Anne Nguyen à TEDx Ville Marie ED 2025
21 février 202500:14:2014.84 MB

Anne Nguyen à TEDx Ville Marie ED 2025

LA PÉDAGOGIE DU COEUR  - SAISON 4 - HORS SÉRIE 6

 

Animation: Marc Proulx et Joël McLean

 

Le samedi 25 janvier 2025, une délégation de Balado Pédago, dont je faisais partie, a réalisé des entrevues au salon des exposants de TEDx Ville Marie Ed au Théâtre Maisonneuve à Montréal.

Pour ce sixième épisode hors série, je suis en compagnie de Joël McLean (Inspire Leadership). Notre invitée est Anne Nguyen, directrice de l'intelligence artificielle au conseil de l'innovation du Québec.

Musique: Music for roastbeef (par Simon Proulx, tiré de l'album Music for roastbeef: https://simonproulx.bandcamp.com/album/music-for-roastbeef)

[00:00:21] Alors bonjour, ben bonsoir devrais-je dire, on a dit bonjour toute la journée mais là on est rendu à dire bonsoir. Joël McLean qui est avec moi. Allô Joël. Joël McLean d'Inspire Leadership Podcast. C'est ça, c'est ça. Et de mon côté, ben Marc Proulx, La pédagogie du coeur et ben on termine vraiment en beauté, moi je me trouve choyé. C'est le dessert là, Marc c'est le dessert. Moi ce matin, ce matin Anne je te le dis tel quel, ce matin j'ai parcouru

[00:00:48] toute la programmation et je me suis dit il y a une personne que je veux absolument avoir à ce micro-là. Je t'ai écrit par LinkedIn et tu as accepté mon invitation tout de suite. Je t'en remercie beaucoup parce que ça devait pas être évident de venir ici tout de suite après l'effervescence de la scène. Tu sors tout juste de scène.

[00:01:09] Oui, effectivement. Puis c'est vraiment, on m'a demandé c'est quoi le mot que j'avais retenu après avoir descendu de scène. C'était ébloui. Parce que c'est vraiment une expérience particulière. Puis on se sent ébloui par les gens qui organisent, les gens qui viennent, qui croient en l'éducation, qui croient en l'avenir. Puis littéralement ébloui parce qu'on voit rien dans la salle.

[00:01:33] On entend les gens, on les entend rire. Puis ça c'est super extraordinaire de les entendre rire. Mais somme toute là, ébloui, puis tellement heureuse de descendre de scène puis prendre ce micro-ci. Ah ben c'est merveilleux. Anne, Anne Nguyen, pour te présenter, j'ose pas nommer moi-même ton titre exact. Qu'est-ce que tu fais quand t'es pas sur la scène à TEDx, Ville-Marie-Edde?

[00:01:58] Aujourd'hui, on est le 25 janvier 2025. Tu ouvrais la dernière portion des conférences qu'on avait aujourd'hui. Exact, exact. Mais dans la vie de tous les jours, je sais que toi c'est en lien avec l'intelligence artificielle. Mais tu as un titre exact, est-ce que tu peux me préciser ça? Oui, je pense que je suis maman de deux, mais je ne pense pas que c'est le titre que tu cherches, c'est ça? Mais c'est déjà un très beau titre, maman de deux enfants. Oui, c'est mon titre préféré. Et le plus important aussi.

[00:02:26] Et le plus important. Moi, je suis directrice principale, responsable de l'intelligence artificielle au Conseil de l'innovation du Québec. Wow! C'est quand même un beau titre. Oui, au moins, il n'y a pas d'acronyme. Et c'est un, je dirais que c'est une responsabilité quand même assez importante. On n'a pas le choix de réfléchir. J'ai beaucoup aimé dans ta conférence le parallèle que tu faisais à la réflexion que tu avais,

[00:02:54] à tout ce qui s'animait en toi en lien avec la maternité. Oui, effectivement. Parce que moi, au départ, j'étudiais en mathématiques. OK. Puis après, j'ai développé un intérêt pour la donnée. Puis une fois que tu comprends la donnée, mais tu as toujours envie d'aller plus loin. Puis je me suis dit, la prochaine étape pour moi, c'est d'apprendre sur l'intelligence artificielle. Mais je ne pensais jamais apprendre l'intelligence artificielle au-delà des mathématiques, des algorithmes, puis des lignes de code. Oui.

[00:03:24] Parce que tout d'un coup, je me suis rendu compte qu'il y avait une autre dimension tellement humaine que les gens oubliaient souvent. Tu sais, en intelligence artificielle, c'est des questions de probabilité et de mathématiques, oui. Mais ce sont surtout basées avec les données qu'on a collectées à travers toute notre histoire. Oui. Donc, tous les choix qu'on a faits. Des choix qui sont parfois plus d'actualité. Et ça, c'est vraiment important de se pencher sur la question. Et pour moi, ça a créé une toute nouvelle dimension.

[00:03:52] Et dans ce que tu nous présentais sur scène, tu faisais le parallèle entre cette réflexion-là, la naissance de ton enfant, et tu nous as même fait des liens avec la progression que vont avoir nos enfants et d'une certaine façon, la responsabilité qu'on a envers eux, mais qui est une responsabilité qu'on doit retourner aussi envers l'intelligence artificielle.

[00:04:20] Exact. Parce que nos enfants, on veut toujours qu'ils surpassent ce qu'on fait. Donc, on leur donne toujours les outils. Puis là, on est vraiment épaté envers eux. On les inscrit à des cours. On veut qu'ils se dépassent. Puis souvent, ils réussissent à nous dépasser dans nos ambitions même. Et avec l'intelligence artificielle, c'est un peu la même chose. On a nourri cette bête-là pour qu'elle aille vite, pour qu'elle soit même capable de nous imiter. Et là, tout d'un coup, elle est en train de nous dépasser.

[00:04:47] Et là, il faut qu'on prenne conscience qu'il ne faut pas qu'on se laisse dépasser sans mettre d'équilibre. Donc, entre l'émerveillement et l'inquiétude, entre l'exploration et aussi la prudence, et c'est de cette façon qu'on va réussir à garder l'humanité au centre des décisions puis dans le centre du développement et de l'utilisation de l'intelligence artificielle. Hey, c'est amplement. Puis je trouve ça super intéressant.

[00:05:17] Comment est-ce que tu vois ça, l'impact au niveau des écoles d'aujourd'hui? Parce qu'on s'entend, là, l'intelligence artificielle est en train d'évoluer très rapidement. Et puis ça va être important pour nous de garder, comme tu disais, de conserver cette humanité-là. Alors, la solution est de mettre des limites à la technologie pour ne pas permettre justement à la technologie de nous dépasser. Mais dans le contexte de l'école d'aujourd'hui, comme on le connaît, le système, l'impact,

[00:05:46] que tu vois que tu perçois, ton interprétation de ça, où est-ce que tu vois ça aller? Il faut permettre aux jeunes d'explorer dans un environnement sécuritaire. Puis c'est vraiment une belle place que sur un banc d'école, entouré des professeurs, que de permettre cette exploration-là. Plus longtemps on interdit, plus les gens vont y aller avec une curiosité malsaine. Et moi, je me suis rendu compte, moi, j'enseigne à l'Université de Montréal

[00:06:14] un cours en intelligence artificielle, puis moi, je dis aux étudiants, utilisez l'intelligence artificielle. Mais par contre, moi, ce que je m'attends de vous, c'est qu'il y ait du jugement critique. Dites-moi ce que vous prenez de l'intelligence artificielle, puis ce que vous n'avez pas pris des réponses de l'intelligence artificielle. Moi, je veux voir aussi si ça vous a réellement servi, ou finalement vous avez perdu du temps, ou ça vous a aidé à aller plus loin, et comment. C'est la même chose

[00:06:44] avec l'école primaire. Moi, je pense qu'on doit l'enseigner de la jeunesse jusqu'à la sagesse, en passant par la requalification. Parce que les gens, il y a un mythe qui dit pour utiliser l'intelligence artificielle, il faut faire confiance en l'intelligence artificielle, mais c'est faux. Ah bien non, c'est même le contraire. Exactement. Et tu le disais bien dans la conférence, la notion de doute est absolument essentielle. On demande de générer des choses,

[00:07:15] et après, il faut douter de ce qui a été généré pour s'assurer que ça corresponde d'abord à ce qu'on cherchait, et qu'il y a une véracité, une vérité, qu'il y a quelque chose de solide. Puis il faut aussi réussir à poser des bonnes questions. Moi, les gens, il y a 15 ans, ils riaient tellement de moi parce qu'un de mes livres favoris, c'est comment poser une bonne question. Croyez-moi, ça me sert tellement aujourd'hui lorsque je parle avec mon IA générative, parce que tout est la façon

[00:07:44] dont tu poses la question, et ça, on devrait apprendre ça à l'école. La bienveillance, la vision critique, la curiosité, puis aussi, comment poser une bonne question. Bien, c'est ça, et c'est justement, qu'est-ce qu'on ne fait pas assez à l'école, c'est de développer ces compétences-là. En particulier, oui, il y a les curriculums, il y a l'apprentissage à l'école qu'on fait, mais il y a aussi le développement des compétences, parce que ça, c'est ce qui va suivre l'enfant pendant toute sa vie, et puis qui va lui permettre d'être capable de décider,

[00:08:14] bon, regarde, j'ai cet outil-là. Dans son utilisation, j'ai un choix à faire. C'est soit que je vais l'utiliser d'une façon que je ne réfléchis pas, et que d'une façon aveugle, je vais lui donner confiance. Mais dans la vie, on ne fait pas juste ça avec l'intelligence artificielle, on fait ça partout, dans plein de décisions qu'on prend. Donc, c'est un apprentissage de vie qu'on doit faire avec les enfants, et puis ça, on ne doit pas prendre pour acquis qu'ils vont savoir comment le faire. Ça débute avec les adultes. On doit former les adultes

[00:08:43] qui sont avec les enfants pour qu'ils puissent comprendre, puis ensuite transmettre ça aux enfants. Il y a comme une assomption, on dit que l'intelligence artificielle est tellement puissante, puis c'est tellement une belle opportunité, mais moi je pense que c'est surtout l'opportunité de se remettre en question. Qu'est-ce qu'on doit changer dans la société? Quelles sont les valeurs qu'on a envie de renforcer? Et là, l'intelligence artificielle, elle vient avec ses promesses. On gagne du temps, on avance plus vite, mais le but,

[00:09:13] ce n'est pas simplement d'aller plus vite pour aller plus vite. Tout ce temps gagné, on devrait le prendre pour se réaligner avec nos valeurs. Avoir du moment, un pour un, pour dire, hé, j'ai gagné plein de temps, mais ça me permet de passer plus de temps avec les humains. Exact, exact. Ça doit être la technologie au service de l'être humain et non pas le contraire. Et là, en ce moment, ce que je sens, c'est que c'est en train de devenir un gros boulet, cette intelligence artificielle,

[00:09:43] parce que les gens se sentent déjà prisonniers, se sentent déjà esclaves. Mais moi je dis, c'est nous qui avons le pouvoir face à cette intelligence artificielle. Reprenons le pouvoir qui nous appartient. Effectivement. C'est pas différent que quand les cellulaires sont arrivés, la première réaction, ça a été de les bannir des écoles. On peut remonter dans le temps, Marc, et puis penser à quand la calculatrice est arrivée dans les écoles. J'ai vu des photos en ligne et les profs qui protestaient que la calculatrice allait agorcher les apprentissages.

[00:10:12] Écoute, là, tu parles de la calculatrice. Après ça, ça a été l'ordinateur. Après ça, ça a été effectivement le iPad. Après ça, c'est les téléphones cellulaires, les smartphones. Et à chaque fois, on a la même réaction de dire, il faut tasser ça. Puis présentement, en plus, il y a une grande inquiétude en ce qui concerne le temps d'exposition aux écrans. Donc tout ça est un peu mélangé.

[00:10:43] Et on a des choix à faire qui vont être des choix importants. C'est merveilleux qu'on puisse réfléchir à ça ensemble dans des événements comme celui d'aujourd'hui. Puis il va falloir les multiplier, ces occasions-là, pour avancer. Oui. Ce que je disais, en fait, c'est qu'on a tendance à toujours repousser au lendemain. Mais là, avec l'intelligence artiste, ce n'est pas demain qu'il faut agir. C'est maintenant. C'est comme si on sent qu'on n'est pas prêt. Donc on va comme la réaction,

[00:11:13] c'est de bannir. On ne permet pas. Comme si on va avoir le temps de s'organiser pour, mais là, déjà, il est trop tard. Il est trop tard. Ça va trop vite. Moi, je ne peux pas permettre ça dans mon école et tenter de bloquer le plus que je peux, malgré le fait que les élèves vont trouver des façons de détourner ça. Mais devine, ils sont sur leur cellulaire et ils utilisent l'intelligence artificielle. Oui, c'est déjà sur les cellulaires. Je ne les arrêtera pas. Ils vont l'utiliser. Donc moi, je dois les éduquer par rapport à une utilisation saine de cette technologie-là. C'est comme une nouvelle posture de leadership. Avant,

[00:11:42] on avait comme le leadership un peu plus, je dirais, paternaliste ou maternaliste ou on accompagnait. Là, on est dans une posture vraiment humble parce que tout le monde part à la même place. Puis parfois, les jeunes dans nos classes sont un peu plus avancés que nous. Donc comment est-ce qu'on fait comme professeur, comme leader, comme dirigeant de dire, OK, je dois prendre un pas d'humilité parce que c'est vrai, il y a tout le temps quelqu'un qui va être meilleur que moi. Mais dans cette posture

[00:12:12] d'humilité, puis c'est l'approche qu'on veut faire au Conseil d'innovation du Québec, c'est de dire comment on peut créer un environnement inclusif où c'est sécuritaire de poser toutes ces questions-là, d'explorer pour pouvoir identifier ce qu'on veut expérimenter puis de la faire avancer dans la société. Donc on développe une meilleure intelligence artistielle puis on l'utilise d'une meilleure façon. J'adore ce que tu dis. Écoute, on arrive à peu près à la fin de notre entrevue, mais je veux,

[00:12:41] j'ai envie de reprendre quand tu parles de posture d'humilité, une des citations que je mets au tableau au début, c'était au tableau à la crème, maintenant c'est projeté. Mais une des citations que je mets au début de chacune de mes années scolaires quand je me présente à mes élèves, c'est une citation de Richard Bach dans un roman qui s'appelle Illusions. « Tu enseignes le mieux ce que tu as le plus besoin d'apprendre. » de se placer dans une posture

[00:13:10] où on va apprendre ça ensemble. On est dans le même bateau, on va se mettre les mains là-dedans, on va voir ce qu'on peut faire avec ça, on va douter ensemble. Je pense qu'on n'a pas le choix. Il faut y aller, il faut avancer là-dedans. Et malgré nos doutes à nous, malgré nos craintes, il va falloir avancer, on va faire des erreurs. Mais il y a quelqu'un d'autre qui a dit

[00:13:40] que les erreurs, c'est des occasions d'apprentissage. Oui, ça fait de nous des tellement meilleurs leaders aussi. Absolument. Anne Nguyen, merci beaucoup d'être venue. Merci à vous. Merci beaucoup d'être venue à ce microphone aujourd'hui, c'est vraiment super. Ça termine très bien notre aventure à TEDx. Joël McLean, merci d'être venue. Merci à toi. Je suis Marc Proulx de Balado Pédago. Mon balado, c'est la pédagogie du cœur. Joël, c'est Inspire Leadership Podcast.

[00:14:09] Vous allez nous entendre et je pense bien qu'on va être de retour l'an prochain pour TEDx Ville-Marie-Ed parce qu'on s'est bien amusé. On s'est trop amusé. Oui, merci beaucoup. Merci. Merci encore. Bye-bye. Bye-bye. Bye-bye.