Dans cet épisode, nous explorons l’histoire de l’immigration et de la francisation au Québec, des années 1960 à aujourd’hui, à travers un récit à la fois national et personnel. En suivant le parcours de ma famille, et notamment l’arrivée de ma mère lors d’une tempête de neige mémorable, nous revisitons les défis et les transformations de l’accueil et de l’intégration des nouveaux arrivants au fil des décennies. Entre souvenirs familiaux et regard historique, cet épisode met en lumière les enjeux, les progrès et les perspectives liés à la francisation au Québec.
[00:00:14] les arts et les sciences et les sciences. Bonjour à tous, je m'appelle Tania Lompré. L'éducation, l'immigration, la langue française, ça vous intéresse ? Vous êtes au bon endroit parce que moi aussi, ensemble on va explorer plusieurs enjeux reliés de près ou de loin à la francisation, à l'immigration, à l'enseignement et à l'apprentissage. On va aussi aborder les politiques publiques et l'actualité reliées à ces thématiques.
[00:00:39] De mon côté, je suis une fille super animée par l'idéal de faire du Québec un endroit où tous peuvent s'épanouir en français, avec ou sans accent. J'ai la tête qui foisonne d'idées, d'opinions et de solutions. On ne sera peut-être pas toujours d'accord, hein, mais n'est-ce pas une des facettes de la diversité qui fait que c'est vraiment beau chez nous ? Alors bienvenue à tous sur le balado Avec ou Sans accent. Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien. Bienvenue à ce nouvel épisode d'Avec ou Sans accent.
[00:01:08] Un épisode que j'enregistre, en fait, dans un matin glacial avec des beaux flocons de neige comme ouateux, je ne sais pas si ça se dit, mais en tout cas, des beaux flocons qui tombent du ciel. Et c'est drôle parce que, bien, la thématique d'aujourd'hui fait un peu référence à l'hiver. Donc, je pense que c'est optimal comme moment d'enregistrer.
[00:01:28] Donc, aujourd'hui, j'ai vraiment envie de vous parler, en fait, un peu d'histoire. Puis là, d'histoire, évidemment, je ne suis pas une prof d'histoire, mais j'ai quand même envie de dresser un petit peu l'historique ou les fils conducteurs de l'immigration et de la francisation au Québec. L'histoire, moi, je vais la commencer dans les années 60 parce que, bien, évidemment, tu sais, le Québec, comme dans beaucoup d'endroits dans le monde, il y a une effervescence, il y a un épanouissement de la société dans les années 60.
[00:01:53] Mais il y a aussi des bouleversements parce que des gens arrivent au Québec et choisissent le Québec pour s'installer. Et, en fait, c'est drôle parce que, justement, je vais parler des années 60 parce que, bien, le titre et le fil conducteur, un peu, c'est « Ma famille ». Puis, bien, en fait, c'est ça, le titre, le sujet trouve vraiment son origine dans l'histoire de ma famille. Puis, si vous me connaissez ou si vous ne me connaissez pas, bien, je vous l'apprends.
[00:02:22] Moi, ma mère est née en Calabre. La Calabre, c'est vraiment dans le sud de la botte, là, si vous regardez la carte de l'Italie. Et elle est arrivée ici à trois ans. Évidemment, tu sais, avec mes grands-parents, son frère, des membres de notre famille. Et, en fait, qui ont choisi le Québec un peu par un concours de circonstances, là. C'était Boston ou c'était Montréal. Et, finalement, ça a été Montréal.
[00:02:49] Donc, mon grand-père parlait déjà un peu français. Ça a probablement été un facteur un peu d'influence. En fait, c'est drôle parce qu'ils sont arrivés, justement, au début des années 60 en pleine tempête de neige. Donc, essayer d'imaginer un peu le choc de débarquer du sud de la botte de l'Italie, où il fait chaud, sur le bord de la Méditerranée, et, en fait, débarquer de l'avion dans un hiver québécois glacial avec une tempête de neige. En tout cas, c'est comme ça que ma mère est arrivée au Québec.
[00:03:17] Et c'est encore un de ses premiers souvenirs, donc, de sentir le froid. C'est bizarre parce que si vous habitez en Amérique du Nord, au Québec, bien, vous savez exactement quelle est la sensation du froid. Mais quand vous arrivez du sud de l'Italie, bien, vous ne la connaissez pas. Donc, c'est vraiment peut-être un premier choc qu'elle a eu, en fait, en débarquant de l'avion. Puis, évidemment, elle était petite, mais elle s'en souvient encore. Puis, je pense que c'est aussi quelque chose qui, tu sais, le froid ou l'hiver, ça peut fasciner d'un côté positif ou négatif.
[00:03:47] J'ai eu la chance de vivre ça souvent dans ma vie, de voir des gens qui voyaient la neige pour la première fois, tu sais, à l'âge adulte ou des enfants ou tout ça, puis voir la première neige ou sentir le premier froid. Bien, évidemment, tu sais, moi, le premier froid, je le sens en décembre, mais beaucoup de gens le sentent en octobre, parce que, pour eux, il commence à faire froid lorsqu'il fait 15 degrés. Donc, c'est vraiment un choc qu'on peut avoir lorsqu'on arrive au Québec. Mais vraiment, pour moi, tu sais, l'hiver et les premiers grands froids,
[00:04:15] c'est un peu un symbole de résilience que ma famille a eu lorsqu'ils sont arrivés au Québec, mais aussi toutes les autres familles qui s'installent au Québec lorsqu'il fait froid ou lorsqu'ils vivent leur premier hiver. Fait que je pense que c'est vraiment des symboles, en fait, ou des indications qui démontrent, en fait, que les gens sont capables de s'adapter à une nouvelle vie, une nouvelle langue et une nouvelle culture. Quand on parle de nouvelle culture, c'est drôle, parce que ma mère s'appelle, son nom légal s'appelle Guizépina Gualtiri. Par contre, elle avait 5-6 ans à l'école
[00:04:45] quand une enseignante lui a dit « tu t'appelles Josée ». Donc, maintenant, c'est drôle, parce qu'on l'appelle au quotidien Josée. Donc, maintenant, aujourd'hui, j'aurais jamais, jamais, jamais, jamais, je ne ferais ça comme enseignante en francisation, dire à un enfant que maintenant, il change de nom pour un nom qui est plus facile à prononcer pour moi. Ça ne m'arriverait jamais, mais tout ça pour dire que maintenant, ma mère, elle est Josée avec nous, mais elle est Pina ou Guizépina avec sa famille. Donc, c'est particulier.
[00:05:15] Je crois que c'est le genre de choses qui arrivent à beaucoup de gens. Je pense que pour mieux comprendre l'importance de l'aventure linguistique et culturelle des nouveaux arrivants, j'ai envie de vous expliquer un peu pourquoi immigrer à Montréal, au Québec, c'est un peu spécial, en fait, pour plusieurs personnes. Évidemment, on parle de la météo, ça, c'est quelque chose de spécial, mais je pense que c'est vraiment le statut linguistique, en fait, de notre société qui peut être particulier pour des nouveaux arrivants. Donc, tu sais, on va parler souvent de sociétés
[00:05:45] qui sont exolingues ou endolingues. Là, c'est des mots très payants en scrabble, mais qu'est-ce que ça veut dire? Donc, ça veut dire que les dynamiques linguistiques des sociétés d'accueil, en fait, vont influencer directement la gestion de l'immigration. Donc, les sociétés qui sont plus endolingues, le premier exemple qui me vient, c'est vraiment le Japon. Ce sont des endroits qui sont vraiment plus homogènes sur le plan linguistique. Donc, tu déménages au Japon, tu n'es pas en train de te demander si tu vas parler espagnol, français, anglais ou japonais,
[00:06:14] si tu vas parler japonais, parce que la société au complet vit en japonais est beaucoup plus homogène sur le plan linguistique et culturel. Par contre, lorsqu'on s'installe au Québec, on est vraiment dans une société qui est plutôt exolingue, donc où il va y avoir, en fait, plusieurs langues qui peuvent coexister, malgré qu'il y en a seulement une qui a un statut officiel, donc le français. Mais par contre, tu sais, le Québec, justement, va demander, en fait, l'apprentissage d'une langue officielle
[00:06:40] par une partie majoritaire importante de sa population. Donc, tu sais, le Québec est un peu hybride. Donc, on a une société très exolingue à Montréal, où on se promène dans la rue, puis on comprend très bien que, si on a un parc extension, on entend du Punjabi, de l'Hindi, on entend de l'anglais, du français, du coréen, tu sais, peu importe où vous vous promenez. Donc, Montréal va être vraiment plus exolingue, alors que dans les régions du Québec, on est dans une société andolingue,
[00:07:09] donc où on parle français. Puis c'est drôle, parce que les gens, souvent, ils arrivent ici, puis ils ne savent pas. Tu sais, moi, je ne sais plus combien de gens, puis tu sais, ce n'est pas anecdotique, là. Ça s'est compté plusieurs personnes dans ma vie qui me disaient, bien, quand je suis arrivée au Québec, je ne savais pas qu'on parlait vraiment français. Ou si j'étais arrivée à l'aéroport, ça me parlait en anglais, je me disais, j'arrive au Canada, puis finalement, bien, je me rends compte que, oh, l'école est en français, je dois apprendre le français, tout ça. Puis là, vous allez me dire, bien, voyons, que les gens ne savent pas quelle langue ça parle dans un endroit où ils décident de venir habiter.
[00:07:38] Bien, tu sais, oui, il faut être curieux, évidemment, quand on déménage quelque part, mais il faut comprendre aussi qu'immigrer, ce n'est pas toujours un choix. Et que souvent, tu arrives quelque part sans nécessairement être très, très au courant de comment les choses fonctionnent. Donc, ça peut être un premier choc, en fait, que le Québec est francophone. Donc, c'est sûr que la distinction est cruciale, donc pour comprendre comment les gens vont décider quelle langue ils vont utiliser ou quelle langue ils vont apprendre, parce qu'ils se rendent compte qu'il y a une dualité un peu linguistique à Montréal.
[00:08:08] Et même que des fois, comme je disais, bien, il y en a qui ne savaient même pas qu'il y avait la langue française qui avait une aussi grande importance. Ça en rend compte assez vite, évidemment, par contre. Mais je pense qu'on a vraiment, en milieu urbain, la diversité linguistique qui est vraiment plus marquée. Autant, en fait, vous allez avoir accès à des services linguistiques, même si vous êtes en Abitibi ou à Montréal, mais quand même, tu sais, en milieu qui sont vraiment plus urbains, on va se rendre compte qu'il y a des programmes intensifiés de francisation un peu partout qui vont permettre aux nouveaux arrivants de participer vraiment à la vie sociale et économique.
[00:08:36] Dans les régions où le français domine naturellement, bien, évidemment, les gens vont se franciser quand même dans des classes de francisation ou par le système scolaire lorsqu'ils sont petits. Mais vraiment, tu sais, ils vont avoir aussi un milieu d'acquisition naturel. Donc, ils vont sortir dans la rue au dépanneur, ils vont entendre parler français, ils vont aller au patinoin pour les enfants la fin de semaine, ça va parler français. Ils vont aller au restaurant, ça va parler français aussi, alors qu'à Montréal, tu sais, tu as vraiment, tu entends plusieurs langues puis tu ne te rends peut-être pas compte
[00:09:05] à quel point, finalement, il faut absolument, en fait, apprendre la langue. Mais dans les régions où le français domine, bien, c'est sûr que, tu sais, la francisation va viser à maintenir la vitalité de la langue dans les communautés locales. Puis on espère aussi que ce soit la même chose à Montréal. Donc, même si on est en ville, bien, c'est important de se dire que les programmes de francisation vont servir à l'apprentissage du français, mais que, contrairement à d'autres régions ou d'autres villes, bien, les gens se rendent peut-être moins compte de l'importance d'apprendre la langue,
[00:09:35] de la connaître, de la maîtriser pour fonctionner. Je vous raconte ça parce que le fait que la société soit très exolingue, lorsque les communautés, par exemple, italiennes, grecques, portugaises, ont commencé à arriver au Québec dans les années 60, fin des années 50 pour certains aussi, bien, c'est sûr que les gens se rendaient peut-être moins compte de ça. Et évidemment, ça a mené à plusieurs débats dont on va se parler dans quelques minutes. Ce qui est important, c'est que je pense que, justement, la place du français
[00:10:03] et le statut du français va donner, en fait, à la langue un rôle central comme vecteur d'unité sociale, économique, culturelle. Donc, le français, ça devient vraiment un outil d'égalité des chances qui permet aux nouveaux arrivants de s'épanouir tout en renforçant et en maintenant l'identité collective québécoise. Puis avant d'entrer dans les détails historiques, donc je vais vous inviter à découvrir le fabuleux documentaire de Félix Rose que vous n'avez peut-être pas vu ou que vous avez peut-être vu, qui est La bataille de Saint-Léonard.
[00:10:32] C'est drôle parce que ça passait à la télévision il y a quelques jours aussi. Et c'est un film extraordinaire pour comprendre vraiment l'histoire linguistique et culturelle du Québec, qui met aussi en lumière les tensions autour de la langue française dans un quartier multiculturel de Montréal. Donc, évidemment, Saint-Léonard et les quartiers autour, donc Montréal-Nord par exemple. C'est drôle parce que ma mère est arrivée à Montréal-Nord. Elle a vécu plusieurs années à Montréal-Nord aussi. Donc, c'est un quartier qu'on connaît bien. Et par contre,
[00:11:02] c'est quand ma mère était à la fin de l'adolescence, donc à 15-16 ans, ses parents ont acheté une maison à Repentigny, l'autre côté du Dupont. Donc, sur la Rive-Nord, première periférie directe de l'île de Montréal, si vous ne connaissez pas. Et ma mère me dit encore que c'est drôle de me raconter ça dans les vacances de Noël. On était en train de traverser le pont, justement, qui mène à Montréal. J'habite juste à côté du pont, justement. Et ma mère me racontait que la première fois qu'elle est venue en voiture avec son père
[00:11:31] et qu'elle a traversé cet immense pont qui est le pont Pierre-Legardeur et qu'elle a vu le fleuve et l'île au bout. Elle a dit l'île puis elle s'est m'a pleuré parce qu'elle a dit « Mon Dieu, où je m'en vais habiter à l'autre bout du monde? » Mais dans les années 70, c'est sûr que la banlieue n'était peut-être pas aussi développée. Donc, pour elle, c'était comme un deuxième déracinement. Il y avait eu un déracinement petit de l'Italie puis là, il y avait un déracinement de Montréal-Nord où il y avait une communauté plus importante italienne. C'est ça. Fait que maintenant,
[00:12:01] elle est restée. On est encore dans la région. Donc, finalement, elles n'ont pas détesté ça. Elles ne sont pas retournées vivre à Montréal. Et je pense qu'ils sont... En fait, que ma famille est un modèle d'intégration, un modèle. Vraiment une famille modèle. Ils ont appris le français, étudié en français, se sont intégrés dans la société québécoise, vraiment. Puis tu sais, maintenant, si vous regardez ma mère ou vous lui parlez, bien, vous n'avez aucune idée, en fait, qu'elle n'est pas née ici. Elle est autant italienne que québécoise. Donc,
[00:12:31] il n'y a pas de distinction à faire. Elle a une identité québécoise à 100 % puis une identité aussi italienne à 100 %. Donc, finalement, tu sais, l'immigration au Québec dans les années 60 et 70, on comprend qu'elle est justement marquée par des transformations majeures. Donc, les gens s'installent de plus en plus au Québec et au Canada, évidemment aussi. Puis, c'est en 1967 que le Canada a commencé en fait à adopter des grilles de sélection des nouveaux arrivants basés sur des critères objectifs comme par exemple les compétences professionnelles et la maîtrise
[00:13:01] d'une langue officielle, que ce soit le français ou l'anglais. On se rend compte, en fait, lorsque les gens arrivent de plus en plus, qu'il y a un besoin en fait d'organisation de cours de français. Donc, c'est en 1969 en fait qu'on a créé autant les classes d'accueil aux primaires, aux secondaires que les centres d'orientation et de formation des immigrants, donc les COFI pour les adultes. Donc, 1969, on met vraiment ces programmes-là sur pied pour faciliter l'apprentissage du français et l'intégration culturelle des nouveaux arrivants. C'est drôle
[00:13:30] parce que mon oncle et ma tante du côté paternel enseignaient au COFI et contribuaient directement à aider les nouveaux arrivants à s'intégrer dans la société au Québec. Évidemment, c'est drôle parce que ma mère qui est arrivée dans les années 60 et son frère qui est Nantes-Tally et le plus petit frère qui est né au Québec, bien, ils sont tous allés à l'école en français et c'était dans les années 60. Donc, il n'y avait pas encore la loi 101 mais en fait, pour,
[00:13:59] tu sais, mon grand-père comme parlait un peu déjà français aussi, bien, il a inscrit ses enfants à l'école francophone puis c'est drôle parce que, tu sais, ma mère et ses frères sont allées à l'école en français mais son cousin et sa cousine sont allées à l'école en anglais. Donc, dans une même famille italienne, il y avait des gens qui choisissaient l'école en anglais, d'autres en français et en fait, c'est drôle parce que ça n'a pas divisé du tout notre famille mais maintenant, on a vraiment des parties de Noël particuliers où des gens se parlent en italien, des gens se parlent en anglais, des gens se parlent en français puis finalement, tout le monde se comprend quand même. Donc, vraiment, mon grand-père
[00:14:29] a fait ce choix-là avant, en fait, l'adoption de la loi 101 qui est, bien, charnière dans l'histoire du Québec, donc 1977 en fait, où on va vraiment faire en sorte que le français devienne la langue officielle et va consolider l'identité linguistique québécoise face à une société de plus en plus multiculturelle. Évidemment, à partir de 1977, les enfants dont les parents ne sont pas allés à l'école en anglais au Québec doivent être scolarisés dans le système scolaire francophone. Puis évidemment, après la loi 101, bien,
[00:14:58] l'histoire ne s'arrête pas. Donc, on va voir vraiment quand même dans les années suivantes, 1980, 1990, l'intensification des efforts pour harmoniser l'immigration et l'intégration. Donc, en 1983, on va voir aussi des amendements à la loi 101 qui vont tenter de répondre aux défis juridiques et aux critiques internationales, par exemple. On a maintenu quand même la préservation du français. Donc, je pense que ça, c'était le plus important. C'est aussi en 1990 qu'on va avoir l'énoncé politique au Québec pour bâtir ensemble qui va introduire le concept
[00:15:28] d'un contrat moral entre les nouveaux arrivants qui arrivent au Québec et la société qui définit clairement les attentes réciproques. Toujours au début des années 90, la période est vraiment marquée par l'accord gagnant-Tremblay-McDougall en 91, qui donne au Québec un pouvoir exclusif de sélectionner ses immigrants économiques. Donc, on s'est parlé tantôt que dès 1967, en fait, le Canada commence à avoir des grilles de sélection pour choisir ses nouveaux arrivants. Mais le Québec le fait à partir de 91, donc c'est la seule province
[00:15:58] qui a un pouvoir exclusif toujours aujourd'hui, pour sélectionner ses immigrants économiques. Donc, en parallèle, évidemment, on a observé une montée des débats sur l'intégration des valeurs québécoises dans un cadre de diversité culturelle croissante. Et ces efforts-là visaient tous ça crée un équilibre entre le respect des droits individuels et la cohésion sociale dans un contexte, évidemment, d'immigration en croissance. On arrive un peu plus à aujourd'hui, donc entre 90 et 2023. Donc, en fait, c'est drôle parce que, tu sais, cette semaine, je donnais un cours à l'université
[00:16:27] puis j'expliquais à mes étudiants justement un peu l'histoire de l'immigration, l'histoire des services de francisation et je leur disais que dès le début des années 90, les COFI, en fait, qui étaient les cours de francisation pour adultes, faisaient face à des critiques croissantes en raison de leur coût élevé. Donc, ça coûtait cher, français des nouveaux arrivants et on indiquait que l'efficacité était limitée. Donc, pendant plusieurs années, en fait, on en parle et on va jusqu'à la fermeture des COFI en 2000. Donc, il y a eu vraiment une restructuration
[00:16:56] complète des services et le ministère de l'immigration va mettre en place des nouveaux programmes à partir de 2002. Donc, on va avoir vraiment des programmes de francisation dans les organismes communautaires, dans les cégeps, dans les universités, dans les CSS, mais les COFI vont être fermés. Et c'est un peu ce qui se passe aujourd'hui. Donc, si vous avez suivi les débats à l'automne, si vous ne connaissez pas, si vous ne connaissez pas ce qui s'est passé à l'automne, je vous invite à écouter la saison 1 d'Avec ou Sans Accent où j'ai parlé durant deux épisodes, en fait, de la situation
[00:17:25] en francisation des adultes où justement, il y avait plusieurs classes qui étaient fermées dans les CSS. Je me disais, mon Dieu, on revit un peu ce qui s'est passé au début des années 2000 lorsqu'on a fermé les COFI et encore, c'est 2012, 2013, où ça n'allait vraiment pas bien non plus en francisation. Et c'est un peu les mêmes choses qu'on indique si on retourne un peu quelques années derrière. En 2017, il y a eu un rapport du vérificateur général qui disait que la francisation, c'était un peu, je ne peux pas dire que ça ne fonctionne pas, mais tu sais, que c'était un peu
[00:17:56] qu'on manquait de données, que le Québec, en fait, n'était pas optimal quant à sa francisation, que les gens, en fait, s'inscrivaient mais ne terminaient jamais. Tu sais, je pense que c'était 4 %, il faudrait que j'enverroule la statistique, mais 4 % des gens qui terminaient la francisation jusqu'au niveau 8 et justement, ces données-là et tout ça, on fait en sorte que les ministères ont réfléchi jusqu'à la création de Francisation Québec en juin 2023. Ça bouge quand même
[00:18:26] beaucoup. Donc, c'est drôle parce qu'on a, dans les dernières années, tout de suite après le rapport du vérificateur général, en 2017, à partir de 2019, en fait, on ouvre les vannes pas mal en francisation et on rend, on accepte, en fait, les gens, peu importe qui ils sont. Alors qu'avant, on avait vraiment une politique au niveau de l'immigration des classes de francisation pour avoir une allocation de substance, donc pour avoir un petit salaire, entre guillemets,
[00:18:55] pour venir en francisation. Il fallait être un nouvel arrivé en Québec depuis 5 ans et moins et avoir un statut régulier. Donc, à partir de 2019, en fait, on ouvre la porte et on dit aux gens, bien, OK, vous êtes-ce depuis 15 ans, 20 ans, 8 ans, c'est pas grave, vous pouvez venir en francisation et vous pouvez venir aussi si vous avez un statut temporaire. Donc, si vous êtes un travailleur étranger, si vous êtes un étudiant international, vous pouvez quand même venir en francisation même si vous êtes le conjoint ou la conjointe d'un travailleur
[00:19:24] ou d'un étudiant. depuis la création de Francisation Québec, on se rend compte qu'en juin 2023, je l'ai dit tantôt, mais qu'il y a eu beaucoup de lacunes et que ça va pas super bien encore. Cette année, on dit que là, on va réinvestir plus de sous, parfait, mais on revit un petit peu, je crois, donc un peu la même chose qui s'est passée au début des années 2000 puis dans les années 90 où les gens disaient, bien, c'est peut-être pas si optimal que ça, donc on va revoir, on va revoir, mais à un moment donné, je pense qu'il faut juste se dire, bien, on offre les cours qu'on peut
[00:19:54] qui sont des bons cours puis après tout ça, finalement, c'est en 2023 qu'on va créer Francisation Québec. Francisation Québec vise vraiment à centraliser, à améliorer les services de francisation. Bon, ça, c'est l'objectif. Jusqu'à date, on n'a pas encore de preuves de ça, je vous dirais que c'est même le contraire. On voulait faciliter la francisation, faciliter l'entrée dans les cours, tout ça, d'avoir un peu un guichet unique, c'est toujours comme ça qu'on l'a appelé avant, le guichet unique. Bien, on se rend compte évidemment,
[00:20:23] ça ne fait pas longtemps, ça ne fait pas deux ans encore que c'est sur pied, mais à date, ce n'est pas le succès de l'année, ni de l'année passée d'ailleurs, ni de 2023. Et je pense qu'on essaie sur le terrain de pallier toutes les problématiques qui sont survenues depuis la création de Francisation Québec. Mais je pense quand même qu'au-delà des choses qui ne fonctionnent pas, il faut envoyer quand même des fleurs au gouvernement qui ont permis à tous ceux qui voulaient ce français de le faire depuis quelques années.
[00:20:53] C'est aussi, je pense, une période dans les dernières années où on voit vraiment une volonté continue d'adapter les politiques d'intégration et de francisation aux réalités changeantes quand même des nouveaux arrivants. Ça nous amène à aujourd'hui, donc 2025. C'est drôle, chaque année, à l'automne, le gouvernement publie en fait le plan d'immigration du Québec pour l'année qui vient. Et j'ai lu en fait cette semaine ou la semaine dernière le plan d'immigration pour 2025, puis on voit vraiment que le Québec en fait se prépare
[00:21:22] à accueillir de plus en plus d'immigration économique et d'immigration économique qui parle français. Donc, on s'attend en 2025 que les gens sélectionnés aient déjà un bon niveau de français dès leur arrivée. Donc, on s'attend à ce que 95 % des requérants principaux connaissent le français lorsqu'ils déposent leurs demandes d'immigration et lorsqu'ils arrivent. On veut aussi intensifier les programmes de français avant l'arrivée au Québec. Donc, la mise sur pied de cours en ligne, par exemple, pour des gens
[00:21:51] qui apprennent le français avant d'arriver et en milieu de travail. Donc, par exemple, les entreprises qui donneraient des cours de francisation avant que les gens arrivent sur le marché du travail, donc avant d'arriver au Québec tout court et poursuivraient en francisation l'entreprise par la suite. On veut aussi encourager l'établissement en région pour répondre aux besoins de main-d'oeuvre à l'extérieur de Montréal. Vous avez peut-être vu cette semaine dans les journaux, le rapport de l'Institut de statistique du Québec qui disait que Montréal avait reçu un très grand nombre d'immigrants
[00:22:21] temporaires et réguliers en 2024, donc une année record. Et on se rend compte que les régions aussi ont des besoins et on veut justement encourager l'établissement des nouveaux arrivants à l'extérieur de l'île de Montréal. Déjà en 2023, on avait 44 % des gens qui s'installaient à l'extérieur de l'île. Donc, déjà, je pense que les incitatifs fonctionnent. Donc, l'immigration, ça ne se joue pas uniquement au niveau provincial. C'est une compétence partagée avec le fédéral.
[00:22:51] Puis, en 2025, je pense que les dynamiques politiques justement vont vraiment redéfinir leur orientation en immigration parce qu'évidemment, suite à la démission de Justin Trudeau il y a quelques semaines, il est encore en poste mais qui a quand même annoncé qu'il démissionnait. Donc, je pense que c'est important de regarder aussi comment se positionnent les partis fédéraux. Donc, qu'est-ce qu'ils ont comme vision par rapport à l'immigration? Et je suis allée voir un petit peu les programmes. Évidemment, si la tendance se maintient que les conservateurs
[00:23:20] en fait gagnent les prochaines élections, au niveau de l'immigration, ils sont vraiment plutôt, ils insistent sur un meilleur contrôle des frontières et une sélection plus stricte des nouveaux arrivants qui va être vraiment basé sur les besoins économiques. Au NPD, on propose une approche vraiment plus inclusive d'augmentation des seuils pour répondre aux besoins humanitaires et pour besoins du marché du travail. Et au niveau du Bloc québécois, on priorise une immigration adaptée au Québec, donc avec un accent sur la francisation et la régionalisation. Donc, on verra ce qui va se passer
[00:23:49] dans les prochains mois. Donc, je pense que ce sera à suivre. Évidemment, lorsqu'on sera rendu en période électorale, je pourrais vous faire un épisode sur quelles sont les propositions en immigration. On se rend compte en les regardant brièvement comme ça que les visions des partis principaux divergent vraiment beaucoup et qu'elles reflètent quand même l'importance nationale de l'immigration comme enjeu politique, économique et culturel dans le Québec d'aujourd'hui et de demain. Après un bref survol de l'histoire de l'immigration et de la francisation, on se rend compte qu'en 2025, le Québec continue de bâtir
[00:24:19] une société francophone mais interculturelle. Les défis sont nombreux comme d'habitude, évidemment. Immigrer, c'est pas facile pour une personne, mais c'est pas facile non plus pour tout ce qui va autour de l'immigration. Donc, les défis sont nombreux, mais ils offrent des opportunités vraiment uniques pour repenser nos approches en matière de francisation et de l'immigration. Donc, je vous remercie vraiment d'avoir écouté cet épisode. À très bientôt pour une nouvelle discussion qui, je l'espère, continuera de nous inspirer sur nos réflexions collectives et sur l'avenir du Québec. À bientôt!
[00:24:49] Merci infiniment d'avoir écouté Avec ou sans accent aujourd'hui. J'espère que nos échanges ont été aussi stimulants pour vous que pour moi et que vous serez à l'écoute pour les prochains épisodes. Avant de vous laisser partir, permettez-moi de vous poser une question. Qu'est-ce qui vous a le plus interpellé dans cet épisode? Quelles réflexions vous ont traversé l'esprit? N'hésitez pas à m'écrire afin de partager le tout avec moi. N'oubliez pas non plus de vous abonner au balado pour ne manquer aucun épisode. Faites découvrir avec ou sans accent à tous ceux qui partagent nos passions pour ces sujets.
[00:25:18] Vous avez envie de travailler avec moi? N'hésitez pas à me contacter pour connaître mon offre de service ou visiter mon site web. Au plaisir de vous retrouver pour notre prochain épisode. À très bientôt!

