24. Entre deux mondes : accompagner les transitions ILSS vers la classe régulière et la FGA
13 juin 2025
25
00:26:1059.91 MB

24. Entre deux mondes : accompagner les transitions ILSS vers la classe régulière et la FGA

Dans cet épisode d’Avec ou sans accent, Tania explore un moment charnière de la trajectoire scolaire des jeunes immigrants : les transitions entre les classes d’accueil (ILSS) et les classes régulières… ou, parfois, directement vers l’éducation des adultes. À partir de données tirées de sa recherche doctorale menée auprès de jeunes allophones de 13 à 20 ans, Tania Longpré dresse un portrait nuancé de ces passages souvent précipités et peu balisés. Quels sont les modèles d’accueil existants au Québec? Quels repères utiliser pour décider d’une intégration? Et surtout, comment éviter que ces jeunes ne tombent entre les mailles du filet scolaire? De l’importance des paliers de progression à l’émergence des classes de transition, cet épisode propose des pistes concrètes pour mieux accompagner ces jeunes dans leur apprentissage du français, leur intégration scolaire… et leur avenir citoyen.

Dans cet épisode d’Avec ou sans accent, Tania explore un moment charnière de la trajectoire scolaire des jeunes immigrants : les transitions entre les classes d’accueil (ILSS) et les classes régulières… ou, parfois, directement vers l’éducation des adultes.

À partir de données tirées de sa recherche doctorale menée auprès de jeunes allophones de 13 à 20 ans, Tania Longpré dresse un portrait nuancé de ces passages souvent précipités et peu balisés.

Quels sont les modèles d’accueil existants au Québec? Quels repères utiliser pour décider d’une intégration? Et surtout, comment éviter que ces jeunes ne tombent entre les mailles du filet scolaire?

De l’importance des paliers de progression à l’émergence des classes de transition, cet épisode propose des pistes concrètes pour mieux accompagner ces jeunes dans leur apprentissage du français, leur intégration scolaire… et leur avenir citoyen.

[00:00:14] les transitions ILSS vers la classe régulière et les transitions ILSS vers la classe régulière. Bonjour à tous, je m'appelle Tania Lomprey. L'éducation, l'immigration, la langue française, ça vous intéresse? Vous êtes au bon endroit parce que moi aussi, ensemble on va explorer plusieurs enjeux reliés de près ou de loin à la francisation, à l'immigration, à l'enseignement et à l'apprentissage. On va aussi aborder les politiques publiques et l'actualité reliées à ces thématiques. De mon côté, je suis une fille super animée par l'idéal de faire du Québec

[00:00:43] un endroit où tous peuvent s'épanouir en français, avec ou sans accent. J'ai la tête qui foisonne d'idées, d'opinions et de solutions. On ne sera peut-être pas toujours d'accord, hein? Mais n'est-ce pas une des facettes de la diversité qui fait que c'est vraiment beau chez nous? Alors bienvenue à tous sur le balado, avec ou sans accent. Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode d'Avec ou sans accent. Aujourd'hui, on s'attaque au deuxième épisode d'une triade qui s'intéresse en fait à des thématiques qui m'ont passionnée pour ma thèse de doctorat

[00:01:13] et qui me passionne encore aujourd'hui dans mon quotidien d'enseignante, mais aussi de formatrice et de chargée de cours, c'est-à-dire les transitions entre les secteurs. Donc, je veux répondre en fait à une question existentielle. Comment se passent les transitions entre les classes d'accueil, les fameuses classes d'ILSS et les classes régulières? Et qu'est-ce qui se passe aussi lorsque les jeunes doivent poursuivre leur parcours du côté de la formation générale des adultes lorsqu'ils sont arrivés au Québec un peu trop tard? Un peu trop tard, on s'entend, c'est relatif. Mais si on arrive par exemple au Québec à 16 ans

[00:01:42] et qu'on n'a pas le temps de diplômer, qu'est-ce qui se passe au niveau de nos transitions et de nos études? C'est ça qu'on va aborder aussi aujourd'hui. Si les termes que je viens de nommer vous sont moins familiers, je vous invite à écouter ou à réécouter les épisodes 3 et 5 de la saison précédente. Donc, l'épisode 3 portait sur la francisation des adultes et l'épisode 5 explorait les classes d'accueil au secondaire et au primaire. Ils vous donneront vraiment, ces épisodes-là, un bon aperçu du contexte global si jamais vous voulez y revenir. Pour être totalement transparente, ce sujet me tient vraiment à cœur

[00:02:12] parce que c'est l'objet de ma thèse de doctorat. Ce n'est pas seulement en transition que je me suis intéressée, je me suis vraiment intéressée au parcours d'apprentissage du français de jeunes arrivés au Québec entre 13 et 17 ans. Et j'ai vraiment recueilli pour ça le récit de jeunes immigrants allophones qui sont arrivés à ces âges-là et qui ont vécu des transitions en classe d'accueil au secondaire ou encore une transition entre la classe d'accueil et l'éducation des adultes, que ce soit en francisation des adultes ou encore en formation générale des adultes. Donc aujourd'hui, je vous partage quelques constats

[00:02:40] issus directement de leur parcours et c'est avec grande humilité que je leur donne un peu une voix. Donc pour bien comprendre les transitions, il faut d'abord comprendre d'où partent les jeunes. Donc les classes d'intégration linguistique scolaire et sociale qui sont mieux connues sous l'acronyme ILSS existent au Québec depuis 1969. Donc c'est aussi en 1969 qu'on a ouvert les coffees. Donc il y a vraiment eu une année d'effervescence pour les nouveaux programmes qui étaient disponibles pour les nouveaux arrivants

[00:03:09] qui soit ne parlaient pas du tout français ou soit ne parlaient pas suffisamment le français pour intégrer une classe régulière. Donc les classes d'accueil, elles visent vraiment à soutenir les enfants, les adolescents qui viennent d'arriver pour intégrer la classe ordinaire. Après quand on parle d'ordinaire, on parle de classe régulière comme vous connaissez au secondaire en contexte québécois. Évidemment, si vous êtes en contexte canadien, quand je parle de classe régulière, c'est aussi des classes là ou qui ne sont pas des classes à vocation d'apprentissage d'une langue. Dans les classes d'accueil,

[00:03:37] l'objectif, c'est pas seulement d'enseigner la langue française au quotidien. C'est surtout en fait de permettre aux jeunes d'atteindre un certain niveau qu'on va appeler le français de scolarisation. C'est quoi ça le français de scolarisation? C'est le niveau de français qu'il faut pour comprendre les mathématiques, la science, l'histoire, bref, toutes les autres matières clés du système scolaire québécois. C'est d'apprendre le français pour apprendre en français. Donc, c'est une nuance intéressante parce que quand vous pensez à ça, par exemple, seriez-vous capable de faire un cours d'algèbre en espagnol?

[00:04:08] Bon, je dis ça, puis moi, je suis pas sûre que je suis capable de refaire mes cours d'algèbre en français, mais tout ça pour dire qu'il faut atteindre vraiment un certain niveau pour intégrer une classe régulière, surtout si on est au secondaire, donc où les jeunes de notre âge vont devoir, par exemple, écrire des textes argumentatifs ou lire des textes complexes. En plus de la langue française, les jeunes vont apprendre aussi la culture scolaire, la culture québécoise, comment fonctionne la vie dans une école au Québec, comment fonctionne la société, donc vraiment plusieurs choses qu'on va aborder dans les classes d'accueil.

[00:04:38] Par contre, je vais quand même vous renvoyer à l'épisode 5 si vous l'écoutez ou si vous voulez vous informer davantage sur ce qu'est une classe d'accueil. Pour les modèles pédagogiques qu'on va utiliser au Québec, donc évidemment, la réalité n'est pas partout pareil au Québec. Dans les centres urbains comme Montréal ou comme la périphérie de Montréal ou les autres grandes villes, les classes d'accueil sont assez bien implantées. On va trouver une variété de modèles de classes d'accueil. Il y a des classes qui sont fermées, des classes semi-ouvertes, des classes d'intégration partielle, intégration totale, du soutien linguistique. On va offrir plusieurs types

[00:05:07] de formulations, en fait, ou d'aides pour que les jeunes apprennent le français. Par contre, dans plusieurs centres de services scolaires, si vous êtes en région plus éloignée des grands centres urbains, souvent, le nombre d'élèves allophones est trop faible pour ouvrir une classe d'accueil dédiée à ces jeunes-là. On va alors miser sur des solutions hybrides. Donc, l'élève va être intégré directement à une classe régulière et recevoir, par exemple, un soutien linguistique ciblé. Donc, que ce soit quelqu'un qui est en dénombrement flottant ou un enseignant en soutien linguistique qui va venir soit aider l'enseignant en co-enseignant

[00:05:37] dans sa classe, soit en appui à certains jeunes ou encore à retirer ponctuellement des jeunes de leur classe normale pour bonifier leur français ou travailler le vocabulaire ou des stratégies de lecture, par exemple. Moi, c'est un modèle que je recommande toujours, donc, de ne pas faire de classe d'accueil fermée. C'est important que les jeunes soient en contact avec le français authentique des jeunes de leur âge, mais aussi qu'ils soient en contact avec toute la société, les jeunes des classes régulières, soit qui sont francophones ou qui ont un bon niveau de français, et pas seulement

[00:06:06] toujours les laisser ensemble, comme si c'était un peu, je ne veux pas dire négatif, mais comme si la classe d'accueil souvent était comme, bon, les jeunes immigrants sont avec les jeunes immigrants. Voilà. L'objectif, ce n'est pas d'isoler, c'est vraiment de faire en sorte que tout le monde puisse se connaître, travailler ensemble, évoluer ensemble, diplômer ensemble, même dans quelques années. Donc, c'est toujours important, soit si un jeune est intégré dans une classe régulière ou soit s'il est en classe d'accueil, d'utiliser des paliers de progression en français. Donc, c'est quoi un palier? C'est vraiment un repère,

[00:06:35] des indicateurs, en fait, qui sont utilisés pour valider ou vérifier ou bonifier la progression des jeunes en français. Sans ce repère, c'est difficile, en fait, d'évaluer des élèves. Donc, on ne peut pas les évaluer comme s'ils étaient des francophones natifs, donc de première langue, ce qui mène souvent à des échecs injustes. Donc, c'est important d'évaluer les élèves selon les paliers. Je ne ferai pas l'épisode sur les paliers, mais vous pouvez trouver facilement les paliers en ligne sur le site du ministère ou les PDA

[00:07:05] et les programmes pour les classes d'accueil. Ce qui est important à comprendre quand on travaille sur les transitions ou quand on accompagne des jeunes qui sont soit intégrés directement dans des classes régulières ou en soutien linguistique, c'est qu'il ne faut pas perdre de vue que ne pas parler la langue d'enseignement, ce n'est pas une difficulté. Quelqu'un qui ne parle pas français, il n'est pas pas bon, il n'est pas une difficulté d'apprentissage. C'est une condition temporaire. Il va bonifier sa maîtrise de la langue et on s'en est parlé aussi dans les premiers épisodes, c'est long. Atteindre un niveau

[00:07:34] de langue de scolarisation, ça peut varier entre 2 et 7 ans selon la langue première du jeune, par exemple, ou selon plusieurs autres facteurs. C'est super multifactoriel. C'est quoi le degré? Il est exposé à quel niveau de français? C'est quoi la maîtrise de sa première langue qu'il a? Donc, quelqu'un qui maîtrise sa langue première va être encore meilleure en langue seconde. Donc, c'est important de continuer à progresser dans les autres langues que les jeunes connaissent aussi. Donc, c'est super important. Donc, ne pas parler français, ce n'est pas une difficulté

[00:08:03] d'apprentissage. C'est une condition temporaire. Le français, c'est dynamique. Le niveau de langue, c'est dynamique. Les jeunes vont continuer à apprendre même lorsqu'ils sortent de la classe. Quand on parle des paliers, c'est important de dire qu'ils sont conçus pour baliser les apprentissages et évoluer les compétences langagières à des moments stratégiques. Donc, souvent, on va dire au début de l'année scolaire, c'est important de voir quel est le palier d'un jeune. À la fin de chacune des étapes, à l'évaluation, aux périodes de bulletin, en fin d'année scolaire, puis aussi et surtout

[00:08:33] à la fin de la mesure de soutien. Donc, est-ce qu'on atteint le bon palier pour intégrer une classe régulière? Donc, selon l'âge de l'élève et le niveau visé, il y a certains seuils qui sont suggérés par le ministère. Donc, le palier 2 pour intégrer le premier cycle du primaire, le palier 3 pour intégrer le deuxième cycle du primaire et le palier 4 pour le troisième cycle du primaire ou encore le passage vers le secondaire ou le secondaire tout court. Donc, si le jeune arrive à 14 ans, on va suggérer qu'il atteigne le palier 4 pour intégrer

[00:09:02] la classe régulière. Si vous êtes en Europe, c'est important de vous mentionner qu'un palier 4, c'est à peu près un niveau B2 selon le CECR. Ce n'est pas des niveaux qui se parlent vraiment. C'est vraiment en comparant les choses, on pourrait dire que c'est à peu près un palier 4 à la fin d'un B2. Puis, c'est aussi essentiel de vous dire que les seuils ne sont pas des obligations rigides. Donc, un élève peut intégrer une classe régulière sans avoir atteint complètement le palier attendu à condition d'avoir un accompagnement adéquat. Donc, lorsque le jeune

[00:09:31] va sortir de classe d'accueil, on ne dit pas « OK, bye, c'est terminé, tu t'en vas en classe régulière. » On devrait toujours avoir un plan de soutien et du soutien linguistique en fait pour le jeune lorsqu'il intègre la classe régulière. C'est à ce moment-là qu'il a le plus besoin d'aide en fait parce que la transition peut être complexe entre une classe d'accueil et la classe régulière. Donc, super important d'avoir un accompagnement adéquat. Puis, il faut surtout éviter de prolonger indéfiniment la scolarisation en classe d'accueil. Le ministère ne donne jamais de temps.

[00:10:01] Donc, est-ce qu'il y a un maximum ou un temps minimal pour être en classe d'accueil? Non. Mais, je dois vous dire que selon moi, au-delà de deux ans, le risque d'isolement social et scolaire va augmenter. Puis, même deux ans, au primaire, je trouve ça long. Au secondaire, je comprends qu'on peut passer deux ans en classe d'accueil. Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose, surtout si la personne ne parle pas du tout français lorsqu'elle arrive au Québec. Par contre, la laisser en classe d'accueil fermée pendant deux ans, c'est une mauvaise idée. Il faut qu'il y ait de l'intégration partielle,

[00:10:31] il faut qu'il y ait contact avec les jeunes de son âge. Il ne faut pas oublier que le passage vers la classe régulière, c'est tout le temps un moment super charnière. Donc, la transition vers la classe régulière va être un moment très attendu par les jeunes, mais aussi redouté. Donc, tu sais, les élèves sont souvent super enthousiastes à l'idée de dire qu'ils vont passer au régulier, intégrer la classe régulière. Moi, je me souviens quand j'ai rencontré les jeunes pour ma tête, ils se disaient « J'ai hâte de sortir de la classe d'accueil. » Pourquoi? Pour aller au régulier. Tu sais, il n'y avait pas nécessairement… Oui, il y avait plein d'autres choses. Il y avait « J'ai hâte d'être en classe régulière

[00:11:00] parce que ça va vouloir dire que mon niveau de français est bon. J'ai hâte d'aller travailler. J'ai hâte de me faire des amis qui ne sont pas seulement ceux que je côtoie en classe d'accueil. » Donc, il peut y avoir plusieurs types de choses, mais je pense que… En fait, je pense, selon ce que les jeunes m'ont dit, c'était que l'idée de passer au régulier, c'était comme un signe d'avancement, un signe de reconnaissance, un signe de normalisation. Donc, je suis correct. Mon français est correct. Je peux aller dans une classe normale, c'est correct. Donc, il y a vraiment le niveau correct. Je ne l'ai pas répété trois fois pour rien. Je pense que c'est vraiment important de le mentionner.

[00:11:30] Mais lorsque les jeunes, en fait, arrivent en classe normale, moi, j'ai des jeunes qui m'ont dit qu'ils étaient prêts. Donc, ils sont arrivés en classe régulière au secondaire et ils m'ont dit « J'étais prête. » Donc, c'était correct. J'ai pas eu de misère. Mais ce qu'ils se rendent compte, en fait, c'est souvent qu'il y a des choses qui sont un petit peu plus complexes. Donc, le niveau de langue scolaire, le niveau des textes à lire, le niveau des textes à produire, ça, ce n'est pas toujours évident. Donc, le choc en fait en arrivant dans une tâche régulière d'un groupe de jeunes de leur âge

[00:12:00] peut être un peu plus difficile. Et ils vont avoir aussi de la difficulté à comprendre le français parlé entre les jeunes qui sont francophones avec des expressions familières, par exemple, un débit plus rapide. Souvent, ils vont dire « En classe d'accueil, je comprenais mon enseignant. Mais maintenant, je vais au centre commercial, j'écoute les jeunes parler, je ne comprends pas. Je suis dans l'autobus, je ne comprends pas tout ce qui se dit. Donc, c'est important de mettre les jeunes en contact pour qu'ils soient plus familiers avec le niveau de langue que les jeunes de leur âge utilisent. Puis, tu sais,

[00:12:30] ce qui m'a le plus brisé le cœur, moi, lorsque j'ai fait ma thèse, c'est qu'il y a beaucoup de jeunes que j'ai rencontrés qui m'ont raconté qu'ils n'avaient jamais vraiment eu de contact avec les élèves québécois ou francophones pendant leur parcours en classe d'accueil. Puis, pour moi, c'est un échec flagrant de notre système d'éducation quand il n'y a même pas un bonjour échangé dans les couloirs. Donc, il n'y a pas de contact intergroupe, les jeunes ne se parlent pas, les jeunes n'ont pas fait de courant ensemble. Donc, c'est super important. Je pense que l'absence de contact va affecter directement leur motivation et leur sentiment d'appartenance

[00:13:00] à l'école québécoise, mais aussi à la société québécoise. Donc, super important. En fait, de ne pas trop adapter. Moi, souvent, je dis, je vois beaucoup ça dans beaucoup de choses. Arrêtez de parler, il faut parler plus lentement, il faut utiliser un vocabulaire de base. Bien non. La réalité, c'est que quand ils arrivent à l'extérieur, les gens n'utilisent pas seulement 150 mots et ne parlent pas comme des robots. Donc, c'est important, peut-être pas dans les premiers jours de parler exactement au même rythme qu'on se parle habituellement, mais essayez de ne pas trop éloigner

[00:13:29] votre niveau de langue, votre débit et votre vocabulaire de la réalité. Parce que plus vous allez être proche de la réalité, plus vous allez outiller les jeunes à la réalité. Donc, super important aussi. J'arrive un peu dans le cœur de mon sujet. Donc, moi, je me suis intéressée à la transition au secondaire de jeunes qui sont arrivés un peu plus vieux dans l'adolescence, donc entre 13 et 17 ans et les transitions qu'ils devaient faire soit vers la classe régulière au secondaire ou soit vers l'éducation des adultes, que ce soit en francisation ou encore la formation générale des adultes

[00:13:59] ou un autre type de programme du même genre. Puis, pour ces jeunes-là, bien, il y a vraiment un élément qui joue contre eux, c'est le temps. Donc, lorsqu'on arrive à 14-15 ans, on dispose de moins de temps que si on était arrivés à 7 ans. Donc, si vous avez 7 ans, vous devez atteindre un palier 2 pour intégrer le secteur régulier au premier, bien, tu sais, vous allez rapidement avoir un français qui va ressembler à celui des jeunes de votre âge. Par contre, si vous arrivez à 16 ans, bien, vous allez avoir peut-être seulement 2 ans

[00:14:29] pour atteindre un palier 4 avant d'être intégré au parcours régulier. Puis souvent, pas toujours, mais parfois, mais souvent, toujours dans le cas de ceux que j'ai rencontrés ou presque, vont devoir passer par la formation générale des adultes parce que le CSS va considérer qu'ils ne sont pas diplômables, donc avant 18 ans ou l'année de leur 18 ans. Donc, les jeunes vont devoir passer par un autre secteur. Donc, on va parler de la formation générale des jeunes lorsqu'on parle du primaire et du secondaire et la formation générale des adultes

[00:14:58] lorsqu'on parle de l'éducation des adultes, donc des cours de francisation pour les adultes ou encore de la formation générale. Eh bien, la réalité, c'est que la formation générale n'a pas été conçue pour des jeunes immigrants nouvellement arrivés. C'est vraiment conçu pour des gens qui vont étudier tout au long de leur vie. Donc, vous avez, je ne sais pas moi, 18 ans, vous allez travailler pendant deux ans quelque part, il vous manque un cours de maths pour aller au cégep, vous allez faire des maths en formation générale des adultes et ce cours de maths-là dont vous avez besoin,

[00:15:28] vous allez le faire en auto-formation. Donc, vous allez vraiment lire un cahier, les enseignants vont donner des capsules ou de l'accompagnement, mais pas nécessairement des cours magistraux comme vous auriez eu au secondaire régulier. Pas que les enseignants font toujours du magistral, mais à l'éducation des adultes, il y en a peut-être moins qu'en formation générale des jeunes. Donc, souvent, les jeunes arrivent là et ils n'ont pas les besoins et le niveau de français habituel requis pour faire de l'auto-formation. Et c'est ici qu'il y a des solutions innovantes

[00:15:57] qui ont vu le jour dans les dernières années. Je vais vous parler surtout de la classe de transition, donc à la formation générale des adultes qu'on appelle une classe de français de transition. Qu'est-ce que c'est une classe de français de transition? Ce sont des types de classes qui vont être installées dans certains centres d'éducation des adultes qui proposent un pont entre la classe d'accueil au secondaire et la formation générale des adultes avec un niveau de français enseigné ou des thématiques qui vont plaire ou qui vont être adaptées à l'âge des grands adolescents

[00:16:26] et un encadrement pédagogique qui va être plus proche du secondaire que la formation générale des adultes. Donc, ces classes-là, elles existent déjà dans plusieurs régions, donc à Montréal, à Québec, sur la rive sud de Montréal, à Trois-Rivières, à Saint-Jérôme aussi et le modèle continue de se répandre parce qu'il répond à un vrai besoin. Pourquoi? Parce qu'au Québec, un jeune a droit à des services scolaires réguliers jusqu'à ses 18 ans ou l'année scolaire de ses 18 ans parce qu'au-delà de ça, sauf s'il a un cas d'handicap reconnu, il ne peut plus

[00:16:56] être à l'école secondaire. Puis ne pas parler français, évidemment, ce n'est pas un handicap. Je vous disais tantôt, c'est une condition temporaire de ne pas maîtriser la langue adéquatement ou suffisamment pour intégrer le cours régulier. Mais sans solution adaptée, ces jeunes-là, qui n'ont pas le français comme langue première, qui ne le maîtrisent pas non plus, qui arrivent peut-être en auto-formation où on a besoin de vraiment beaucoup d'indépendance en langue, bien, ça peut être complexe. Donc, sans solution adaptée,

[00:17:26] ces jeunes-là risquent donc de décrocher, par exemple, avant même d'avoir obtenu une vraie chance dans le système d'éducation québécois. Puis c'est vraiment important. Donc, dans le CSS où j'ai fait ma thèse, il n'y a pas de classe de transition, mais il y avait de la francisation des adultes. Donc, souvent, les jeunes passaient par la francisation des adultes, mais là, se ramassaient à parler de bail, de maison, d'assurance, de postologie médicale, alors qu'ils ont 17 ans et qu'ils veulent aller au cégep et finir leur secondaire. Donc, ce n'est pas nécessairement

[00:17:55] les mêmes besoins et les mêmes intérêts. Donc, c'est super important d'avoir des leviers d'action, en fait, comme des programmes de français de transition pour aider ces jeunes-là. Donc, concrètement, qu'est-ce qu'on peut faire? En faisant ma thèse, c'est sûr que je me suis intéressée aussi aux jeunes en leur demandant qu'est-ce que vous auriez aimé avoir de plus, soit dans votre classe d'accueil, soit dans vos cours de francisation, avant d'arriver en FGA ou encore avant de passer vers la classe régulière parce qu'il existe plusieurs. Il n'y a pas juste une transition, il n'y a pas juste classe d'accueil vers la classe régulière, il y a aussi

[00:18:25] classe d'accueil vers FGA, classe d'accueil vers francisation, donc il y en a plusieurs et je me disais, bien, qu'est-ce qu'on peut faire concrètement? Les leviers d'action que je vous propose aujourd'hui, ce n'est vraiment pas ceux qui sortent nécessairement seulement de ma tête mais qui sortent de la recherche mais qui sortent surtout des suggestions que les jeunes m'ont faites ou des suggestions qui ont été élaborées suite à ce que j'ai entendu des jeunes. Donc, qu'est-ce qu'on peut faire concrètement? Donc, une des premières choses qui ressent, c'est de renforcer l'enseignement de la production écrite.

[00:18:55] Souvent, les jeunes m'ont dit qu'au niveau du français oral, ça va, ils comprenaient, ils pouvaient parler, ils pouvaient lire mais lorsqu'ils arrivaient vraiment dans un texte à écrire, ils se rendaient compte que la marche était vraiment très haute. Donc, le niveau de français scolaire, le niveau de français nécessaire pour écrire un texte argumentatif, la structure de phrase, souvent, tu sais, ils se rendaient compte qu'ils avaient besoin de plus que ce qu'ils avaient eu dans leur parcours. Donc, de renforcer l'enseignement de la production écrite et de rapprocher comme enseignant nos tâches

[00:19:25] qu'on demande à une tâche qui ressemble à celle que le jeune pourrait faire dans son groupe d'âge. Donc, si le jeune a l'âge d'une troisième année primaire ou d'un secondaire 4, bien, d'aller voir vraiment dans les programmes réguliers ou avec un collègue du régulier, qu'est-ce que vous faites un peu comme tâche ou à partir de ce moment-là de l'année, les jeunes, ils lisent quoi? Ils écrivent quoi? C'est quoi la tâche attendue? Peux-tu me montrer certains modèles? Moi, je pourrais après montrer ces modélisations-là aux jeunes que j'accompagne pour être sûr qu'on est à la bonne place,

[00:19:54] que quand on pense qu'ils sont assez bons, bien, ils le sont vraiment. Donc, c'est important d'aller renforcer l'enseignement des stratégies d'écriture, la modélisation de textes ou de paragraphes ou de genres de textes qui sont peut-être parfois négligés, mais qui sont vraiment essentiels pour la réussite scolaire et pour l'obtention d'un diplôme. Une autre solution, c'est d'introduire davantage de français québécois, donc d'enseigner des expressions usuelles, des tournures de phrases familières, des réalités sociolinguistiques. Donc, le « chou » par exemple, « chou »,

[00:20:24] c'est « je suis ». Mais si personne ne vous a jamais enseigné que « chou », c'est « je suis », bien, c'est quelque chose de sociolinguistique que vous ne savez pas. Même chose pour « à s'en vient », c'est « qui a » ou « il mange », c'est « qui y ». Donc, tout ça, c'est des réalités que souvent, on n'enseigne pas nécessairement, mais qui sont essentielles à comprendre lorsqu'on veut intégrer une classe régulière. Ensuite de ça, ce n'est pas un secret, je l'ai dit tout au long de l'épisode, de multiplier les décloisonnements. Vraiment,

[00:20:53] de faire en sorte qu'on ait plus d'activités communes entre les classes d'accueil et les classes régulières, d'avoir des projets collaboratifs, d'avoir des sorties éducatives ensemble, d'avoir les mêmes heures de dîner. Il y a des écoles au Québec où les étudiants en classe d'accueil ne mangent pas sur les mêmes horaires. Je comprends que c'est l'organisation scolaire, mais c'est vraiment quelque chose de minimal qu'on pourrait faire pour que les jeunes soient davantage en contact. De multiplier les décloisonnements pour les cours aussi, de ne pas avoir peur d'essayer

[00:21:23] d'aller faire un, vous êtes en cinquième année au primaire, de dire, j'aimerais ça envoyer Anthony ou Rama dans ta classe une journée pour voir comment ils suivent, peux-tu voir comment ils se débrouillent, de faire plus de décloisonnements, de faire plus de cours thématiques. Par exemple, je ne sais pas, en mathématiques, aller plus souvent dans la classe d'une collègue ou faire de l'intégration partielle dans certaines matières ou dans certains projets super importants, donc de multiplier ces décloisonnements-là entre les classes d'accueil et les classes régulières. Les sorties, moi ça a été nommé

[00:21:52] par tous les jeunes que j'ai rencontrés, ce qu'ils avaient aimé le plus dans leur parcours scolaire, c'était les sorties avec les autres groupes. Fait que tu sais, d'aller une journée à Ronde ou d'aller une journée dans un musée ou d'aller juste au parc faire des Olympiades, mais d'être en contact avec les jeunes de leur âge, ils ont adoré ça. Ensuite, de développer des programmes de transition mieux adaptés. Donc vraiment, je sais qu'ils n'existent pas partout au Québec, mais ils sont de plus en plus là où les CSS, ils pensent de plus en plus ou ils réfléchissent de plus en plus.

[00:22:22] Les programmes de transition sont vraiment des solutions à la diplomation, à la réussite et à l'apprentissage du français langue seconde chez les jeunes qui arrivent au Québec après 13 ans ou après 15 ans. Donc c'est vraiment à l'âge de l'adolescence ou grands adolescents. Et surtout, surtout, la dernière chose, c'est de former davantage les enseignants. Donc, si vous êtes enseignant en classe régulière, vous avez une formation, un BPEP par exemple, un bac en enseignement du primaire ou un bac en enseignement du français au secondaire, bien c'est sûr que vous avez été

[00:22:52] très peu formé en fait aux réalités des élèves allophones ou des élèves qui ne parlent pas suffisamment français. Puis c'est pas de votre faute à vous, mais souvent de se dire comment on peut être formé davantage. Puis juste le fait que vous écoutiez cet épisode-là, pour moi, c'est de la formation continue. D'ailleurs, vous pourriez même demander un écusson de formation continue à cadre 21 si jamais ça vous intéresse pour avoir des heures. Donc, écoutez, avec ou sans accent, ça peut vous donner six heures de formation continue gratuitement dans votre année scolaire dans les heures

[00:23:22] que vous avez à faire comme enseignant. Donc, n'hésitez pas, demandez-la. Et faire de la formation continue, vraiment, c'est ce que vous êtes en train de faire là. C'est de vous outiller un peu plus. C'est de connaître un peu plus certaines réalités. Donc, c'est vraiment important de se dire que d'accompagner les enfants ou les adolescents dont le français n'est pas la langue première, ce n'est pas une petite adaptation, c'est une compétence professionnelle en soi. Comment je peux mieux travailler avec des jeunes pour lesquels je n'ai pas été outillée? Donc, on peut lire plus,

[00:23:52] on peut écouter des balados, on peut faire de la formation continue, on peut aller dans un congrès, donc n'hésitez pas à vous former davantage. Donc, bravo de le faire, vous êtes en train de le faire. Moi, je vais vous dire que les jeunes que j'ai rencontrés sont motivés. Ils sont plein de potentiel. Ils sont vraiment animés par une véritable volonté de réussir, d'apprendre le français, de poursuivre leurs études. Mais leur réussite, elle passe par tout le monde, tout le système scolaire, tous les enseignants, toutes les équipes école, toutes les conseillères d'orientation, tous les secrétaires qui leur disent bonjour

[00:24:21] le matin à l'école. Donc, la réussite, ça passe par nous, le système d'éducation, par notre capacité à rendre ces transitions-là possibles, humaines, porteuses de sens. Puis, ignorer les défis que les jeunes rencontrent, c'est vraiment perdre une richesse précieuse. Les accompagner avec intelligence et bienveillance, c'est leur ouvrir la voie vers la réussite, vers la diplomation, vers une pleine citoyenneté, vers une identité québécoise. Fait que merci d'avoir été à l'écoute. Si cet épisode vous a interpellé, je vous invite à le partager autour de vous, à un collègue,

[00:24:50] à un enseignant du régulier qui reçoit des jeunes d'accueil, à un directeur d'école, à un conseiller pédagogique ou à toute autre personne qui est concernée par ces enjeux. Autant ce balado-là que les épisodes précédents et les suivants aussi. Donc, n'hésitez pas non plus à poursuivre la discussion en ligne, à laisser un commentaire sur les réseaux sociaux, à m'écrire en privé, je réponds à tout le monde si vous avez des questions. Vous pouvez même faire appel à moi si vous voulez une formation à ce sujet-là. Donc, n'hésitez pas à poursuivre la discussion en ligne. Puis, je vous souhaite vraiment une bonne suite de journée

[00:25:20] et à bientôt pour un prochain épisode d'Avec ou Sans Accent. Merci infiniment d'avoir écouté Avec ou Sans Accent aujourd'hui. J'espère que nos échanges ont été aussi stimulants pour vous que pour moi et que vous serez à l'écoute pour les prochains épisodes. Avant de vous laisser partir, permettez-moi de vous poser une question. Qu'est-ce qui vous a le plus interpellé dans cet épisode? Quelles réflexions vous ont traversé l'esprit? N'hésitez pas à m'écrire afin de partager le tout avec moi. N'oubliez pas non plus de vous abonner au balado

[00:25:49] pour ne manquer aucun épisode. Faites découvrir Avec ou Sans Accent à tous ceux qui partagent nos passions pour ces sujets. Vous avez envie de travailler avec moi? N'hésitez pas à me contacter pour connaître mon offre de service ou visiter mon site web. Au plaisir de vous retrouver pour notre prochain épisode. À très bientôt!