LA PÉDAGOGIE DU COEUR - SAISON 4 - ÉPISODE 5
Animation et réalisation: Marc Proulx (https://www.marcproulxpedago.com)
Mon invitée pour le 5e épisode est Anne Élizabeth Lapointe. Elle occupe le poste de directrice générale à la Maison Jean-Lapointe depuis 5 ans. Elle y travaille depuis près de 25 ans. La Maison Jean-Lapointe a d’abord été reconnue pour son expertise dans le traitement des dépendances, mais depuis une vingtaine d’années, cet organisme travaille également en prévention auprès des élèves du secondaire.
Musique: Music for roastbeef (par Simon Proulx, tiré de l'album Music for roastbeef: https://simonproulx.bandcamp.com/album/music-for-roastbeef)
[00:00:00] Bonjour, mon nom est Marc Proulx, vous écoutez La pédagogie du coeur, bienveillance et résilience au service de l'apprentissage. Content de vous retrouver pour un nouvel épisode. Avant de plonger dans le sujet d'aujourd'hui, je commence en vous invitant à visiter baladopedago.com. Baladopedago, c'est un regroupement de baladodiffuseurs francophones qui s'intéressent au monde de l'éducation.
[00:00:23] Je suis bien fier de faire partie de la belle gang qui a donné naissance à cette aventure qui prend son envol depuis quelques mois. Deux des prochains épisodes seront consacrés à la prévention des dépendances et des toxicomanies en milieu scolaire. Je commence par discuter dans ce nouvel épisode, le cinquième de la saison 4, avec Anne-Élisabeth Lapointe, directrice générale de la Maison Jean Lapointe depuis 5 ans. Elle y oeuvre cependant depuis près de 25 ans.
[00:00:51] Je lui ai d'abord demandé de me détailler le parcours qu'il a mené à la direction de l'organisme. La Maison Jean Lapointe a vu le jour en 1982. Alors ça fait 42 ans, bientôt 43 ans qu'elle existe. Elle a été donc fondée par mon père, Jean Lapointe.
[00:01:11] Et dès les débuts, dans notre famille, on a donc compris qu'est-ce qui se passait, que mon père avait eu des problèmes d'alcool, qu'il a décidé de s'impliquer, qu'il a donné son nom à la maison. Il était souvent rendu à la maison, Jean Lapointe. On a eu l'occasion d'aller l'accompagner, voir c'était quoi ça un centre de traitement. Puis est venue l'époque des Téléthon Jean Lapointe. Les membres de ma famille étaient tous et toutes bénévoles.
[00:01:36] Alors j'ai commencé à être impliquée depuis mon jeune âge avec cette belle mission qui est aujourd'hui d'améliorer la qualité de vie des gens à partir du moment où il y a de la substance ou des problèmes de consommation. Mais à l'époque, c'était la réadaptation des personnes dépendantes. J'ai décidé d'aller étudier dans ce domaine-là en me disant, bien je n'irai pas travailler à la maison Jean Lapointe, ça n'a pas de bon sens, ça fait un peu cliché.
[00:02:02] Mais finalement, on m'avait approché, il y avait des membres du conseil d'administration qui m'avaient dit, écoute, je sais que tu as terminé tes études. On ouvre un département pour aider les personnes aux prises avec des problèmes de jeu. Ça, c'était en 2001. Et j'ai fait, bon, OK. Alors j'ai donné mon CV. Le directeur général de l'époque a donné mon CV à l'équipe qui embauchait au jeu. Et il n'a pas dit qui j'étais. Alors je suis allée passer les entrevues, j'ai été penchée, mais personne ne savait que j'étais la fille de Jean Lapointe.
[00:02:31] Alors ça, j'étais contente parce que je ne voulais pas de traitement de faveur. Je comprends. Et donc, j'ai travaillé pendant plusieurs années auprès des personnes dépendantes des jeux de hasard et d'argent. Et on a ouvert un département de prévention en milieu scolaire. Et j'ai décidé d'aller dans ce département-là. J'ai adoré mon expérience. Et à partir de ce moment-là, j'ai commencé à être gestionnaire à la maison Jean Lapointe. Donc, en charge des problèmes de prévention. Après ça, en charge des problèmes cliniques pour éventuellement être la directrice générale.
[00:03:00] La maison Jean Lapointe a d'abord été reconnue pour son expertise dans le traitement des dépendances. Mais depuis une vingtaine d'années, cet organisme travaille également en prévention auprès des élèves du secondaire. Alors en 2004, on a commencé à faire de la prévention au milieu scolaire. On a commencé en fait par rapport aux jeux de hasard et d'argent. Parce qu'on avait vu vraiment les problèmes que, surtout les appareils de l'autorité vidéo,
[00:03:26] ce que ça avait pu vraiment déclencher comme problématique au niveau de la société québécoise en termes de problématiques et de dépendance aux jeux. Et quelques années plus tard, la santé publique de Montréal a fait « Oh, je pense qu'ils vont aller faire de la prévention ». Et c'est là que nous, on a soumissionné, on a eu une subvention et on a commencé. Mais on s'entend, qui dit maison Jean Lapointe dit surtout alcool et autres substances. Fait qu'on allait dans les écoles et on nous disait « Ok, merci de venir pour le jeu,
[00:03:55] mais quand est-ce qu'ils allaient venir pour nous parler de la consommation ? » Bien sûr. Et quelques années plus tard, on a mis sur pied un programme de prévention par rapport évidemment à l'alcool, le cannabis, autres substances. Et on a connu par la suite encore plus une super belle expansion quand on a adressé également les jeux vidéo, l'hyperconnectivité, le slash cyberdépendance. Après 20 ans, on a rencontré plus d'un million de jeunes à travers le Québec avec nos programmes de prévention.
[00:04:23] Oh, un million de jeunes, c'est du monde ça à qui vous avez parlé. Oui, plus d'un million. Et puis on voit l'importance de faire de la prévention parce qu'après ça, il y a beaucoup d'organismes qui font des recherches parallèles, des études sur la santé des jeunes. Et c'est là que tu vois dans les statistiques que la prévention a un rôle à jouer important dans la santé des jeunes parce qu'on voit qu'il y a des diminutions en termes de certaines problématiques.
[00:04:48] Évidemment, on est dans nos débuts au niveau des technologies, les réseaux sociaux, les jeux vidéo. On espère avoir le même impact à plus long terme. On a des résultats concrets? Oui, alors on peut vraiment voir dans les études justement, soit la statistique Canada, santé des jeunes, on voit au niveau des jeux de hasard. Même si on regarde autant les jeunes que les adultes, au fil des ans,
[00:05:15] le pourcentage de gens qui vont s'adonner à un jeu de hasard et d'argent par année, on regarde dans les 12 mois qui précèdent d'une enquête, on voit à quel point ça a diminué. On parle pratiquement d'une baisse de 20 %. Les problèmes sont encore là. Mais quand moi, j'ai commencé à la maison Jean-Lapointe il y a à peu près 20 ans, c'était au-delà de 80 % de la population qui jouait. Alors qu'aujourd'hui, on est autour de 60-65 % peut-être.
[00:05:43] Donc c'est sûr qu'on voit qu'il y a vraiment un gros travail qui a été fait de prévention, d'information et de sensibilisation sur tous les risques associés aux jeux de hasard et d'argent. On est allé démystifier beaucoup, c'est quoi les vraies chances de gagner, etc. Le jeu en ligne a monté en flèche, cela dit, ça occasionne d'autres problèmes. Et c'est pour ça que le nombre de personnes qui ont des problèmes de jeu, le pourcentage est encore le même. Je comprends.
[00:06:11] Est-ce qu'on a le même genre d'impact au niveau des dépendances, par exemple, des autres dépendances, toxicomanie, alcool? Alors ce qu'on voit en termes de jeunes, alors on voit également au niveau des jeunes qui vont consommer, qui vont développer des problèmes de consommation aux substances, on voit également une diminution. Alors c'est sûr que c'est ça qui est très encourageant, parce que la prévention, c'est comme, il faut avoir foi que ça fonctionne.
[00:06:40] Il faut y croire parce que le résultat, tu ne le vois jamais devant toi. C'est juste que tu le sais que ça marche, puis que plus tu as un grand nombre de jeunes d'une même communauté, on va dire, qui reçoit le même message de prévention, plus l'impact va être important. D'où le fait justement que le gouvernement finance, qu'il y a beaucoup d'organismes de prévention, et que donc une grande partie des jeunes sont rencontrés à chaque année. Alors c'est même en travaillant tout le monde ensemble,
[00:07:09] en envoyant les mêmes messages, à un moment donné, les résultats sont là. Vous vous intéressez à la pédagogie et à l'intégration du numérique en éducation, le balado Intention Pédago-Numérique, c'est pour vous. Mes collaborateurs Mira Vernier, Mar-Hélène Demers, Mathieu Mercier et moi-même vous donnons rendez-vous à chaque épisode pour des conversations riches à propos de pédagogie et d'intégration du numérique en éducation. Les enregistrements se font en direct sur le web
[00:07:35] et sont par la suite disponibles sur votre plateforme de balado préférée. Intention Pédago-Numérique, c'est un rendez-vous. J'ai également voulu savoir comment la Maison Jean-Lapointe s'y prend pour contacter et sensibiliser les parents afin que leur message soit cohérent avec celui qui est véhiculé en prévention à l'école. C'est le combat depuis toujours au niveau de la prévention. C'est-à-dire, les parents sont difficiles à rejoindre et quand on arrive à rejoindre des parents,
[00:08:03] bien souvent c'est des parents qui déjà font un super bon travail au niveau de la prévention. Alors c'est sûr que ce n'est pas facile de rejoindre les parents. Au fil des ans, on a vraiment tenté de plusieurs façons. On a fait des conférences, on a développé des formations en ligne. Il y a vraiment toutes sortes de façons qu'on a essayé avec évidemment un succès limité. Les jeunes font confiance à leurs parents. Bien sûr. En matière de consommation,
[00:08:31] ils vont prendre un peu plus au sérieux ce que le parent va dire. Mais si le parent, il n'envoie pas le même message que nous, on envoie, le jeune, il est juste mailé. Puis à la fin de la journée, on ne sait pas trop ce qu'il va décider. Mais ce qu'on sait, c'est que le jour où il va consommer, le parent ne sera pas là, puis nous autres, on ne sera pas là. Non, bien sûr. Et donc, c'est pour ça que nous, on continue à réfléchir à des façons de rejoindre les parents. On a développé des outils qu'on appelle de réinvestissement.
[00:09:00] Quelque chose qu'on laisse aux jeunes, qui va rappeler les messages quand on est passé à l'école. Alors ça, c'est nos micro-livres. Je vais te montrer. C'est le plus petit livre que tu avais vu. Il est vraiment... À l'intérieur duquel, moi j'ai besoin de lunettes pour le lire, parce que c'est écrit tout petit, ça rappelle tous les messages qui ont été vus lors de notre passage à l'école avec les ressources. Ce livre-là, on a évalué l'impact, le jeune le garde. Alors le jeune va le garder dans son porte-crayon,
[00:09:30] dans son sac à dos, peu importe. Et bien souvent, le parent va pouvoir le voir. Ça fait que ça, au moins, on se dit, le parent va voir et peut-être s'il est intéressé, il va le regarder le feuilleté. Oui, puis j'imagine que juste l'objet, comme une technique d'impact, l'objet, le petit micro-livre a été associé au message que vous avez passé. Donc, même sans que le jeune ouvre le livre à nouveau, juste le fait de tomber là-dessus, ça va réactiver le message que vous lui avez passé déjà. Oui, tout à fait.
[00:10:00] Et l'autre chose cette année, c'est que là, on s'est dit, bon, on sait qu'une formation, ils n'ont pas le temps. Alors, on s'est dit, on va développer un guide, soit prise en ligne, ils téléchargent ou carrément, ils ont accès via l'école, via d'autres sources. Alors là, on est en train de finaliser, justement, un guide pour les parents, pour qu'ils puissent avoir une information juste. Si un jeune leur pose des questions par rapport à la consommation,
[00:10:28] bien déjà, ils vont avoir à l'intérieur du guide toutes les informations pour ouvrir le dialogue avec le jeune et savoir quoi répondre. C'est vraiment un guide qui va permettre aux parents de réfléchir à toute cette question-là puis pouvoir se positionner puis savoir un peu où il s'en va là-dedans. Ah bien, c'est super, j'ai hâte de le lire. Donc, et ça, on va trouver ça sur le site de la Maison Jean-la-Pointe? Oui, absolument. Avec soit la possibilité d'en commander des copies ou de pouvoir le télécharger. C'est continuer la réflexion avec le parent,
[00:10:59] pousser plus loin, puis regarder s'il y a des risques, si oui, c'est lesquels, bon, etc. OK. Peut-être un dernier redémant que j'aurais aimé s'aborder avec toi, Anne-Elisabeth. Je sais que vous êtes beaucoup directement dans les écoles, c'est-à-dire que vous ne faites pas seulement passer une fois de temps en temps dans les écoles. La façon dont vous fonctionnez, là, imaginons que mon école, moi, décide de contacter la Maison Jean-la-Pointe puis 100 ans avec vous autres, vous vous installez avec nous autres pour un moment, là. C'est pas, on va faire une petite visite, bye-bye,
[00:11:29] puis après ça, on s'en retourne. C'est ce que j'ai compris dans votre façon de fonctionner avec les écoles secondaires. En fait, nous, on arrive au début secondaire puis on peut être là chaque année jusqu'à la sortie du secondaire. Entre autres parce qu'on couvre alcool et autres substances à chaque année. On couvre les jeux de hasard et d'argent vers la fin du parcours et on va les rencontrer également pour parler de l'hyperconnectivité. Alors déjà, on a une présence assez soutenue juste là. Mais en plus, on peut assurer une présence dans l'école
[00:11:58] comme étant l'intervenant en dépendance. Et là, on va être là quelques jours par semaine dépendamment de la grosseur de l'école et des besoins. Ce qui fait que le jeune, à tout moment, peut venir nous rencontrer. Et là, ça va être des rencontres individuelles. Les enseignantes et enseignants du secondaire qui souhaitent s'outiller pour mieux contribuer aux efforts de prévention des dépendances auprès de leurs élèves ont accès au programme « App d'enseignants » qui est rendu disponible
[00:12:28] gratuitement sur le site du Centre québécois de lutte aux dépendances grâce à la collaboration de la Fondation Jean Lapointe. Je placerai un lien vers ce programme et vers le site de la Maison Jean Lapointe sur mon site web. Rendez-vous à l'épisode 5 de la saison 4 du balado. Je remercie mon invité, Anne-Élisabeth Lapointe, qui a accepté de répondre à mes questions lors d'une entrevue en visioconférence.
[00:12:55] En terminant, merci à Simon Proulx, guitariste et compositeur. Sa musique nous accompagne pour chaque épisode. Mon nom est Marc Proulx. Vous avez écouté « La pédagogie du chœur », « Bienveillance et résilience » au service de l'apprentissage.

