Entrevue réalisée dans le cadre de l'AQUOPS 43.
Une collaboration avec le regroupement Balado Pédago.
[00:00:02] Bonjour tout le monde! Alors on est mercredi le 16 avril 2025 et nous sommes à la COPSE pour la 43e édition de la COPSE. Et je vais commencer par vous dire bonjour, je suis avec mes deux co-animateurs. Hello! Mira! Auvergne-Aringue! Ça roule! Ça roule certain. Comment on pourrait ne pas être heureux quand on est ici? Oh, on est tellement bien à la COPSE, c'est merveilleux. Et Mathieu est là aussi! Bonjour Mathieu!
[00:00:31] Salut! Je suis content d'être là avec vous aujourd'hui. Sylvain n'est pas loin non plus, mais bon, il fait semblant de participer. Ouais! Et on a... Salut! Et on a une invitée spéciale avec nous ce midi, Anne-Sophie Leclerc. Salut tout le monde! Une collègue que j'ai découvert, je suis tombé en amour avec Anne-Sophie. Donc, bienvenue Anne-Sophie! Ça me fait vraiment plaisir Marie-Hélène. Honnêtement, moi aussi, ça a été un coup de cœur, notre première conversation.
[00:00:58] Je pense qu'on s'était booké quelque chose comme 30 minutes en Teams. On a débordé, bien sûr, puis on est toi et moi. On a parlé pendant une heure et demie, mais c'était tellement intéressant! Mon Dieu que c'est le fun de rencontrer du monde qui sont complètement passionnés par leur job et par la pédagogie. Ça fait vraiment du bien, c'est très rafraîchissant. Tu vas me faire rougir une chance qu'on n'ait pas en enregistrement vidéo en plus. Hé, t'es... Alors, je suis contente de t'avoir avec nous. Anne-Sophie, j'aimerais ça que tu nous parles un peu de toi.
[00:01:26] Tu es qui pour les gens qui ne te connaissent pas tout d'abord. Ah, bien oui, avec plaisir. Donc, je suis conseillère pédagogique récit locale en adaptation scolaire, donc avec une spécialité pour justement tous nos beaux élèves HDA qui ont des aides technologiques principalement. Je fais du régulier aussi, bien sûr, avec les aides techno, mais j'accompagne vraiment beaucoup nos profs d'adaptation scolaire au Centre de service scolaire des Hautes-Rivières. Ça, c'est sur la rive sud de Montréal, dans le coin de Saint-Jean-sur-Richelieu, puis toutes les municipalités qui gravitent autour de ça.
[00:01:55] Ça fait trois ans que je fais ça maintenant. Je fais beaucoup à faire avec le Récis national en adaptation scolaire, bien sûr, dans plein de projets. Puis récemment, on a parti des CAP en intelligence artificielle pour essayer d'aller différencier vraiment les lectures, plus précisément en adaptation scolaire au secondaire. Puis là, on a ouvert cette année avec deux nouveaux groupes dans lesquels on intègre le Régulier et l'Adaptation scolaire, parce que je collabore avec mon collègue Jean-Philippe Cartier,
[00:02:23] qui lui est un récit local aussi au même centre de service, mais qui est du côté du Régulier. C'est super ça. Merci. Puis là, on parle d'IA. Nous, on est accrochés parce qu'on veut collaborer ensemble. Ça fait quand même un bon bout, toi, que tu travailles sur l'IA avec ta gang. Oui, on a commencé l'année scolaire 2022-23 avec notre premier groupe. On avait une dizaine de profs d'adaptation scolaire du secondaire qui enseignent le français,
[00:02:51] puis qui trouvaient qu'il n'y avait absolument pas de matériel disponible pour eux. C'est sûr, en adaptation scolaire, c'est déjà difficile de trouver du matériel, mais en plus, quand on est au secondaire, qu'on a des élèves d'à peu près 15 ans qui lisent avec un niveau puis des capacités en lecture qui sont vraiment moindres qu'un élève du Régulier qui aurait 15 ans, mais qui ont les mêmes intérêts pareils parce que c'est des beaux ados qui vivent les mêmes enjeux que des ados du Régulier, qui ont les mêmes intérêts, les jeux vidéo, l'amour, la découverte de plein d'affaires.
[00:03:20] Ils ont des intérêts qui sont vraiment larges, mais ce qui est proposé pour eux comme lecture n'est vraiment, vraiment pas adapté. On trouvait qu'il y avait vraiment un manque à gagner là. Notre hypothèse de travail, ça a été est-ce que l'intelligence artificielle générative peut répondre à ce besoin-là? On a exploré avec cette belle gang-là. Ça a donné des résultats franchement intéressants. C'est positif. Il y a du potentiel. Oui, oui. L'hypothèse a été confirmée, c'est sûr. Puis comment... Est-ce que c'était des enseignants qui déjà à la base étaient intéressés par le numérique?
[00:03:49] Est-ce qu'il y en avait qui étaient moins à l'aise? Votre point de départ avec ces enseignants-là? On n'avait pas mis de critères autre que je suis intéressée puis je suis prête à explorer. C'était vraiment ça. Que tu sois un techno fragile, comme on appelle un peu chez nous, ou que tu sois très à l'aise avec la techno déjà, on s'est dit, on prend tout le monde, on explore. Dans le fond, d'avoir cette différenciation-là andragogique avec nos adultes, c'était parfait pour nous parce qu'on se disait qu'on allait collaborer ensemble puis se nourrir ensemble. Ce n'était vraiment pas une question de Jean-Philippe
[00:04:18] et moi qui allaient nourrir les gens. Au contraire, c'était un groupe de travail puis d'exploration. On s'est dit, on embarque tout le monde. Peu importe, si tu es motivé, tu es intéressé, tu es dans la gang. Puis là, ça se poursuit depuis 2022. J'imagine que ça veut dire que c'est très gagnant, c'est intéressant. C'est extrêmement gagnant. Puis là, on a élargi justement un peu plus que... C'était très, très niché, l'apprentissage de la lecture au secondaire en adaptation scolaire. On ouvre à l'écriture,
[00:04:47] à la communication orale, au régulier. On a des groupes de primaires maintenant, réguliers et adaptation scolaire, tout le monde ensemble. Donc oui, c'est vraiment plus large. Puis l'année prochaine, petit scoop, on essaye de démarrer un groupe pour la résolution de problèmes en mathématiques. Ouch! Wow! On se dit qu'il y a bien du stock à aller faire là. Ça a l'air franchement riche, ce qu'on peut faire. Mais nos premiers essais n'ont pas été super concluants. Ça fait que je pense qu'il va falloir qu'on change un peu notre façon de penser,
[00:05:16] notre façon d'aller chercher des tâches qui sont vraiment de la résolution de problèmes. parce que le raisonnement mathématique, les petits problèmes, ça, ça va. Mais des vraies résolutions de problèmes. Puis essayer de créer des résolutions de problèmes qui ne sont pas nécessairement papier non plus. On veut vraiment essayer d'élargir. Puis comme l'IA évolue tellement rapidement, on se dit que bientôt, ça va être peut-être rendu à nous créer des schémas ou des trucs de même pour l'instant. On n'est pas là. Ça fait qu'on vise ça pour 2025-26. On n'est pas rendu à des schémas? Oh, peut-être un petit peu.
[00:05:46] Mais écoute, si vous avez des sources pour faire des schémas avec des mots bien écrits qui pointent aux bonnes places sur le schéma, moi, je suis prête à prendre toutes les ressources possibles. On va se faire des tests, on va s'amuser ensemble parce qu'on va collaborer ensemble probablement l'année prochaine. Avec plaisir! Puis je reviens à vos expérimentations actuelles. Oui. Ça serait quoi, là, tes... En fait, je dis tes grands constats, non, ceux de votre équipe, parce que c'est un travail d'équipe,
[00:06:16] vous partagez énormément, c'est très enrichissant, les échanges que vous avez. Tout à fait. C'est quoi les grands constats? Mettons qu'on commence par le positif. C'est quoi les points forts qui sont sortis, qui vous ont donné le goût de poursuivre, qui vous ont confirmé que ça valait la peine de creuser là-dedans, à l'IA? Bien, pour nous, les grandes forces de l'IA, c'est vraiment qu'on peut adapter en se basant sur les besoins puis les intérêts des élèves. On a ouvert, là, une boîte de Pandore
[00:06:44] en explorant l'IA en permettant aux profs d'aller mettre tous leurs critères. On s'est basé sur beaucoup de choses, là, l'intention pédagogique, puis tous nos référentiels au Québec, la progression des apprentissages, le programme de formation. On est allé aussi dans le référentiel d'intervention en lecture. On a pris les échelles de niveau de compétence en lecture. On a pris toutes sortes d'outils qui existent déjà. Pourquoi réinventer la roue? Puis on a tout envoyé ça dans l'IA parce que c'est une possibilité qu'on a avec l'IA
[00:07:13] de lui fournir nos référentiels. Puis une fois qu'on a ça, on met nos critères. On veut des phrases qui sont en tel et tel nombre de mots. On veut du vocabulaire adapté. On veut plus de marqueurs de relations, des verbes à l'imparfait. On peut vraiment personnaliser selon ce qu'on est en train de travailler avec nos jeunes puis selon leurs intérêts. Une fois qu'on a notre requête, avec le niveau de lecture qu'on veut, avec les critères, avec les notions de grammaire qu'on est en train de voir, on peut après ça l'adapter en disant, maintenant, s'il te plaît, sors moi un autre texte
[00:07:42] sur la Deuxième Guerre mondiale, mais avec les mêmes critères. Oh! Qu'est-ce que tu dis de spécialiste? Deuxième Guerre mondiale? Monsieur Universitial va parler. Adaptation scolaire? Ce que je trouve très intéressant, justement, c'est qu'on peut utiliser l'IA pour générer soit des textes, soit des tâches significatives en lien, justement, comme tu le mentionnes, avec les sujets actuels, les sujets qui sont dans nos thèmes. On est capable de faire du multidisciplinaire aussi. Donc, il y a quand même un potentiel très intéressant en lien avec la personnalisation des tâches.
[00:08:10] Puis, de travailler plusieurs matières à la fois, surtout lorsqu'on est en adaptation scolaire, on a cette possibilité-là d'apporter des tâches engageantes. Tout à fait. Puis, j'ajouterais qu'au niveau de la personnalisation des tâches, ça nous a permis d'aller travailler une des sphères dans le référentiel d'intervention en lecture, qui est la motivation et l'engagement. Nos élèves, en adaptation scolaire ou secondaire, sont démotivés depuis vraiment longtemps par la lecture en général. Puis, on a eu la chance et le bonheur d'avoir une maman d'un élève qui participait à notre projet
[00:08:39] qui ne savait pas que son fils était dans le projet. Puis, quand on a parlé de ça à notre grande équipe de travail, elle s'est rendue compte que c'était pour ça que son fils lui avait rapporté au printemps d'avant qu'il avait fait une lecture sur, je pense que c'est les jeux vidéo que son enseignante lui avait donnés puis que là, il était emballé par la lecture et c'est vraiment pas son genre d'être emballé par la lecture en général. Quand elle nous a interpellés après notre présentation, elle a dit « Hey, je ne savais pas, mais mon gars participe à votre projet. » Son enseignante,
[00:09:09] elle est super impliquée. Elle lui donne des textes qui le motivent pour la première fois de sa vie. et dans son témoignage, elle nous a dit que ça avait changé sa vie. Je vous en parle, j'ai des frissons, je capote. Rien de moins qu'à changer sa vie. OK, il y a une petite exagération, mais c'est vrai que la différenciation pédagogique, ça peut changer la vie des jeunes et l'IA, c'est tellement un bel outil pour faire ça. On s'est rendu compte du potentiel incroyable que ça avait pour nos jeunes. Vraiment encourageant d'entendre ça. C'est le fun.
[00:09:42] Je t'écoute parler, tu as nommé plein de choses super intéressantes à nourrir l'IA pour qu'on guide l'intelligence artificielle vers le contenu que nous, on va avoir avec l'expertise qu'on va avoir parce que sinon, l'IA peut s'étendre énormément et ça devient moins pertinent. Ce que tu relèves, on part de notre intention pédagogique, des besoins des élèves, ce n'est pas l'inverse, on ne fait pas de l'IA pour le plaisir, on part. Il faut vraiment avoir une idée en tête de ce qu'on veut
[00:10:11] travailler pour produire. Tout à fait. Mais ça, est-ce que ça se fait en une seule requête parfaite du premier coup? Shlack, c'est une baguette magique? Ça demande-tu du travail? Parce que là, on parle d'IA et mon Dieu, c'est merveilleux, ça va prendre 30 secondes, je vais lui dire ce que je veux et ça va être prêt. Tu te mènes, ça marche? Écoute, on a cette impression-là la première fois qu'on l'utilise, l'IA. On a l'impression que c'est magique et que mon Dieu, que c'est donc bien performant. On peut lui demander « Hey, fais-moi un quiz sur telle vidéo YouTube »
[00:10:40] et on va avoir un quiz sur telle vidéo YouTube mais avec un peu n'importe quoi comme question. On ne lui a pas donné de critères, on ne lui a pas parlé de nous-mêmes ni des élèves qu'on accompagne, du destinataire du quiz, de notre intention pédagogique, est-ce qu'on veut valider telle ou telle chose? Il faut lui fournir des renseignements parce que sinon, on va avoir une génération qui va avoir l'air au premier coup d'œil d'un super quiz, par exemple. Mais est-ce que c'est vraiment ça qu'on veut travailler avec nos élèves? Donner un quiz pour donner un quiz, ce n'est vraiment pas ce qu'on veut. On prend ce temps-là d'arrêt pour aller vraiment
[00:11:10] préciser notre propre intention pédagogique pour ensuite le donner à l'IA, donner nos critères, donner nos formats qu'on a envie d'avoir, lui demander un questionnaire sur une lecture. Il va nous en produire un. Mais est-ce que ça va vraiment toucher les quatre dimensions de la lecture? Est-ce qu'on va avoir des questions d'appréciation? Est-ce qu'on va avoir des questions à développement? On va donner ça à nos élèves, ça va leur prendre 15 minutes à faire et nous, ça va nous avoir pris 45 minutes à générer. Ce n'est pas gagnant comme investissement de temps à ce moment-là. Pas du tout.
[00:11:39] La compétence, notre compétence avec l'intelligence artificielle, ça se développe aussi. Il faut s'en mettre patience parce qu'au début, on peut être frustré longtemps. Quand on apprend, c'est comme faire du vélo. On va se planter une couple de fois au début. Tantôt, tu me demandais les avantages et les désavantages et je pense qu'on est juste allé dans le positif. Oui, vas-y. Ça, justement, ça me fait penser, c'en est un des avantages. Je fais souvent la comparaison, pas avec le vélo, mais mon image à moi, c'est le patin. Quand on apprend à jouer au hockey, on commence souvent à hockey bottines dans la rue, on commence à manier notre rondelle, on se sent bon,
[00:12:09] on se sent compétent. Puis après ça, on se dit, OK, bien là, moi, je veux faire la Ligue nationale. Bien sûr que je veux apprendre à patiner comme Wayne Gretzky. OK, mes référents sont vieux, ça dénote mon âge, mais ce n'est pas grave. Comme Cole Caulfield, OK, ça, c'est plus nécessaire. Jeune dans ton cœur. Dans mon corps. Peut-être pas, peut-être pas. Après le Cocktail, moins jeune dans mon corps. On revient au bouton. Dans ton cœur. Dans mon cœur. Ah oui, ça oui, par exemple. Fait qu'on apprend à patiner, puis là, tout à coup, on a l'impression qu'on régresse.
[00:12:39] Tu sais, que c'est beaucoup plus lent, que mon jeu est donc bien moins bon. Pourquoi, dans le fond, j'apprendrais à patiner? C'est quoi mon but? Alors qu'on le sait très bien qu'on n'a pas le choix de passer par là puis d'investir ce temps-là pour être plus efficace après puis pour éventuellement réaliser notre rêve d'être dans LNH. Mais c'est la même affaire pour l'IA générative ou pour n'importe quel apprentissage techno, honnêtement. Apprentissage tout court. Apprentissage tout court, tout à fait. Il faut investir du temps. Absolument. Au début, on a l'impression qu'on est moins bon parce que c'est écrire un texte. On a cette compétence-là
[00:13:09] comme pédagogue d'écrire un texte pour nos élèves. Ça nous prend un certain temps quand même, mais on est capable de le faire avec l'IA au début si on ne sait pas trop comment l'utiliser, si on ne sait pas nous donnera pas ce qu'on veut. Puis là, on va générer un autre texte, une autre itération. On va recommencer, on va le relancer, on va lui dire non, ce n'est pas ce que je veux, fais-moi d'autres choses. Puis on va avoir l'impression de tourner en rond puis de prendre bien trop de temps pour une tâche qui n'est quand même pas si compliquée que ça. Mais une fois qu'on a appris,
[00:13:38] une fois qu'on en a fait plusieurs, on commence à être habitué puis on a entraîné aussi notre IA. Souvent dans l'IA, il y a l'historique des conversations qui va l'aider à savoir nous, notre rôle, c'est quoi. Je suis une enseignante de quatrième année au primaire au Québec. J'ai des élèves de, je ne sais pas, de 8 à 10 ans qui ont telle, telle, telle caractéristique. Ils adorent tel, tel, tel sujet. Puis ça, ça reste dans notre historique puis ça permet à l'IA de nous créer des choses qui sont encore plus personnalisées sans qu'on ait besoin de répéter tout le temps
[00:14:08] ce même genre de requête-là. Fait que c'est vraiment un des avantages, mais ça prend du temps. Oui, moi, j'ai une petite question par rapport à ça puis il y a un élément que tu as mentionné que je trouve hyper intéressant, c'est-à-dire de faire générer un texte, par exemple, par une intelligence artificielle générative. Si on n'a pas d'intention derrière, si on n'a pas des besoins, si on n'a pas certaines connaissances, je dirais, de la documentation ministérielle, c'est dur d'avoir quelque chose de pertinent dans le contexte pour quelqu'un
[00:14:38] qui débute sa carrière en enseignement, qui se dit, bien, je vais me faire aider de l'intelligence artificielle. Comment tu peux l'aider à... avoir un jugement critique sur la qualité du produit au niveau pédagogique? De naviguer à travers la documentation ministérielle, que la demande réponde. Parce que c'est beaucoup en début de carrière, on navigue entre le programme, la progression, le cadre d'évaluation, puis en plus, on se dit, bien, il y a un peu qui s'implique ma vie. C'est beaucoup. C'est vrai que c'est énorme. Déjà,
[00:15:07] juste de s'approprier les programmes, c'est de la job. Une fois que ça, c'est fait, là, on peut ouvrir puis on a notre jugement professionnel. Mais j'ai le goût de dire, pour ça, il y a des gens qui sont là pour nous soutenir. Nos profs, ils n'ont pas fait ça tout seuls. C'était vraiment un travail collaboratif. De s'associer avec des enseignants qui ont un peu plus d'expérience, qui ont envie de faire des projets avec nous, c'est vraiment ça qui va être gagnant, la collaboration. Nous, on était des conseillers pédagogiques, on est arrivés là, on avait des conseillers pédagogiques disciplinaires
[00:15:37] aussi avec nous, au-delà de juste des récits, on avait des conseillers français, on avait des réapos aussi participé au projet, on avait des enseignants des disciplines qui étaient là, qui s'entraidaient entre elles. Les élèves, j'imagine qu'une page ça s'adapte, on la teste, on la bonifie, on vérifie est-ce que c'est vraiment les acquis que je voulais aller chercher. C'est des trucs avec les enfants, dans le fond, ils se sentent bien plus impliqués si on leur demande leur opinion après
[00:16:06] et on veut voir qu'est-ce que vous en pensez de cette tâche-là, c'était-tu motivant? C'est drôle que tu dises ça, Myron. Est-ce que c'était à la hauteur de chercher comme données? En fait, on a vraiment travaillé sur l'engagement, la motivation, le sentiment d'efficacité personnelle et on est très dans la collecte de données parce qu'on veut valider que ce qu'on fait ça porte fruit, bien sûr. On a demandé aux élèves avant chaque tâche, après chaque tâche, comment ils se sentaient compétents, comment ils se sont sentis pendant la lecture. Est-ce que pour eux ça a fait une différence d'avoir les tâches
[00:16:36] créées par l'IA ou pas? On a eu des résultats, je dois être humble avec vous, on a eu des résultats très mitigés. Honnêtement, les élèves ne savaient pas trop où est-ce qu'on s'en allait avec nos skis. Le sentiment d'efficacité personnelle pour un élève en difficulté en général, ce n'était pas facile à expliquer. C'était plus long un peu, une tâche qui va faire la différence. C'est ça. Est-ce que tu t'es senti bon dans cette tâche? Est-ce que tu t'es senti capable de la réaliser? Même ça, ce n'était pas si facile que ça étant donné la clientèle, l'espèce d'introspection
[00:17:05] que ça demande de se regarder aller, se regarder travailler, toute la métacognition, c'était honnêtement pas très facile pour des élèves. On a quand même fait le pas d'aller chercher cette donnée-là, mais pour l'instant, ce n'est pas conclu. Ça prend du temps. Je pense qu'il faut se donner, comme tu l'as mentionné, c'est les fonctions exécutives qui vont être travaillées à travers la tâche, c'est la façon dont ils vont les utiliser qui va être comme un point d'ancrage sur où est-ce que je veux venir développer. Ce n'est pas juste être capable de répondre à des questions, dans le fond. C'est bien au-delà, c'est les stratégies
[00:17:35] qu'ils vont utiliser. Ça reste que les élèves doivent avoir une tâche qui va les sortir juste assez de leur zone de confort pour qu'ils apprennent quelque chose quand même. Parce que si c'est trop facile, c'est sûr que c'est facile et ils aiment ça. J'étais bon. Mais c'est au-delà de ça et ça ne doit vraiment pas être évident tout le temps avec des élèves en adaptation scolaire parce qu'ils ont cette motivation intrinsèque peut-être un petit peu moins flamboyante parfois que des enfants qui ont l'habitude de bien réussir et que tout va bien.
[00:18:05] Et parfois, ces élèves-là aussi, d'une certaine manière, pensent être bons, pensent avoir bien réussi et ont un fort sentiment de compétence et ça ne se voit pas nécessairement dans la correction, dans les résultats et ainsi de suite. Donc après ça, de se dire, cette fois-ci, je me sentais à l'aise, cette fois-ci, je me sentais compétent, mais est-ce que je l'étais vraiment parce que d'habitude, quand je me sens compétent, je ne réussis pas. Il y a tout ce processus-là derrière qui est quand même à déconstruire et à refaire
[00:18:35] sur des bases plus solides. c'est peut-être ce qui explique d'une certaine façon les résultats mitigés. Mais aussi, le fait que l'équipe d'enseignants qui étaient là était aussi en apprentissage, ils ne peuvent pas être parfaits dès le début. C'est certain qu'on est en apprentissage et qu'on adapte le produit et pas nécessairement à son meilleur dès le début, mais on apprend, on s'adapte, on s'améliore. Moi, je pense qu'à force de voir à plus long terme qu'est-ce qu'il y en a,
[00:19:06] on a aussi changé notre fusil d'épaule en cours de route. On a changé notre vocabulaire peut-être un peu ou nos objectifs. C'est rester, d'améliorer la lecture et de passer par la différenciation pédagogique avec l'IA pour faire ça. Mais on s'est dit que soutenir le plaisir d'apprendre, c'est aussi une compétence enseignante. Déjà, juste si on est capable de déceler, d'observer, parce que la triangulation, ça fonctionne aussi pour les observations comme ça au niveau du plaisir d'apprendre. Si on est capable de déceler
[00:19:36] une motivation un peu plus grande au niveau des élèves juste parce que le texte est adapté pour eux qui comprennent le vocabulaire et qui sont un sujet qui les intéressent, déjà là, on a gagné. C'est ce qu'on fait aussi de la lecture parce que l'IA peut nous amener à produire des textes, mais l'IA ne fait pas juste produire un contenu, ça peut être un bon guide aussi. Quand tu parles du plaisir de lire, on pense toujours à la lecture, aux tâches qu'on donne aux élèves en individuel, une compréhension de texte,
[00:20:06] mais ça peut aller beaucoup plus loin pour insuffler ce plaisir de lire-là. Absolument. Donc, on développe notre compétence à long terme et c'est normal. Oui, et avec des médiums qui sont très différents, on ne peut pas seulement utiliser l'IA. Ça aussi, c'est une autre délimite de l'IA. En fait, tantôt, on parlait beaucoup de ses forces, mais les limites sont présentes et ça ne remplacera jamais la littérature jeunesse. On ne veut pas que ça remplace la littérature jeunesse. Puis tous les créateurs
[00:20:36] qu'on a, nos auteurs, on ne veut pas qu'ils meurent de faim non plus. On veut aussi continuer à avoir des lectures qui sont très authentiques, mais parfois, on ne trouve pas ce qu'on cherche dans la littérature jeunesse ou parfois, on a besoin d'adapter quelque chose qui est un peu plus précis, qui répond plus précisément aux besoins de nos élèves. C'est dans ces contextes-là qu'on n'utilise l'IA à toutes les sauces, à tous les moments non plus dans notre classe. Exactement. Tantôt, moi j'aimais ce que tu disais, Mathieu, tu te questionnais par rapport aux nouveaux enseignants,
[00:21:06] le regard qu'on peut avoir par rapport à ça versus toute l'assimilation qu'il y a à avoir. Puis on parle beaucoup d'agentivité, de est-ce que l'IA va finir par faire à la place des profs. C'était une réflexion à laquelle j'ai assisté dans une autre coop sur l'IA. T'en penses quoi, toi? Que l'IA remplacera jamais les profs. C'est pas possible.
[00:21:35] Notre tâche est tellement au-delà de la création d'activités. Puis même là, on n'est pas capable de donner à l'IA l'entièreté de la création. Exact. On a un modèle avec Jean-Philippe Cartier et moi, le modèle Cartier-Leclerc, dans lequel on montre le processus pour créer une requête, créer un texte adapté. Puis, la création finale, attendue, elle est beaucoup plus représentée par le côté humain que par le côté machine. Le jugement professionnel
[00:22:05] est toujours important. Au-delà de ça, il y a aussi toute la relation humaine de l'apprentissage. Ça reste l'humain qui crée la requête. Absolument. L'IA, pour moi, c'est comme une voiture. Ça prend toujours bien quelqu'un pour la conduire. Puis je me dis, nous, comme pédagogues, surtout quand on a l'expérience, c'est là qu'on voit qu'on est capable d'avoir le regard sur ce qui est produit puis de bonifier, d'optimiser, de ça, ça ne me convient pas. Versus, je me mets dans la peau de quelqu'un qui n'a pas de notion pédagogique,
[00:22:34] qui n'a pas de formation en pédagogie, même s'il est super hot en IA, il va en arracher quand même à créer un matériel qui va répondre aux besoins de ses élèves. Mathieu? C'est ça, en fait, le danger par rapport à l'utilisation de l'intelligence artificielle générative. Parce que si on n'a pas le bagage, la connaissance des programmes et du moins la maîtrise du programme, du cadre, de la progression des apprentissages et tout, on a fait que donner
[00:23:03] ces documents-là à l'intelligence artificielle et qu'on lui demande créer-moi une tâche qui répond à telle, telle, telle, telle contrainte, bien, de perdre ce jugement critique par rapport à ce qui est généré, il y a quand même un danger. C'est certain que ce raccourci-là peut être pris par différentes personnes, mais il faut toujours garder en tête que du moment où on accepte ce qui a été généré, on en est responsable parce qu'il y a l'action humaine derrière qui décide et qui détermine que ça, ça peut être donné
[00:23:33] aux élèves, je peux l'utiliser dans un contexte pédagogique et c'est structuré d'une manière à répondre à nos obligations légales d'une certaine façon. Donc, au lieu peut-être d'utiliser l'IA comme d'un raccourci pour éviter ce regard critique envers une tâche pédagogique, il faut le voir comme un aide-enseignant et c'est toujours l'enseignant qui derrière ça va avoir ce regard critique et va pouvoir juger de la validité et de la pertinence pédagogique. Puis la bonne nouvelle là-dedans,
[00:24:03] je pense que, je te laisse le mot de la fin après, Anne-Sophie, la bonne nouvelle c'est que moi j'avais peur au début, est-ce que les gens vont prendre le temps à t'attarder de vérifier la qualité d'avoir ce regard-là critique? Mais je l'ai tellement vu en action quand j'ai assisté dans la COP à Marie-Victorin avec Kevin Labarlosier et sa collègue Julie Boivin, deux conseillers pédagogiques vraiment extraordinaires mais la gang qui était là, c'était des profs d'adaptes secondaires aussi. Ils se questionnaient le matin sur la gentilité, sur « oui, mais tu sais, il va se faire ça encore.
[00:24:32] C'est-tu encore nous autres qui le... » Tu sais, ça appartient à qui? C'est qui qui a fait le travail et tout ça? À la fin de la journée, tout le monde constatait le regard critique, la réflexion critique, le jugement critique de ce qu'il y a produit se déclenche automatiquement chez les enseignants. Ils vérifient, ils critiquent. Puis, les échanges qu'ils ont entre eux sont tellement enrichissants. Alors, allez-y dans les cas si vous avez l'occasion parce que moi, j'ai trouvé que ça devient exponentiel la force de développement professionnel quand on apprend avec les autres
[00:25:02] parce qu'on expérimente de façon différente, on est tous différents, mais chacun s'entraide, chacun amène une petite piste de solution, un petit quelque chose à contourner. Donc, c'est pas parfait, mais moi, j'ai profondément confiance en l'humain là-dedans. Tout à fait. Ça reste important. C'est le prof qui est le filtre ultime dans le fond de ce qu'il va mettre entre les mains de ses élèves. C'est exactement ce que tu disais tantôt. C'est vraiment toi qui choisis ce que tu proposes à tes élèves pour mieux apprendre. C'est toi
[00:25:31] qui en es responsable. Tu es un professionnel, profites-en. Comme prof. C'est beau cette phrase-là. Un prof est un professionnel, profitons-en. Et il est le filtre ultime. Le filtre ultime. Plein d'images. C'est donc bien le fun. Anne-Sophie, merci d'avoir accepté notre invitation de venir chaser avec nous. C'est une belle gang de passionnés que je ne connaissais pas au complet. Je te connaissais un petit peu, Marie-Hélène, mais même pas assez, je trouve, pour moi.
[00:26:02] Mais ça s'en vient, la collaboration. J'étais très heureuse d'être avec vous ce matin. Tu vas pouvoir aller écouter les autres balados, de balado-pédago, regroupement. Avec plaisir. Qui se retrouvent sur Internet. On a notre site web, sur Facebook également. Puis, toutes les émissions d'intention pédago-numérique également, qui se retrouvent très facilement sur toutes vos plateformes de balado. Alors, sur ce, merci d'avoir été avec nous et à la prochaine. Ciao, ciao! Ciao!

