éducation, de conditions de travail, de profession enseignante, mais surtout de ce qui se cache derrière les grands dossiers : les humains qui tiennent l’école debout.

Jean-François Gaumond, bienvenue au Cancre Pédagogue.

J’ai le plaisir de recevoir Jean-François Gaumond, deuxième vice-président de la Fédération des syndicats de l’enseignement, la FSE-CSQ. Avant d’occuper ce rôle national, il a été président du Syndicat de l’enseignement de la région de la Mitis depuis 2020, où il a porté des dossiers majeurs liés aux relations du travail, à la négociation locale, à la santé et sécurité au travail et à l’équité salariale. 

Formé en enseignement au secondaire à l’UQAR, Jean-François s’intéresse aussi aux impacts de l’intelligence artificielle en éducation et poursuit des études supérieures en gestion des ressources humaines dans l’économie du savoir. On le décrit comme une personne rigoureuse, rassembleuse, combative, audacieuse, avec un grand sens politique. 

Avec lui, on va parler d’éducation, de conditions de travail, de profession enseignante, mais surtout de ce qui se cache derrière les grands dossiers : les humains qui tiennent l’école debout.

Jean-François Gaumond, bienvenue au Cancre Pédagogue.

[00:00:04] Bonjour tout le monde, ici Frédéric Jean Le Cancre Pédagogue et bienvenue au stand Balado Pédago. Je suis présentement au colloque de la FSE-CSQ dont le thème est Maître de notre profession. Et parlant de Maître de notre profession, on a un maître parmi nous, le monsieur Jean-François Gaumond VP de relations de travail à la FSE. Jean-François est un enseignant depuis 2012 en univers social au secondaire dans la région de Rimouski.

[00:00:28] Il est l'ex-président du syndicat de l'enseignement de la Métis et aujourd'hui il est vice-président de la FSE depuis 2025. Salut Jean-François, comment vas-tu? Ça va très bien, merci. Merci d'être avec nous. Ça me fait plaisir de pouvoir te parler. Il est quand même tôt, il est 8h30, tu es notre premier invité. Je pense qu'on peut dire qu'on commence en grand. On commence en grand, tu as ton café Smith froid en plus, tu es chanceux, je suis quasiment jaloux. Si l'entrevue se passe bien, je vais pouvoir te le donner. Je vais te le laisser.

[00:00:58] On va aller dans des questions plus personnelles. Pourquoi tu as choisi de t'impliquer, toi, syndicalement, toi qui as commencé comme enseignant? Parce que c'est quand même assez jeune, tu es plus jeune que moi. Je vois que tu n'as pas grand-cheveux gris. 37 ans, donc il ne doit pas y avoir beaucoup de jeunes de 37 ans à impliquer syndicalement à ce niveau-là. Merci. J'ai été impliqué, on disait, terminer ma formation en 2012.

[00:01:21] Moi, c'est sûr que j'ai été très impliqué comme carré rouge, donc des fibres militantes assez fortes, assez élevées dès mon parcours universitaire. Puis en terminant, en commençant à enseigner, j'ai commencé à regarder ce qu'on pouvait faire pour changer les choses. Puis je me suis impliqué sur le comité des jeunes nationales de la CSQ assez rapidement en commençant à enseigner.

[00:01:45] J'ai fait de la représentation politique, organisé des formations pour des collègues jeunes enseignants, jeunes des professions du secteur public. Oui. Puis ça, ça m'a amené à, finalement, regarder pour le syndicat local. J'ai été président du syndicat, puis ensuite, rendu à la vice-présidence de la FSA. Personnellement, tu dois avoir le verbe facile pour t'impliquer aussi rapidement, puis monter les échelons aussi rapidement. Si on demandait à ma mère, elle dirait que j'ai le verbe trop facile.

[00:02:16] Que tu aurais pu devenir un très bon avocat, c'est ce qu'on dit. Peut-être, mais la profession enseignante, c'est… Qu'est-ce qui t'attire là-dessus? En fait, je pense qu'on a tous, quand on repense à notre parcours au secondaire, au primaire, un enseignant en tête qui nous a marqué. Puis moi, c'est ça qui m'a donné le goût d'aller enseigner. C'est que j'ai des profs qui m'ont marqué, qui m'ont fait allumer comme quoi la profession enseignante, c'est la plus belle profession.

[00:02:44] Puis j'ai beau ne pas être dans ma classe depuis une couple d'années, j'ai toujours la certitude que c'est la profession qui est la plus importante, puis la profession qu'il faut valoriser. Parce qu'en fait, il se passe de la magie dans nos classes, puis peu importe. Il ne se passe pas juste de la magie dans nos classes quand on regarde les médias. Mais quand un prof passionné qui est devant toi, ça allume des lumières chez les élèves, puis ça les amène ailleurs.

[00:03:13] Moi, je suis convaincu que la profession enseignante, c'est la plus belle profession, puis c'est elle qui forme toutes les autres professions. Il se passe de la magie dans nos classes. Moi, je suis convaincu de ça. Les portes-closes, ils s'en passent. Moi, je suis dans le milieu de l'enseignement, ils s'en passent des choses. Ils s'en passent des belles choses, oui. Si on continue, mettons, j'aimerais sûr qu'on traite un peu ton point que tu aimes particulièrement, tes relations de travail. On parle de ça pendant le colloque.

[00:03:42] On peut-tu parler un peu de la conciliation famille-travail? Qu'est-ce qu'on voit là-dessus? Il y a-tu du travail à faire là-dessus? Oui, il y a du travail à faire là-dessus. Voyons donc. Si on regarde plus spécifiquement, c'est sûr, les enjeux du colloque ne traiteront pas de la conciliation travail-famille. Mais si on regarde, par exemple, des enjeux pour une prochaine négociation, il y a vraiment des choses sur lesquelles on doit réfléchir en enseignement.

[00:04:08] Plein de collègues, je pense à des profs primaires, préscolaires, secondaires, qui vont prendre des réductions de tâches pour finalement travailler la cinquième journée. Je prends une réduction de 20 %. Pour corriger. Je travaille le vendredi ou peu importe la journée sur laquelle ça tombe pour corriger, planifier, monter mes cours et tout ça, pour avoir une vie familiale. Ce n'est pas marginal, ça? Non, ce n'est pas marginal. Il y a de plus en plus d'employeurs qui le refusent,

[00:04:37] mais ça amène de plus en plus de profs qui vont prendre des retraites anticipées ou qui vont tout simplement quitter la profession enseignante. Ça, conciliation travail-famille, c'est un enjeu sur lequel il va falloir qu'on continue de marteler parce que c'est un enjeu d'attraction, rétention du personnel. Mais aussi, il faut qu'on voit la tâche d'enseignant. Ce n'est pas normal qu'on nous dise, qu'on nous reconnaisse une tâche de 32 heures.

[00:05:05] Il n'y a aucun prof qui est capable de faire une tâche à temps plein sur 32 heures à semaine. Tu es en train de me dire que c'est utopique? Je suis en train de te dire que, dans le fond, on n'est pas assez reconnu pour ce qu'on fait. OK. Parce que dans les faits, moi, je suis enseignant, ça fait quand même 23 ans, la capacité de… le nombre d'heures que je fais à travailler et enseigner, oui, mais il est au-delà de ça. C'est là-dessus, je pense, que vous êtes en train de soulever des questions au colloque,

[00:05:33] faire mettre des choses en lumière en rapport avec tout ce qu'il y a, l'enrobage du gâteau? C'est sûr qu'au colloque, on va parler de l'insertion professionnelle et repenser la formation initiale. Ça, c'est plus les enjeux d'attraction et de rétention. Est-ce qu'on va négocier, par exemple, la résidence pour des profs qui… Tu as fait le parcours universitaire classique, j'imagine. Oui, oui. Ça fait que c'est une formation de 4 ans. La quatrième, on fait un stage, puis c'est un peu paradoxal.

[00:06:03] On retourne à l'école après. Donc là, ce serait plutôt de dire, je vais faire mes trois années de bac, puis ma quatrième année, donc je vais enseigner à mi-temps avec un prof qui va me «coacher » pendant toute l'année, puis je vais être rémunéré pour le faire. Ça, ça pourrait être une forme d'attraction. C'est drôle parce que si on regarde d'autres emplois, prédominance masculine… Ça se fait. Ça se fait. Ça se fait, puis c'est rémunéré, puis c'est normal. Bien, pourquoi ça ne le serait pas pour les enseignants? Bien, la question est bonne.

[00:06:32] Puis moi, j'irais même jusque là. Moi, je parle de… sans peinturer mon centre de service scolaire, on a un programme de mentorat, nous autres, qui existe aussi dans notre centre. Mais il n'est pas tellement… bien, ils vont dire qu'il est sollicité, mais les gens sont de plus en plus… ils vont de plus en plus vers ça, mais ça devrait être… tu sais, sine qua non, en partant, un peu comme un médecin, tu pratiques, mais il y a un prof qui va t'accompagner. Là, je suis en train… je suis-tu champ gauche avec ce que je suis en train de dire, Jean-François? Non, on ne peut pas être en gauche.

[00:07:01] Il y a des programmes de mentorat qui sont peut-être sous-utilisés, mais qui ne devraient plus être déployés là. Ça, c'est clair. Mais si on revient aussi à… tu parlais de la surcharge de travail. Oui. Oui. Donc, tu parlais de la surcharge de travail. Tu sais, c'est sûr que… je vais rebondir sur un deuxième thème du colloque. Oui. L'intelligence artificielle. Ah ah, oui. Tu sais, ce que ça nous montre, en fait, l'intelligence artificielle, pour l'instant, c'est que c'est déployé n'importe comment. Oui. Les profs n'ont pas de formation. Non.

[00:07:30] Les profs ne sont pas accompagnés. Non. Puis, on les connaît, nos employeurs. Oui. On se dit, mon Dieu, moi, je suis capable de faire plus avec moins. OK, oui. Ça fait que… C'est attirant. C'est attirant. C'est attirant. Sauf que, tu sais, quand on regarde, il y a toutes sortes de dérives là-dedans. Éthique. D'éthique, de gestion des renseignements personnels, les droits d'auteur. Donc, il faut faire attention à comment c'est déployé. Puis, il faut surtout que le personnel soit impliqué dans le déploiement. Je pense à le comité paritaire.

[00:08:00] Je pense à la consultation. Je pense à une vraie politique cadre. Donc, pour l'instant, on navigue dans les nuages. Puis, il ne se passe pas grand-chose. Super intéressant. Merci de mettre ça en lumière. Des solutions et des ententes sur la pénurie. Où est-ce qu'on en est avec la pénurie? Moi, dans mon sens de service scolaire, je vais être super transparent. Je suis chanceux. J'ai un adulte qui vient me remplacer. Je suis chanceux.

[00:08:27] Il y en a qui ont de la difficulté à trouver quelqu'un pour se remplacer. Ils se déplacent dans des colloques ou des formations. T'as pensé là-dessus? En fait, ça revient un peu à ce qu'on disait tantôt. L'insertion professionnelle, l'attraction, rétention, la résidentité. Oui, il y a une pénurie. Mais pourquoi est-ce qu'on a une pénurie? Puis, comment est-ce qu'on va la corriger, cette pénurie-là? Bien, c'est sûr que oui, on peut faire des ententes. Puis, on l'a fait dans les dernières années à la FSA. Je pense qu'on a été bon. On est proactif là-dessus.

[00:08:57] On a fait des ententes pour ramener des retraités. Parce que sinon, un retraité qui prend sa retraite et retourne un peu au bas de l'échelle, si on veut. Là, on a des ententes pour valoriser le retour des retraités. Mais on ne pourra pas bâtir l'avenir avec des gens qui partent à la retraite. Donc, c'est important qu'on travaille sur l'attraction des jeunes. Puis, je pense que la résidence, je vais avoir l'air de marteler ce clou-là.

[00:09:24] Mais c'est un enjeu qui est pertinent. Je suis d'accord. L'insertion professionnelle, on en est où? On s'en va où? C'est quoi nos enjeux? Les enjeux d'insertion. Parce que là, je vais dire ce que moi j'entends depuis plusieurs années. Puis, je vais avoir le pouls de syndicat là-dessus. Là, il y a eu à un moment donné, quelques années, qu'on voulait parler d'un ordre professionnel. J'ai parlé avec Mme Scalabrie-Livre, il y a quelques années.

[00:09:53] Elle voulait dire, elle avait une opinion sur… Elle se disait, bon, nous autres, on veut s'occuper de la pédagogie. Je trouvais ça super pertinent. Est-ce qu'il y a-t-il une continuité? On s'en va où avec ça? Je ne pense pas qu'on est à l'heure où les enseignants du Québec vont décider qu'ils veulent un ordre professionnel. Parce que c'est ça aussi, c'est les enseignants qui doivent décider de ce qu'on peut se doter d'un ordre professionnel. Absolument.

[00:10:16] Quand on regarde actuellement tout ce qui existe déjà, on n'a même pas besoin de regarder à ce qui existe depuis longtemps. On a juste besoin de regarder à ce que le gouvernement de la CAQ a déployé dans les dernières années. On peut penser au code d'éthique, formation, le 30 heures aux deux ans et compagnie. Donc, il y a déjà beaucoup d'encadrements qui existent, qui se rapprochent d'un ordre professionnel.

[00:10:40] Puis, est-ce qu'on est dans une époque où l'ordre professionnel va vraiment valoriser la profession puis dire, ah, le petit Mathieu qui est dans une classe actuellement, il va devenir enseignant parce que… C'est le problème de micro. Il va devenir enseignant parce qu'il y a un ordre professionnel. Non, non, le petit Mathieu qui est dans sa classe actuellement, il voit son prof se faire insulter, cracher dessus. On continue?

[00:11:10] Oui, je vais au montage. Parfait. Je veux-tu me reposer ta question? Les enjeux professionnels? L'ordre professionnel, oui. L'ordre professionnel. Le petit Mathieu qui est dans sa classe actuellement, ce qu'il voit, c'est son prof se faire insulter, ce prof se faire cracher dessus. Il voit beaucoup de banalisation de la part des directions d'école. Est-ce que l'ordre professionnel va amener le petit Mathieu à devenir enseignant plus tard?

[00:11:37] Moi, j'en doute très fortement parce qu'il y a beaucoup de choses à régler en éducation puis je ne pense pas que l'ordre professionnel, ce soit une priorité. T'apportes une belle nuance. C'est très pertinent. Dis-moi donc, comment tu trouves ton colloque en ce moment? Tu as eu une belle soirée hier, j'ai su ça. Très belle soirée. Je trouve qu'on… C'est énergisant de voir autant de gens réunis pour parler…

[00:12:05] Je suis un gars de relation de travail, j'adore ça, mais de parler d'enjeux professionnels et pédagogiques parce qu'il y a une synergie entre les deux. Les enjeux professionnels et pédagogiques, ça vient nous nourrir quand on arrive à négocier. Puis on va transformer finalement les revendications puis les volontés des enseignants en choses qu'on va aller protéger éventuellement dans une convention collective où on va aller faire de la représentation politique pour faire changer des lois, des règlements. Je le disais hier quand j'ai pris la parole devant les gens,

[00:12:34] on représente environ 95 000 membres à la FSE. Savoir qu'on en a 570 ici devant nous, c'est énergisant. C'est beau de voir ça puis aujourd'hui, on va avoir des plénières, des ateliers. Donc on a vraiment hâte de voir ce qui va s'en sortir. Encore une fois, Jean-François, merci de ta présence. Je te souhaite un super beau congrès.

[00:12:59] Je te souhaite d'avoir beaucoup d'idées pour pouvoir présenter ça aux instances politiques. Puis au plaisir de s'en jaser, mon cher. Ça m'a fait plaisir de te rencontrer.